Les Brèves

  • Quand "CEL" s’en mêle…

    Ancien président de l’AgglO, battu à la députation en 2017, Charles-Éric Lemaignen a regretté, lors du débat sur le compte administratif, les répercussions sur les élus locaux que pouvait avoir « l’affaire du Canard ». « On ne peut pas ne pas tenir compte des révélations de la presse, a lancé CEL. Ces affirmations risquent de coller à Olivier Carré, mais aussi à nous ! Pendant l’été, il faut faire vérifier, par le comptable du Trésor, la totalité des factures concernées. Il semble aujourd’hui impossible de donner un blanc-seing à Olivier Carré, et je voterai l’amendement proposé par Serge Grouard. » Cette tirade, lancée alors qu’Olivier Carré s’était absenté de la salle du conseil – une procédure habituelle dans un tel vote – a déclenché la fureur de Corinne Leveleux-Teixeira : « que Charles-Éric Lemaignen prenne la parole en l’absence d’Olivier Carré, je suis choquée ! On est au milieu des histoires internes de la majorité. C’est délirant ce qu’on est en train de vivre ! » 

Fracture au grand jour

Après les révélations du Canard Enchaîné…

Ancien maire d’Orléans, Serge Grouard a désavoué publiquement son successeur, qu’il avait lui-même adoubé en 2015, lors du conseil municipal de lundi dernier. Récit d’une séance hors normes, où les coups ont volé bas, très bas.

benjamin vasset

Peu avant le début du Conseil municipal d’Orléans, lundi dernier, les attachés de presse de la mairie rigolaient de voir autant de représentants des médias s’être déplacés pour une séance qui devait être, au préalable, consacrée à la présentation et au vote du compte administratif 2018 de la Ville d’Orléans. En règle générale, ce genre d’exercice, plutôt rébarbatif, ne déclenche guère l’enthousiasme de la presse et du public. Mais lundi, tout le monde s’attendait à ce que l’article du Canard Enchaîné, paru le mercredi précédent, accouche d’un débat plutôt musclé. Et on n’a pas été déçu, loin s’en faut…

C’est d’abord l’opposition PC et PS qui a déclenché les hostilités. Michel Ricoud a demandé au maire d’Orléans des « explications » et de la « transparence » : « cette affaire rajoute au discrédit touchant les élus », a débuté l’élu communiste. Corinne Leveleux-Teixeira lui a emboîté le pas, en maniant l’ironie : « monsieur le maire, on ne va pas en rester là, évidemment. Nous souhaitons d’abord avoir des informations plus précises sur les dépenses engagées. Notre groupe ne conteste pas la nécessité pour un maire de jouer un rôle d’ambassadeur. Pour autant, le montant de certaines dépenses surprend. 9 500 € par an de nuits d’hôtel, ça fait 319 € la nuitée en moyenne, et cette moyenne est élevée. Vous avez aussi expliqué à la presse que votre voiture de location, à Cannes, était une Fiat 500. Vu le prix engagé, on peut se demander si c’était un prototype… »

« Plus qu’une différence, c’est une divergence… »

Jusque-là, l’opposition était dans son rôle, et Olivier Carré dans le sien, répondant logiquement aux questions. Et puis Serge Grouard a fait parler la poudre… : « Monsieur le maire, vous avez contesté certains chiffres évoqués par Le Canard Enchaîné, a-t-il commencé. Mais l’essentiel n’est pas là, car globalement, vous n’avez pas démenti les faits rapportés. Je pose donc ces questions : est-il normal d’acheter une voiture neuve deux ans après l’avoir changée ? Est-il normal de multiplier les voyages à l’étranger ? Lorsque je vous ai transmis la charge de maire en 2015, je pensais que l’on répondait à ces questions d’une même voix. Je m’étais trompé, et j’en suis aujourd’hui navré et déçu. Plus qu’une différence, c’est une divergence qu’il existe désormais entre nous. » Serge Grouard a ensuite annoncé sa démission d’adjoint à la stratégie métropolitaine à compter du 1er juillet, tout en précisant qu’il resterait conseiller municipal. À partir de cette minute, l’ancien maire d’Orléans rentrait dans l’opposition à son successeur. Un véritable tremblement de terre politique à l’échelle locale.

