Les Brèves

    Rock en stock

    L’exposition Rock Vinyle Culture qu’il a conçue en collaboration avec La Tortue Magique se termine à la médiathèque d’Orléans le 29 avril. Plus de 150 pochettes de vinyles des années 60-80 y sont exposées. L’occasion de remonter le temps avec celui qui fut, il y a plus de 40 ans, le chanteur attitré du groupe de rock progressif orléanais Mona Lisa. Benjamin Vasset

    Ce n’est pas que c’était mieux avant, mais c’était quand même autre chose. À voir le patchwork coloré que composent, mises ensemble, ces pochettes de vinyles datées des années 60-80, on se dit que dans ce temps-là, on avait du goût et même beaucoup d’audace. C’est pour mettre en avant ces petits objets d’art en tant que tels, et pour revenir sur cette époque où le rock et les musiques contestataires se trouvaient une large place au soleil, que Dominique Le Guennec a eu l’idée de proposer l’expo Rock Vinyle Culture à la médiathèque d’Orléans. Cet Orléanais a fouillé parmi sa collection personnelle comprenant environ 3 000 albums – « c’est pas beaucoup, j’ai des copains qui en ont bien plus… » – et a pu compter sur l’aide du disquaire Michel Rose pour présenter ces dizaines de pochettes donnant un sacré effet euphorisant. Plusieurs extraits de fanzines de l’époque, dont le premier numéro de Rock et Folk, sont également à visualiser au cours de cette déambulation gratuite où son auteur, Dominique Le Guennec, revient aux sources, en même temps que ses visiteurs. « Il y a des gens pointus, des passionnés et des curieux qui posent plein de questions, raconte l’intéressé. Il y a ceux à qui ça évoque fatalement d’autres souvenirs, leurs premiers flirts, leurs premières amours… Mais pour moi, avec cette expo, je voulais avant tout ouvrir les oreilles des gens (sic). »

    Leurs oreilles, mais aussi leurs yeux, puisque dans ce petit retour en arrière, le visuel et l’auditif sont intimement liés, comme ils l’ont d’ailleurs été dans la carrière de Dominique Le Guennec. « Si t’es musicien, t’es forcément un peu comédien… », résume ce dernier, alors qu’il évoque ses années de théâtre de rue, moins connues que celles durant lesquelles il écumait les scènes de France avec le groupe de rock progressif Mona Lisa. Un groupe avec lequel il partagea quatre albums entre 1974 et 1978 et dont il se sépara ensuite, convaincu qu’il n’y avait « aucun débouché » devant le déferlement du punk en Europe. « Je n’avais plus l’envie, ni la passion », dit-il aujourd’hui pour expliquer la fin de cette parenthèse musicale qu’il rouvrit à la fin des années 90 en reformant brièvement Mona Lisa avec un groupe lillois. Après ces premières années rock et ces centaines de concerts, Dominique Le Guennec partit ensuite un an en Savoie, histoire de « s’oxygéner ». Non pas qu’il eut trop abusé des bonnes choses auparavant – « on aimait bien faire la fête, mais on n’a jamais été excessif », prévient-il – mais parce qu’il lui fallait décrocher. Revenu à Orléans par la suite, de « vieux potes » le convainquirent de se frotter au théâtre. Ce qu’il fit en rejoignant l’école Charles Dullin, à Paris, au début des années 80. « J’y suis resté deux ans et demi, revient-il. Le matin, je travaillais à l’hôpital Bretonneau, qui n’existe plus, où j’étais délégué à la pharmacie. Et l’après-midi, je prenais mes cours. »

    « Invisible » et « contestataire »

