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    C’est le nombre de députés européens qui seront renouvelés le 26 mai, dont 74 Français et… 6 Maltais. 

À quoi sert LE Parlement européen ?

Élections européennes du 26 mai

Dimanche, les électeurs français enverront à Strasbourg 74 eurodéputés qui siègeront aux côtés de 677 de leurs collègues européens. Ils œuvreront pendant cinq ans à des travaux législatifs, budgétaires et de contrôle. Explications succinctes. b.v


OK : vues par le petit bout de la lorgnette, ces élections européennes ne font pas tout à fait rêver. Les Cassandre de tout poil prévoient même des records d’abstention si d’aventure le soleil brille le 26 mai et retient les électeurs dans leurs jardins. Évidemment, la cacophonie ambiante (34 listes déposées en France, voir pages suivantes) ne sont pas de nature à envisager des débats d’une grande clarté, et font plutôt l’effet d’un repoussoir. Et pourtant, le Parlement européen a un vrai rôle, que les Français méconnaissent : les eurodéputés soumettent en effet à la Commission européenne des propositions de texte ; ils établissent aussi, en concertation avec le Conseil (des ministres) de l’UE le budget de l’Union. Ils peuvent enfin censurer la Commission (avec une majorité des deux tiers) : auquel cas, celle-ci se doit de démissionner. Le Parlement élit aussi le président de cette même Commission. Les eurodéputés sont, comme à l’Assemblée nationale, regroupés en groupes parlementaires transnationaux (Parti Populaire Européen (PPE), Sociaux-démocrates (S&D), Centristes libéraux (ADLE), Verts/ALE, etc.

Humour anglais

Mais pour ne rien arranger à la nébuleuse qui enveloppe l’esprit des électeurs quand on leur parle d’Europe, les atermoiements dus à la sortie du Royaume-Uni de l’Union vont accoucher d’une situation ubuesque : alors même qu’ils ont choisi la voie du Brexit en 2016, les citoyens britanniques vont, faute d’accord entre leur Gouvernement national et l’UE, devoir élire eux aussi des eurodéputés… Du coup, la négociation (entérinée) sur la répartition des sièges britanniques vacants ne tient plus : la France, qui en avait par exemple récupéré cinq, n’enverra donc « que » 74 députés européens (comme en 2014), au lieu des 79 prévus initialement… Toutefois, une fois le Brexit effectif – si cela arrive un jour…–, les cinq députés restants seront désignés, en fonction du résultat des élections de dimanche, par une « commission nationale relative à l’élection des représentants au Parlement européen. »

Enfin, pour la première fois depuis que cette élection européenne se déroule au suffrage universel depuis 1979, les Français vont élire leurs députés à la proportionnelle quasi-intégrale : un seul tour départagera les listes, qu’il ne sera pas possible de panacher. Mais seulement celles ayant obtenu plus de 5 % des voix pourront envoyer des eurodéputés à Strasbourg. Maintenant, faites vos jeux… Mais qu’il vente ou qu’il fasse beau, de grâce : allez voter ! 

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  • Les autres institutions clés

    Le schéma ci-dessous récapitule les grandes institutions européennes que sont, outre le Parlement, la Commission européenne, le Conseil européen et le Conseil (des ministres) de l’Union européenne. Il faut y ajouter la Cour de justice de l’Union européenne, la Cour des comptes europénnes, ou encore la Banque centrale européenne et la Banque européenne d’investissements.

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  • 8 h

    C’est l’heure à laquelle ouvriront les bureaux de vote à Orléans. Ils fermeront leurs portes à 19 h. 

Un duel LAREM / RN ?

Les forces en présence

Au milieu d’une flopée de listes de témoignages, les deux mouvements politiques devraient se partager la majorité des 74 sièges (+5) de la France au Parlement européen. Une raison pour ne pas aller voter ? Sûrement pas !  


Si la France fait fort en termes de nombre de listes présentées ce dimanche aux électeurs, sachez que l’Allemagne fait mieux : 41 seront sur la ligne de départ pour briguer les 96 sièges promis à notre voisin d’outre-Rhin. Chez nos autres amis européens, on a fait plus soft : une dizaine de listes soumises au suffrage universel dans la plupart des États membres.

Le scrutin se déroule dans quelques jours, et l’on se prépare de nouveau à des records d’abstention, qui pourraient de nouveau avoisiner, voire dépasser, le seuil des 60 %. Étonnant ? Pas vraiment. Historiquement, ces élections n’ont jamais passionné les foules, qui ne connaissent pas le nom de leurs députés européens* et n’arrivent pas à saisir l’influence des décisions européennes dans leur vie. Ce n’est pas comme s’ils payaient leurs baguettes en euros ou qu’ils achetaient des produits dont les normes de production sont souvent européennes. Mais en 2019 comme en 2014 en France, l’enjeu s’est déplacé sur des micro-polémiques, comme celles menant au passé de la tête de liste LaREM, Nathalie Loiseau. Passionnant… Christine Bousquet, professeur d’Histoire et présidente de la Maison de l’Europe à Tours (voir page suivante), juge par exemple cette campagne qui s’achève comme « inexistante et sans beaucoup d'intérêt ».

