Les Brèves

    L’autre affaire Sauvage...

    Faits divers

    Suite à une soirée arrosée, Lucien Chantepie, un employé journalier à Baule, est retrouvé mort, le crâne fracassé, en 1899. Pendant plusieurs mois, l’assassin resta inconnu. Jusqu’aux aveux de sa femme, Marguerite Chantepie, née… Sauvage, qui aurait agi pour éviter un autre meurtre. 

    Claire Seznec

    Dans la matinée du 18 octobre 1899, un domestique travaillant chez monsieur Perdereau, fermier au Grand-Val, dans la commune de Baule, trouva Lucien Chantepie, un journalier alors employé, décédé « accidentellement en tombant la tête sur la pierre du foyer ». Il s’avéra que le cadavre de l’homme portait des traces de coups et des ecchymoses sur la gorge et les parties génitales. Son corps témoignait aussi d’une fracture de l’os occipital. La mort était-elle accidentelle ? Rapidement, les enquêteurs en déduisirent qu’il s’agissait plutôt d’un crime. Mais qui avait donc tué ?

    On sut plus tard qu’un dîner alcoolisé s’était déroulé dans la ferme du Grand-Val, la veille du drame, le 17 octobre. Vers 21 h 30, le ton était monté entre monsieur Perdereau, l’employeur, et Lucien Chantepie, son employé. Perdereau devait, parût-il, « quelques sous » à son salarié, qui avait semblé « fou ivre », ce soir-là, selon les témoignages. Sa colère était telle qu’il avait frappé le fermier alors à terre, menaçant même « de lui écraser la tête avec ses souliers ! » La scène s’était déroulée devant les autres ouvriers qui, peu à peu, avaient finalement déserté les lieux. Lorsque l’un d’eux était revenu plus tard, il avait trouvé le fermier, toujours dans la même position. La femme de Lucien Chantepie, Marguerite (née Sauvage) se tenait debout, « les mains sous son tablier ». Son mari se trouvait, lui, étendu à terre et « le crâne fracassé ». L’examen médical du médecin légiste révéla que tous les os du crâne avaient été broyés ou enfoncés et que tous les coups avaient été mortels.

    Des coups de barre…

    Jusqu’au 2 décembre 1899, Marguerite Chantepie accusa le fermier Perdereau du meurtre de son mari. Mais elle finit ensuite par avouer la vérité : lors de la dispute du 17 octobre, elle avait tenté de le calmer. Elle avait ensuite pris « la barre du feu du foyer » et avait frappé par deux fois son époux. Puis, perdue, elle avait jeté la barre dans la Loire. Elle expliqua aux enquêteurs avoir agi « sans réflexion et sans intention d’homicide », par crainte que son mari ne tuât le fermier. Elle déclara aussi avoir complétement paniqué au vu de la tournure que la rixe avait prise.

    « J’ai agi sans réflexion et sans intention d’homicide… »

    Marguerite Sauvage

    Lors du procès qui s’ouvrit ensuite, l’avocat général de la cour d’assises du Loiret fut convaincu que Marguerite Chantepie « était désireuse de se débarrasser de son mari ; ils voulaient se tuer réciproquement ». Le couple était en effet marié depuis 1889. Lucien Chantepie battait sa femme « sans motifs », car il était simplement « jaloux ». Et ce même si plusieurs témoins dirent le contraire, affirmant que Marguerite Chantepie « était de mœurs légères et maraudait », ce dont cette dernière se défendit lors du procès. Beaucoup pensaient également qu’elle avait une liaison avec Perdereau, mais rien ne fut jamais clairement établi. En janvier 1900, la cour d’assises la condamna finalement à sept ans de réclusion criminelle. ?

    Source : Le Journal du Loiret, 15 janvier 1900 et 17 janvier 1900.

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