Les Brèves

    Le Trop-plein d’écrans nuit-il à nos enfants ?

    Éducation

    Née dans l’ère du tout numérique, une partie des enfants d’aujourd’hui est captivée par les écrans. Des professionnels de la santé et de la petite enfance s’en alarment, pointant du doigt le développement et la perception des jeunes.

    claire seznec

    Les écrans sont-ils bons ou mauvais pour les enfants ? Peu d’études en parlent ; pourtant la question se pose de plus en plus. Dans un environnement où télévisions, ordinateurs, smartphones et autres tablettes cohabitent, difficile de ne pas se laisser happer… Selon une enquête Ipsos Connect datée de 2016, les enfants de 1 à 6 ans passent en effet 4 h 10 par semaine sur Internet. La moitié des enfants de 0 à 3 ans utilisent quant à eux un « écran interactif nomade », style tablette et smartphone. L’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA), qui a réalisé une enquête similaire auprès de parents d’enfants suivis par 144 pédiatres de l’association, fait le même constat. Et ajoute néanmoins un paramètre : « 44 % des parents prêtent leur téléphone portable à leur enfant de moins de 3 ans pour l’occuper, le consoler, etc… ». De fait, qui n’a jamais été en présence d’un enfant ne pouvant détacher son regard de l’écran ?

    Suite à ces constats, une tribune a été publiée en mai dernier dans Le Monde par des professionnels de la santé et de la petite enfance. « Nous recevons de très jeunes enfants stimulés principalement par les écrans (de façon directe ou non), qui, à 3 ans, ne nous regardent pas quand on s’adresse à eux, ne communiquent pas, ne parlent pas, ne recherchent pas les autres, sont très agités ou très passifs », écrivaient-ils.

    Ces professionnels comparaient des symptômes observés chez ces enfants avec certains troubles autistiques, tels l’absence de langage à quatre ans, les troubles de l’attention et relationnels, l’intolérance liée à la frustration ou encore la stéréotypie gestuelle. Ces éléments ont été corroborés par une étude de l’Université de Toronto (Canada), datée de mai dernier : entre 2011 et 2015, sur près de 900 enfants âgés de 6 mois à 2 ans, les chercheurs ont observé « 49 % de retard de la parole pour chaque demi-heure quotidienne d’écran ».

    « Les écrans sont utiles, mais pas sans risques »

    Alors faut-il supprimer les écrans pour les bambins ? « Oui », selon les acteurs de la petite enfance et les associations de protection de l’enfance : jusqu’à trois ans, les enfants ne doivent pas visionner d’écran, ou en tout cas le moins possible (voir tableau ci-contre), afin de développer leur psychomotricité, leurs affects et leur langage. Mais pas uniquement. « C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que les enfants se construisent à partir d’images ayant un but marchand (publicités, jeux…), et non pas d’expériences sensorielles », estime Jeanine Busson, conférencière et présidente de l’association Enfance-Télé : Danger ?. Lors du développement d’un bébé, les sens, la notion de volume, l’expérience de la douleur, de la joie et encore du poids « créent des connexions cérébrales ». En se privant de ces expériences sensorielles et en ne jouant qu’avec un écran, « seuls les yeux et le cerveau travaillent et il n’y a pas de compréhension des causes et des effets des choses », explique Jeanine Busson. Et ce même si certains exercices et jeux sur tablettes tactiles sont pédagogiques et ludiques. Certes, ils développent l’acuité visuelle, la dextérité de la main, l’intelligence déductive, la stratégie, le repérage dans l’espace et, évidemment, le plaisir ; mais ils demeurent très attractifs et captent toute l’attention de l’enfant.

    Comme tout outil, tout serait donc question d’usage, et le numérique pourrait être comparé à un couteau ou une voiture : « va-t-on laisser un enfant les utiliser ? C’est pareil pour les écrans : ils sont utiles, mais pas sans risques », soulève la présidente d’Enfance-Télé : Danger ?. Les parents, souvent peu ou pas informés, auraient un rôle fondametal à jouer, car l’enfant reproduit ce qu’il observe.

