Les Brèves

    Les futurs développeurs web, CE SONT eux !

    Formation et emploi

    Depuis janvier dernier, dix apprenants sont formés au métier de développeur web dans l’Atelier des Métiers de l’Internet (API), initié par l’agence web Pub n’Drive. Une démarche qui doit notamment permettre d’endiguer le manque de ressources dans ce secteur. Explications. benjamin vasset

    Dans quelques mois, tout ce petit monde, ou presque, aura trouvé du boulot. L’un d’entre eux sera même chef d’entreprise, et tous les autres auront été embauchés dans une TPE-PME. « Nous-mêmes devrions recruter un, voire deux personnes que nous formons au sein de cet Atelier », explique Eliott Bobiet, codirigeant de l’agence de communication digitale Pub n’Drive, à l’initiative de cette démarche de formation accélérée de 700 h au métier de développeur web. Puisqu’il ne trouvait tout simplement pas de profil correspondant à ses recherches – ou parce qu’il y avait trop de « turn over » chez les jeunes qu’il embauchait – l’entrepreneur a lui-même décidé de proposer une formation adéquate. « Les CV et les gens que nous voyions, raconte-t-il, c’était soit du senior +, soit du jeune à former qui sortait d’une école très généraliste et qu’il fallait reformer dans le web. Le problème, c’est qu’il n’existe pas non de plus de formation initiale, type BTS, DUT ou Licence, au métier de développeur web. » Pour pallier ce manque de compétences dont Pub n’Drive a besoin pour faire fonctionner son business – l’entreprise crée et développe des sites Internet – l’agence a donc décidé de se rapprocher de Pôle Emploi pour monter avec son aide une formation non diplômante. Banco : depuis le 9 janvier dernier, Pôle Emploi finance donc à dix apprenants – on trouve parmi eux un doctorant en maths, un ancien ingénieur…– une formation aux métiers de l’Internet. « Il n’y a aucune limite d’âge dans notre sélection, indique Eliott Bobiet. Les personnes que nous avons retenues devaient cependant avoir des débuts de connaissance en web, même si on ne leur demandait pas d’être expertes. Il fallait avoir des notions en langages html et php et savoir bricoler des sites vitrines. Après, ils pouvaient être bac +2, +3, +5…, ce n’était pas important. C’était le profil humain qui nous intéressait, qu’on ressente l’envie d’apprendre. » Quelle différence avec la Wild Code School, nichée au Lab’O depuis une grosse année ? « Pour donner une échelle, poursuit-il, à la Wild, les étudiants partent du niveau zéro et sont emmenés jusqu’à 1. Nous, on les prend plutôt à 1 pour les emmener jusqu’à 3. En outre, comme son nom l’indique, la Wild Code School est plus axée « code » que web. »

    D’autres partenaires pour l’an prochain ?

    Pour l’API, cinquante dossiers ont donc été épluchés, dix ont été retenus. Il s’agit de profils complémentaires, amenés à travailler en petits groupes, sous l’égide d’un formateur, pour développer un site web grandeur nature. « On a des profils qui sont plutôt branchés algorithme, d’autres plutôt spécialisés en code explique Eliott Bobiet. On essaye donc, du coup, de faire progresser chacun selon ses besoins. Ici, ils ne font que du concret et du technique. Leur CV, à la fin de la formation, ce sera le site web qu’ils auront développé. » On l’a dit plus haut, la formation réalisée à l’API ne délivre en effet pas de diplôme d’État…pour l’instant. « Pour délivrer un certificat professionnel, j’ai ça de paperasse à remplir… », justifie, geste à l’appui, le codirigeant de Pub n’Drive, qui ne ferme cependant pas la porte à l’éventualité de délivrer, à l’avenir, un titre d’État, ne serait-ce que pour maintenir un modèle économique pertinent. « On va tenter d’attirer d’autres subventions de la Métropole, de la Région, d’un OPCA. L’objectif, c’est de mixer un peu tout ça. Ou sinon, on peut aussi imaginer que des agences web locales se cotisent pour payer un formateur… »

    L’appel du pied est lancé, reste à savoir s’il sera entendu. Car si chacun a son bout de gras à défendre, il n’en est pas moins établi que la pénurie de développeurs web à des tarifs raisonnables – pour les employeurs, entendons-nous…– est un constat et un problème partagés par de nombreux acteurs du tissu économique. Pour le contourner, certaines entreprises ont choisi de délocaliser et de faire notamment appel à des développeurs web œuvrant aux confins de Europe de l’est. « Localement, un bon développeur sans grande expérience peut prétendre à un salaire de 1 700-1 800 € nets, estime Eliott Bobiet. À Paris, cela peut par contre vite monter à 2 500-3 000 €. » En tout état de cause, le marché du développeur web semble pencher aujourd’hui en faveur de l’offre. Ce qui explique pourquoi, au sein de l’Atelier des Métiers de l’Internet version 2017, cinq apprenants ont déjà dans leur main une proposition d’embauche. Et ce un mois avant même la fin de leur formation !

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    • C’est quoi, un développeur web ?

      « C’est quelqu’un qui crée et maintient un site Internet dynamique et anti-statique », donne pour définition Eliott Bobiet, qui distingue en outre le « site vitrine », type wordpress, du site « technique et sur-mesure », au début duquel le développeur web doit « partir de zéro et coder. Le site de Blablacar, c’est au moins 10 développeurs qui bossent dessus tous les jours ! » Dans ce domaine très pointu, les technologies et les langages évoluent en effet très rapidement, d’où la nécessité de proposer des formations adaptables et réactives.