Ce « meurtre en direct », comme certains des journalistes présents l’appelaient, allait être suivi d’une véritable pantalonnade. Car après la présentation du fameux compte administratif par Michel Martin, Serge Grouard poursuivait son entreprise : « je propose un amendement : le conseil municipal, ce jour, adopte le compte administratif de la Ville d’Orléans sous réserve des frais de déplacement du maire. » Ce à quoi Muriel Sauvegrain, première adjointe, répliquait par une proposition de « contre-amendement » qui aurait alors permis de sauver le vote du compte administratif. Un débat juridique s’engageait alors dans une ambiance lunaire. Ulcérée et visiblement prise au dépourvu, l’opposition menée par Corinne Leveleux-Teixeira demandait une… suspension de séance. Fallait-il suivre Serge Grouard, l’adversaire de toujours ? Le compte administratif fut finalement voté dans la confusion générale, avec un amendement… révisé : « le conseil adopte le compte administratif et demande des informations nécessaires sur les frais de déplacement du maire. »

« Je n’aime pas les chasses à l’homme »

Clap de fin sur cet épisode rocambolesque ? Pas tout à fait. Revenant en séance après le vote, Olivier Carré, comme sonné au menton, glissait quelques mots doux à l’oreille de Serge Grouard, impassible. « Nous sommes entrés dans le jeu de combinaisons politiciennes d’un autre âge », lançait-il ensuite, micro ouvert, lors de la reprise des débats. « Je n’aime pas les chasses à l’homme », dégainait alors le conseiller municipal Abel Moittié, dans une déclaration de fidélité à Olivier Carré. « Surtout quand elles se font le dos tourné », ajoutait le maire d’Orléans, qui aura certainement connu l’une des semaines politiques les plus rudes de sa carrière. Dans les rangs de la majorité, les visages étaient fermés, et certains commentaient à voix basse : « c’est une honte, je n’ai jamais vu ça en dix ans de conseil. » Car la leçon à retenir était claire : jusque-là, les coups entre membres de la majorité n’avaient volé que dans les coulisses ; en témoigne une réunion particulièrement houleuse qui s’était tenue vendredi soir dernier, entre 20 h et 1 h du matin, dans les rangs de la majorité. Lundi, ces uppercuts ont été portés au grand jour. Il n’y a désormais plus de doute sur ce point : à Orléans, la guerre est déclarée.

Les Brèves

    Les Brèves

      À quoi joue Serge Grouard ?

      Comment interpréter la sortie de l’ancien maire d’Orléans ?

      La sortie de l’ancien maire d’Orléans était calculée. Mais avec cette charge publique envers Olivier Carré, Serge Grouard a-t-il fait officieusement acte de candidature pour 2020 ?

      b.v

      Le moins que l’on puisse dire, c’est que Serge Grouard est revenu dans l’actualité politique orléanaise avec force et fracas. Son coup de Jarnac au conseil municipal de lundi dernier couvait cependant depuis des mois. L’an dernier, il avait déjà jeté un pavé dans le jardin d’Olivier Carré en critiquant, dans des interviews, certains choix et orientations de son successeur. Sans (encore) le désavouer publiquement.

      Et puis il y a eu cette autre ligne de fracture lors d’un conseil métropolitain. En novembre dernier, Serge Grouard tonnait vertement contre le choix de la Métropole, et donc de son président, d’une flotte de bus électrique pour 154 M€ d’ici 2024. Le fossé se creusait entre les deux hommes, jusqu’à finir par s’ouvrir de façon béante lundi dernier, Serge Grouard ciblant ce jour-là Olivier Carré sur les thèmes, explosifs, de l’argent public et de la moralité.

      Reviendra, reviendra pas ?

      Depuis la publication de l’article du Canard Enchaîné, mercredi dernier, certains membres de la majorité – qui ne l’aiment pas, précisons-le – voient en Serge Grouard la « taupe » qui aurait informé l’hebdomadaire satirique des dépenses prétendument somptuaires d’Olivier Carré. D’autres, plus proches de lui, ne s’imaginent pas leur ancien patron décrocher son téléphone pour appeler Alain Guédé, l’auteur de l’article du Canard, l’un de ceux qui avaient révélé l’affaire Fillon en 2017… Lui aussi épinglé par le volatile en maintes occasions – dont en mai dernier, lors des dernières fêtes johanniques et de « l’affaire de l’écharpe », Serge Grouard, dont tout le monde connaît le caractère rancunier, n’a pas forcément le profil de l’informateur masqué, même si en politique, il ne faut douter de rien.