    Un piège nommé Facebook

    Aujourd’hui, par exemple, la majorité des parents utilisent Facebook. Ce réseau social s’immisce dans la vie des enfants malgré eux, parfois même dès leur naissance. De nombreuses photos de bébés sont postées par les adultes, fiers de leur progéniture. Mais cela ne s’arrête pas là. « Certains parents y inscrivent leur enfants de moins de 13 ans, l’âge minimum requis pour Facebook, affirme Jeanine Busson. Et un quart des jeunes Français ouvrent un compte sur un réseau social (Facebook, Instagram, Snapchat…) avant l’âge de 10 ans. » Peu à peu, une prise de conscience monte cependant face à ce propos préoccupant. Ainsi Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a interdit à ses enfants d’utiliser les réseaux sociaux...

    Plus globalement, outre la consommation précoce et la surconsommation du numérique, les enfants peuvent en effet se heurter à des contenus inappropriés à leurs bas âges, comme la pornographie et les jeux violents. Ils peuvent également être victimes de harcèlement de la part de leurs camarades et/ou d’internautes. « Les parents doivent donc instaurer de bonnes habitudes de consommation des écrans quels qu’ils soient, le plus tôt possible, afin d’éviter tout problème », conclut Jeanine Busson. Plus les parents seront informés, plus les enfants seront donc protégés…

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      • Quid de la « lumière bleue » ?

        Nos yeux sont sans cesse sollicités par des lumières artificielles (ampoules, téléviseurs, ordinateurs, GPS, enseignes de magasins…). Mais ces sources lumineuses peuvent présenter des « pics de lumière Haute Énergie Visible », appelée lumière bleue. Elle est notamment présente dans les LEDs. Le problème ? Elle est « quinze fois plus nocive pour la rétine » que les autres radiations lumineuses, « plus dangereuse que les UV » et aurait une influence sur les cycles du sommeil. Les personnes les plus sensibles ? Les enfants, car leur cristallin n’est pas totalement opérationnel. Il faut donc faire attention à ne pas trop les exposer aux écrans et/ou à leur mettre sur le nez des lunettes aux verres traités pour atténuer les effets de la lumière bleue. 

      10 jours sans écrans : cap' ou pas cap' ?

      Éducation

      À l’école du Nécotin, à Orléans, les élèves ont participé à un défi : se passer d’écrans pendant dix jours d’affilée. Sans télé, sans tablette ni téléphone, que faire ? Des activités ont été proposées pour les enfants et leurs parents. Et le challenge a visiblement rencontré un petit succès...

      claire seznec

      Pendant dix jours, du 5 au 16 février, les 265 élèves de l’école du Nécotin et une centaine d’élèves de 6e du collège Jean Rostand, dans le quartier de l’Argonne à Orléans, se sont lancés dans un défi : ne pas regarder d’écrans, pas même la télévision. Initié par André Chwalscynski, le directeur de l’établissement, le challenge part d’un constat : une utilisation non contrôlée des écrans amènerait à un déficit d’attention chez les enfants. « C’était déjà le cas il y a dix ans avec la télé, précise le directeur. On estime qu’en réduisant le visionnage des écrans, la mémorisation et l’attention sont meilleures, le sommeil est plus paisible. » Pour lui, les écrans auraient donc une incidence pouvant aller jusqu’à la démotivation scolaire.

