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    Violences conjugales

    Depuis début 2016, les victimes de violences conjugales peuvent bénéficier (sous conditions) d’un « Téléphone grave danger » pendant six mois. Un dispositif pour évacuer la peur du quotidien et recommencer à vivre sans coups.

    Claire Seznec

    L’année dernière, les services de police et de gendarmerie du Loiret ont constaté une hausse des violences conjugales, notamment physiques (+4,4 %) et sexuelles (-21,6 %). Des chiffres inquiétants. Face à cette recrudescence constante depuis plusieurs années, une réflexion sur les cas de récidive des violences conjugales a été initiée en 2014. À son terme, la loi du 4 août de la même année a été créée. Elle a instauré ce qu’on appelle le « Téléphone grave danger ». À Orléans, une convention a été signée entre le tribunal et l’association LAE 45 (Lieu d’accueil et d’écoute du Loiret). « L’idée est de proposer un de ces téléphones aux victimes de violences conjugales dont les coupables sont connus et sous contrôle judiciaire », explique Laure Moisset, vice-procureure au tribunal d’Orléans. Quatre critères légaux cumulatifs doivent être remplis pour se voir proposer ce dispositif : la victime doit résider dans le Loiret ; il doit y avoir une interdiction judiciaire d’entrer en contact entre la victime et le coupable ; il doit y avoir des éléments démontrant que la personnalité du coupable puisse craindre de nouvelles violences malgré l’interdiction de rencontre ; et enfin, il ne doit pas y avoir de cohabitation entre les deux personnes.

    En France, 85 % des victimes de violences conjugales sont des femmes. « Elles sont marquées par les coups mais aussi psychologiquement, affirme Laure Moisset. Généralement, il y a un phénomène d’emprise : la victime est très amoureuse et il est donc complexe pour elle de dire qu’elle est battue. Certaines culpabilisent même d’avoir porté plainte. » Comprendre les mécanismes et l’histoire personnelle de chacun est donc primordial. « On ne peut pas dire : ‘moi, si je reçois une claque, je m’en vais tout de suite’, continue la vice-procureure. On ne peut pas connaître nos réactions dans de telles situations »

    Deux Loirétaines l’utilisent

    Lorsqu’une situation de violences conjugales connues est signalée à la procureure d’Orléans, celle-ci contacte le LAE 45. « Nous recevons ensuite la victime pour comprendre le contexte familial, savoir où elle travaille, où elle réside », décrit l’association. Dans les 48 heures suivant cet entretien, les données sont transmises au tribunal. Si tous les critères sont remplis et que la procureure accepte de proposer le « Téléphone grave danger » à la victime, celle-ci se voit confier l’objet pendant six mois, renouvelables en fonction de la situation à l’instant donné. Le fameux téléphone ressemble à un smartphone classique afin de rester discret. Simplement, un bouton, sur sa tranche, permet d’activer un appel vers un télé-opérateur, dès que la personne s’estime en danger. C’est-à-dire quand elle aperçoit son agresseur dans la rue, par exemple. « À l’autre bout du fil, le télé-assistant a tout de suite la situation sous les yeux et, avec des questions fermées, définit le danger, explique Laure Moisset. Si ce dernier est avéré, il contacte la police ou la gendarmerie, selon l’endroit où se trouve la personne, et une patrouille est dépêchée. » Pour plus de rapidité, le détenteur du téléphone peut activer la géolocalisation. S’il peut être attribué à tous les stades d’une procédure pénale, en cas de non-respect des consignes du dispositif ou en cas d’incarcération de l’auteur des violences, le téléphone peut être retiré. De même, lorsque l’auteur sort de prison, le téléphone peut être attribué. C’est d’ailleurs le cas dans le Loiret, pour deux victimes.

    « Si le danger est avéré, une patrouille est dépêchée »
    Laure Moisset, vice-procureure du tribunal d’Orléans

    « Tout aussi important, il y a un accompagnement psychologique, précise-t-on au LAE, dont le rôle est aussi l’écoute et le soutien. Les victimes souffrent beaucoup, car elles vivent dans une peur permanente. Pour elles, il faut quasiment tout reconstruire. »

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    • Les enfants, victimes collatérales

      En France, une femme sur dix est victime de violences conjugales connues. En 2014, selon le Gouvernement, 118 femmes et 25 hommes ont été tué-e-s par leur conjoint(e) ou leur ex-conjoint(e). Parmi ces chiffres inquiétants, on note également les enfants qui vivent dans un foyer où une femme a déclaré être victime de violences physiques et/ou sexuelles de la part de son conjoint : ils sont 143 000 et 42 % ont moins de 6 ans. « Les violences conjugales et intrafamiliales touchent tout le monde : la victime des violences, mais aussi les enfants. Il est très difficile de les extraire de cet environnement, explique Laure Moisset, vice-procureure du tribunal d’Orléans. Eux aussi, il faut les protéger physiquement et psychologiquement. »