      « la ville non, la métropole oui ? »

      Ses détracteurs affirment que sa sortie de lundi augure d’une future candidature aux municipales. Mais l’ancien maire d’Orléans l’a démentie lundi lors de sa prise de parole. « Si j’ai mis un terme à mes fonctions en 2015, c’est pour ne pas y revenir », a affirmé Serge Grouard. « Je parie une caisse de champagne qu’il ne sera pas tête de liste », poursuit-on dans son entourage. Un scénario envisagé par certains de ses proches voudrait que Serge Grouard lorgne en fait sur la présidence de la Métropole en 2020 et se présente plutôt comme n°2 ou n°3 sur une liste aux municipales, dans une forme de non-retour aux allures de recours...

      Les Brèves

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          Un combat de marcheurs ?

          Crise politique à Orléans

          Tout était aligné pour qu’Olivier Carré soit a minima soutenu par La République en Marche lors des municipales de 2020. La tempête dans laquelle se trouve l’actuel maire d’Orléans pourrait rebattre les cartes.

          b.v

          Le soir du 26 mai dernier, au sortir de l’élection européenne, Olivier Carré devait se frotter les mains. À Orléans, La République en Marche était arrivée largement en tête, avec plus de 26,5 % des voix. Trois jours plus tôt, le maire d’Orléans s’était publiquement affiché aux côtés d’Édouard Philippe lors du déplacement de ce dernier à La Chapelle-Saint-Mesmin. La participation d’Olivier Carré à une tribune appelant à soutenir Emmanuel Macron aux côtés de 71 élus de droite et du centre était un autre acte fort à l’égard de la majorité gouvernementale. Dans l’esprit de beaucoup, il ne faisait alors guère de doutes qu’Olivier Carré serait le candidat soutenu par LaREM en mars 2020 à Orléans. Et ce malgré le fait que Richard Ramos, député Modem, eût fait part en mars dernier de son intention d’être tête de liste dans la cité johannique, et que Jihan Chelly, la référente départementale de La République en Marche dans le Loiret, se fût elle aussi déclarée intéressée par le « job ». Certes, celle-ci est aujourd’hui élue à Briare, mais elle nous confiait la semaine dernière son intention de revenir habiter sous peu à Orléans… Mercredi dernier, malgré les révélations dont il avait été l’objet le matin même, Olivier Carré sous-entendait encore que son investiture n’était, de son avis, pas remise en cause par cette « affaire ». Il semblait certain de bénéficier de soutiens en haut lieu…

          Ah, le nouveau monde…

          Officiellement, c’est pourtant la Commission Nationale d’Investiture (CNI) de LaREM, mise en place depuis le 3 juin, qui doit désigner les têtes de liste que le parti présidentiel soutient dans les villes de plus de 9 000 habitants. Cette CNI se base normalement sur l’avis de comités politiques locaux (« COPOL »), qui sont composés, dans les départements, du référent et des députés LaREM (dans le Loiret, Jihan Chelly, Richard Ramos, Caroline Janvier et Stéphanie Rist). Mercredi dernier, quelques heures après la publication de l’article du Canard, Jihan Chelly nous indiquait espérer que la tête de liste LaREM à Orléans fût désignée début septembre, après remontée d’informations, « analyse des projets » et tutti quanti… Un marcheur local nous a pourtant fait savoir en début de cette semaine qu’Olivier Carré aurait dû, selon lui, faire partie de la première salve d’investitures LaREM, lesquelles ont été annoncées… lundi dernier, sans qu’Orléans ne fasse partie du lot.

          Pourtant, à moins d'autres révélations à venir, cela ne veut pas dire qu’Olivier Carré est aujourd'hui discrédité auprès de Paris, même si, dans les critères édictés par la CNI, celui de l’« éthique et de la probité » prévaut sur tous les autres. Ainsi, la semaine dernière, quelques jours après la sortie du Canard, les marcheurs locaux n’affichaient pas un soutien débordant à Olivier Carré : « je ne suis pas juge, mais le mélange des genres n’est jamais bon », commentait la députée du Loiret Stéphanie Rist. Deux jours plus tôt, Jihan Chelly taclait : « ce qui est gênant, c’est le fonctionnement entre Olivier Carré et sa compagne. » Avec des amis pareils, pas besoin d’avoir d’ennemis : certains élus de la majorité estiment ainsi que la taupe du Canard est un marcheur orléanais; d'autres qu'elle se niche dans les services de la Ville, car les éléments sortis par le volatile seraient « trop précis. » Ce n’est plus un billard à trois bandes : c’est un flipper fou.

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