      « Amener une réflexion »

      Pour « tenir » dix jours sans écrans, des activités ont été proposées aux enfants et à leurs parents, les soirs de semaine et les week-ends, pour « compenser » : il y eut une conférence de Jeanine Busson, la présidente de l’association Enfance-Télé : danger ? (voir ci-contre), un jeu de pisteS pour découvrir Orléans, des jeux (de société, de combat, de sport) à faire en famille, de la lecture, et encore des créations de fresques à la craie ou avec des éléments naturels. « Pour motiver les enfants, nous avons mis en place une grille de points remplie en classe tous les matins avec les enseignants, complète André Chwalscynski. Mais s’ils n’ont pas tous les points, ce n’est pas dramatique. L’objectif est d’amener une réflexion, pas de juger ni de s’immiscer dans la vie privée des familles. » Car l’écran n’est pas mauvais en soi, il faut simplement en maîtriser la consommation, ce qui n’est pas forcément évident. Des facteurs indépendants de la volonté des enfants apparaissent, comme le grand frère qui regarde une vidéo ou la télé, allumée dans le salon. « Certains nous ont dit que ce n’était pas possible » de se passer de l’écran, affirme ainsi le directeur de l’école.

      Sevrage total pour 45 élèves !

      Au terme des dix jours de défi, vendredi dernier, 45 élèves ont réussi à ne pas regarder d’écrans du tout. « Les retours des parents d’élèves sont très positifs, constate André Chwalscynski. Ils souhaitent que ce défi soit reconduit chaque année, mais un peu plus tard dans l’année, aux beaux jours. » Lui espère que le défi s’étendra dès l’année prochaine aux écoles du secteur de l’Argonne, voire de Saint-Jean-de-Braye, et que les soutiens de la Ville d’Orléans, de l’USO, de l’OLB ou encore des Aselqo continueront en ce sens.

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      • 81,07?%

        C’est le taux de réussite des élèves au défi « 10 Jours sans écrans »

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      • Plusieurs spécialistes à Orléans

        Plusieurs graphothérapeutes ont ouvert leur cabinet dans la métropole orléanaise et dans ses environs. On recense ainsi les activités d’Élise Harwal à Saint-Jean-de-Braye, d’Ingrid Franchet à Orléans, ou encore de Sophie Colomier à Châteauneuf-sur-Loire. 

      Tu n’écriras plus comme un cochon !

      Éducation

      Rééduquer le geste de l’écriture, telle est l’essence du métier de graphothérapeute. Sur la métropole, ils sont plusieurs à s’être spécialisés dans ce secteur, comme Anne Rage, qui a ouvert en juin dernier un cabinet à Saint-Jean-le-Blanc. 

      B.V

      «I?l est toujours sanctionné d’un point à cause de son écriture » ; « ses maîtres lui disent qu’il écrit comme un cochon »… Ces récriminations, Anne Rage les entend régulièrement dans la bouche de parents qui s’inquiètent de voir leurs enfants peu à l’aise dans leur expression écrite. Depuis juin dernier, cette graphothérapeute corrige ces problèmes qui vont parfois jusqu’à la dysgraphie. Ceux-ci peuvent apparaître après que certaines mauvaises habitudes ont été prises au moment où un enfant a appris à écrire. « Je leur propose une rééducation ultra-ludique, développe Anne Rage. Le but n’est pas de répéter des lignes de lettre, mais de gagner en souplesse ou en mobilité. »

      Ludique avant tout

      Après un premier rendez-vous d’évaluation de deux heures environ, la graphothérapeute organise un suivi d’une vingtaine de rencontres, qui durent, elles, 45 minutes. Car bien évidemment, rien n’est possible sans l’adhésion de l’enfant, l’enjeu étant pour lui de faire disparaître des douleurs qu’il peut rencontrer en écrivant. Dans certains cas, il faut aussi lui réapprendre à se faire confiance, car « mal écrire » peut abîmer un peu de l’estime de soi… « Il n’y a pas de « belle » écriture au sens strict, nuance toutefois Anne Rage. Le travail de graphothérapeute ne consiste heureusement pas à faire écrire tout le monde de la même façon, mais à faire qu’un enfant se sente tout simplement mieux quand il applique les astuces et les conseils que nous allons lui donner. » Discipline encore toute jeune, la graphothérapie est cependant en train de se démocratiser (voir encadré), même si les séances ne sont pas encore remboursées par la Sécurité Sociale. « Mais certaines mutuelles les prennent en charge », assure Anne Rage qui, en plus de son travail en cabinet, anime aussi – en binôme avec une autre graphothérapeute, Élise Harwal – des stages de tenue de crayon. Initiée lors des vacances de la Toussaint, l'expérience sera dupliquée durant la deuxième semaine des vacances d’hiver. Il s’adresse aux enfants de la grande section au CE1.