Pour ou contre l’Europe ?

Il n’empêche : comme souvent aux élections européennes, de (trop) nombreuses listes sorties de nulle part se présentent devant les électeurs. Elles rejoindront l’indifférence comme elles l’avaient quitté : sans bruit aucun. Certaines pourraient même, sur le plan national, ne pas dépasser quelques centaines de voix. Et c’est tant mieux, si l’on s’attarde par exemple sur les parcours et les thèses de deux listes d’extrême-droite indépendantes, proches des milieux identitaires ou adeptes de la théorie du grand remplacement. À l’autre bord de l’échiquier politique, la liste d’extrême-gauche conduite par Antonio Sanchez n’a quasiment pas d’idées à défendre sur le plan européen. Continuer de disserter sur les chances de l’internationale communiste au milieu de posters de Lénine leur aurait certainement évité de perdre du temps.

Pour le reste, les listes ayant une vraie chance de remporter des sièges au Parlement se divisent entre les européanistes convaincus (LaRem, UDI), ceux qui insistent sur la nécessité d’une véritable politique environnementale commune à l’échelle de l’Europe (Génération.s, EELV), ceux qui veulent, à des degrés divers, sortir des traités existants ou a minima les renégocier (LFI, PC, Place Publique) ; ceux qui ont fait de l’immigration ou du respect des frontières leur cheval de bataille (Les Républicains, RN), et ceux qui veulent carrément sortir de l’Europe (UPR, Patriotes). Vont cohabiter aussi trois listes « Gilets jaunes ». Il y a enfin l’inénarrable Nicolas Dupont-Aignan, qui lorsqu’il ne pleurniche pas devant les caméras pour se plaindre qu’on ne l’invite pas, se montre l’apôtre d’une Europe de la coopération.

Pour ou contre « l’Europe de Maastricht », c’est un peu l’antienne qu’on veut nous faire gober dans cette campagne inaudible, où l’on débat à 20 sur un plateau de télévision sur la nécessité ou non de faire rentrer la Serbie dans l’UE... Or l’Europe, c’est un peu plus que ça, comme c’est bien davantage qu’une machinerie bureaucratique où l’on débat des réglementations sur la taille des bébés-poissons ou des camemberts au lait cru. Mais ça, c’est d’abord aux électeurs de le comprendre, et à leurs futurs représentants de leur faire entrer dans le crâne. Pas gagné… Jean Monnet, reviens, ils sont devenus fous ! 

* Dans l’ancienne circonscription Massif Central – Centre : Angélique Delahaye et Brice Hortefeux (LR), Karine Gloanec Maurin (PS), Philippe Loiseau et Bernard Monot (RN)

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  • Précédent

    Pour rappel, en 2014, la liste conduite par Brice Hortefeux (UMP) était arrivée en tête à Orléans, avec 22,82 % des voix. Le FN l’avait suivi avec 16, 66 % des voix, lui-même talonné par l’Union de la Gauche (15,81 %). L’abstention s’était élevée à 57,41 %. 

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    Fleuryssois ET TÊTE de liste !

    Les élections européennes dans la métropole orléanaise

    Le Fleuryssois Pierre Dieumegard est à la tête de la liste Europe Démocratie Espéranto, qui veut promouvoir l’usage de cette langue sur le continent. b.v


    La liste qu’il porte devrait avoir du mal à dépasser la barre des 0,5 % de votes, mais Pierre Dieumegard, ancien prof de SVT à la retraite, ne se départ pas de son enthousiasme : à quelques jours du scrutin du 26 mai, il continue de porter la bonne parole du mouvement Europe Démocratie Espéranto. Celui-ci a un combat bien identifié : « pour favoriser l’unité de l’Europe et celle des peuples, il faut une langue pour se parler ». Et cette langue transnationale, ce ne serait pas l’anglais, mais… l’espéranto, inventé en Russie à la fin du XIXe siècle. « Cette langue est facile et précise », assure Pierre Dieumegard en nous détaillant ses singularités : « il n’y a qu’un seul groupe de verbe et les toutes les personnes se conjuguent de la même manière ! Les mots se reconnaissent à leur terminaison : quand ils se finissent en « o », c’est un nom ; en « a » c’est un adjectif et en « e », c’est un adverbe », résume-t-il. Impossible, pourtant, de savoir exactement combien de personnes parlent cette langue en Europe. En France, elle n’est même pas proposée aux épreuves du bac. « Le ministère de l’Éducation nationale nous dit que ce n’est ni une langue ancienne, ni une langue étrangère, ni une langue régionale », regrette Pierre Dieumegard, dont le message sous-jacent qu’il porte au fond est celui-là : « comment faire pour construire un véritable peuple européen ? »