    Il parle de cette école de théâtre comme d’une fabuleuse « agence de rencontres ». Car non content d’y apprendre le métier, il en profita pour créer une compagnie, Les Grandes Pointures, qui œuvrait dans le burlesque de situation. Deux spectacles furent montés et joués aux quatre coins de la France. Au détour de l’un d’eux, Dominique Le Guennec croisa la route de Pascal Larderet, un artiste sétois qui dirigeait une compagnie de théâtre de rue, Cacahuète, laquelle officiait – et officie toujours – dans le « théâtre invisible et contestataire, qui provoquait la rumeur », définition toute officieuse ébauchée par notre interlocuteur. Celui-ci se prit ainsi d’affection pour ce type de spectacles qui s’immisce dans l’espace public en faisant croire aux gens qu’une scène de la vie quotidienne est en train de se jouer sous leurs yeux ébahis. « Les gens sont surpris par cette folie qui les entoure tout d’un coup. C’est très spectaculaire, on essaye de faire bouger les tabous (sic). »

    Grâce à cette compagnie, Dominique Le Guennec a mené une vie bien remplie de saltimbanque, visitant 37 pays par le monde, de l’Espagne au Brésil en passant par l’Europe de l’est. « Et cet été, on va encore jouer à Montréal ! », sourit l’artiste, qui adore toujours se mouvoir dans cet environnement transfrontalier. « Tu voyages beaucoup, tu rencontres plein de gens, c’est sympa comme tout ! », appuie-t-il, la mine réjouie. Il en parle en connaissance de cause, puisqu’il rencontra même sa femme lors d’une de ses pérégrinations au nord de la Russie, au festival d’Arkhangelsk. Un petit garçon franco-russe naquit d’ailleurs de cette union et de cette force incommensurable qu’a l’art à faire voler en éclats les barrières. La preuve en est que dans ces spectacles de théâtre de rue, la langue de Molière n’est pas toujours comprise, n’en déplaise aux partisans de la francophonie. Et pourtant… « C’est pas vraiment important que les gens ne comprennent pas parce que, comme dans ces spectacles, on s’engueule beaucoup… », se marre le comédien, qui se forma aussi, entre-temps, aux plaisirs du cinéma et de l’écriture de scénario, notamment, à l’école Louis Lumière. La vidéo lui est à tel point devenue familière qu’il anime des ateliers « devant et derrière la caméra » deux fois par semaine, au 108.

    « Il faut avoir fait de la scène pour comprendre… »

    Artiste complet, Dominique Le Guennec ne veut pas choisir entre ces différentes époques qui auront ponctué son existence. Bien sûr, il garde toujours une tendresse particulière pour son aventure musicale au sein de Mona Lisa. « Ce groupe, c’est la première émotion forte qui me revient, dit-il ainsi. Mais c’est difficile de la mettre au même niveau qu’une autre, et compliqué de la comparer avec ce qu’on peut ressentir au théâtre. Quand je chantais, j’étais quasiment transporté, comme dans une bulle. Je crois qu’il n’y a que ceux qui ont fait de la scène qui peuvent comprendre… » Sans nostalgie, mais avec une vraie fraîcheur, Dominique Le Guennec racontera pendant près de deux heures ces années de gloire et ses quatre albums, L’Escapade, Grimaces, Le Petit Violon de monsieur Grégoire et Avant qu’il ne soit trop tard. Les articles élogieux et les critiques assassines, comme au sujet du dernier disque, qui précipitèrent la cassure. Ces tournées au long cours, parfois organisées de façon très… rock’n’roll : « un soir on pouvait jouer à l’île de Ré et le lendemain à Nice… » Alors oui, si les fans de rock progressif se souviennent aujourd’hui de Dominique Le Guennec, c’est pour sa participation à ce groupe qui compta sur la scène française. Mais dans le discours de son ancien chanteur, on devine qu’il y eût bien quelques fêlures indicibles au cours de ce chemin initiatique. « Quand j’ai rejoint Mona Lisa, c’est là que les années de galère ont commencé… », a-t-il ainsi débuté son histoire avec un zeste d’ironie, tel le hurlement d’une corde qui se serait raidie au souvenir d’une douleur agréable.

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    • CV

      13/03/1949 : naissance à Orléans

      1972 : rejoint le groupe Mona Lisa

      1987 : intègre la compagnie Cacahuète