      Plus d'infos

      Anne Rage – Graphothérapeute - 17, rue des Grisets - Saint-Jean-le-Blanc

      Tél. 06 60 96 04 46

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      • À SAVOIR

        Métropole : C’est les vacances !

        Les vacances scolaires, dans l’académie d’Orléans-Tours, commencent ce vendredi. Pour occuper vos chères têtes blondes durant ces deux semaines, il est encore possible de les inscrire dans les multiples stages éducatifs organisés par les communes de la métropole. Olivet propose par exemple un stage spécial carnaval à partir de 8 ans ! De manière plus générale, sachez que le site 45.kidiklik.fr, que nous avions présenté dans ces pages en août dernier, recense de nombreuses activités à faire avec ses enfants sur tout le département.


        Olivet : Un tour de toboggan !

        L’enseigne Toboggan et Cie est orléanaise depuis le 17 février dernier. Elle s’installe à la place de Royal Kids, dans la rue d’Artois, à Olivet. Ce parc de jeux pour enfants sera ouvert tous les jours de 10h à 19h pendant les vacances scolaires.


        Loiret : Sensibiliser à l’endométriose

        Entre 10 à 20 % des femmes sont affectées par l’endométriose, une maladie gynécologique touchant l’endomètre, le tissu qui tapisse l’utérus. Afin de sensibiliser à cette problématique et « faire prendre conscience du handicap, de l’invalidité et de l’incompréhension qu’elle génère », une soirée caritative est organisée le 16 mars prochain à la MJC d’Olivet – Moulin de la Vapeur par l’association Agozar, en partenariat avec l’association Endomind. Réservations au 06 61 39 30 98. Entrée : 8 €. 

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        Le Renard et la Rose : L’école Montessori se finance en ligne

        On suit le projet !

        La pédagogie Montessori, basée sur l’éveil des sens et l’apprentissage par soi-même, a de beaux jours devant elle à Orléans. L'Abraysienne Zahra Ricardo continue d'écouler sa Montessori Box et les porteurs du projet de l’école Le Renard et la Rose, dont nous vous parlions en novembre dernier, ont quant à eux lancé sur la plateforme Ulule un financement participatif (en cours jusqu’au 30 mars) afin de financer leur école. Le premier palier, de 10 000 €, est déjà dépassé. L’objectif final s’élève à 32 400 €. Cette somme doit permettre les travaux d’aménagement intérieur, l’achat du mobilier et du matériel Montessori pour les enfants.

        Inscriptions dès mars

        Le Renard et la Rose devrait accueillir 25 % d’enfants handicapés et 75 % d’enfants valides. Une volonté née d’une histoire personnelle : les deux couples à l’origine du projet ont, chacun, un enfant en situation de handicap. « Nous sommes sans situation scolaire pour la rentrée 2018… C’est pourquoi nous nous sommes lancés dans la création de cette école », raconte Gaëlle Dujardin, l’une des mamans. Les élèves seraient séparés en deux classes, appelées « ambiances », d’une vingtaine d’enfants : les 3 à 6 ans et les 6 à 11 ans. L’ouverture est prévue pour la rentrée de septembre, à Orléans. Les inscriptions (400 € par mois) commenceront en mars, mais déjà trente familles sont intéressées.

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        • Trois couples pour un projet

          Gaëlle, Colin, Valérie et Éric, les deux couples initiateurs du projet de l’association et école Le Renard et la Rose, ont été rejoints par Isabelle (qui se forme à la pédagogie Montessori) et Yves. Ensemble, ils travaillent pour mettre sur pied cette école « inclusive et innovante ». Une trentaine de bénévoles les soutiennent.