    Une campagne à 90 000 €

    Dimanche, ce sera la quatrième fois qu’Europe Démocratie Espéranto présentera des candidats aux élections européennes. Pourtant, dans la soirée, Pierre Dieumegard ne devrait pas être invité sur les plateaux télés pour débriefer sur le résultat des élections. Il comprend cette relative indifférence, mais la regrette aussi. « Les listes un peu « exotiques » ne peuvent pas s’exprimer dans les médias, dit-il. D’un autre côté, nous ne sommes pas tellement coopératifs. C’est dommage de n’avoir pas réussi à travailler ensemble. »

    Si l’on peut gloser sur l’utilité de présenter une liste qui, en 2014, n’a pas dépassé les 0,3 % de voix, on ne peut en revanche pas reprocher à Pierre Dieumegard et à ses compagnons de ne pas être convaincus par leur démarche. Cette élection va en effet leur coûter 90 000 €, dont 50 000 € pour la seule impression des bulletins de vote. Leur campagne est autofinancée, sans aucun prêt souscrit auprès des banques. Un investissement à blanc, puisqu’en France, il faut atteindre la barre des 3 % pour être remboursé de ses frais de campagne. Europe Démocratie Espéranto part de loin. 

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    • Les autres candidats orléanais

      Maire adjoint à l’éducation à Orléans, Florent Montillot se présente en 7e position sur la liste de l’UDI. On note aussi la présence de Karin Fischer, professeur à l’Université, et en 49e position sur la liste de La France Insoumise. Enfin, Farida Megdoud, enseignante à La Source, est présente en 9e position sur la liste de Lutte Ouvrière. 

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      À Tours, une Maison de l’Europe

      L’Europe et la région Centre-Val de Loire

      La métropole tourangelle abrite une Maison de l’Europe, unique au sein de la région Centre-Val de Loire. Rencontre avec sa présidente, Christine Bousquet. c.s


      La Maison de l’Europe, qu’est-ce que c’est ?

      C’est une association ayant pour but d’essayer de faire vivre la citoyenneté européenne, de lui donner de la chair, d’expliquer ce que ça veut dire. Avec des jeunes et des moins jeunes, on tente d’apporter une réflexion sur la mobilité, le volontariat et encore les institutions européennes.

      Que pensez-vous de la campagne française ?

      Les têtes de liste ne savent pas ce qu’elles veulent. Il faudrait un vrai projet, un leader, et ce n’est pas le cas. Le fait qu’il y ait 34 listes en France montre bien que certains se présentent pour faire parler d’eux, dans une quête individuelle. Le problème reste que les petits partis ou groupes vont faire à peine 1 % des voix au détriment des autres, qui auront moins de poids au Parlement européen. Il faut un vote utile, pas franco-français, pas pour une personne.

      Comment convaincre les électeurs de se rendre aux urnes, dimanche ?

      En leur rappelant l’histoire européenne. L’Europe est née bien avant les traités de Rome de 1957, puisque son idée date de l’Antiquité ! L’Europe a du sens. Depuis 60 ans, le drapeau européen n’a jamais fait couler le sang. Quand on s’en rend compte, on a envie d’Europe. Mais aujourd’hui, on manque de projet motivant pour faire avancer le continent.

      Qu’est-ce qui pourrait être moteur ?

      Les enjeux économiques sont présents mais ne mobilisent pas. La défense européenne, par contre, est l’un des thèmes phares qu’il faudrait mettre en avant. L’autre thématique concerne l’écologie. Certes, l’Europe est le continent le plus propre du monde, mais les citoyens n’ont pas envie d’agir pour la planète. Pourquoi ? Parce que l’écologie politique est punitive.

      Quel est le dernier grand succès de l’Europe ?

      Pour la première fois, les 27 pays membres sont restés comme un seul homme derrière Michel Barnier face au Brexit. Pourtant, ils ont tous des intérêts différents. En réalité, ils sont d’accord sur deux points : l’unité dans la négociation du Brexit et le maintien de la paix. 

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      • Orléans, exclue des infos européennes ?

        À Tours, la Maison de l’Europe fait également office de Centre d’information Europe Direct (CIED). En lien avec la commission européenne, il diffuse gratuitement des informations sur l’Europe et conseille les citoyens sur l’Union européenne. En Centre-Val de Loire, un autre centre existe à Bourges. Jusqu’à il y a quelques années, un troisième était installé à Orléans, au Centre régional d’information jeunesse (CRIJ), mais celui-ci a perdu son habilitation. « C’est un problème car on ne peut pas être partout…, souligne Christine Bousquet. On aimerait bien créer une antenne de la Maison de l’Europe à Orléans, mais on n’en a pas les moyens financiers. »