Les Brèves

  • À la région

    « Le groupe s’entend vraiment très bien », déclare sans surprises Mathilde Paris au sujet de la concorde et de l’implication des 17 élus FN au conseil régional. « Nous ne sommes pas dans l’opposition systématique, assure-t-elle. Si je trouve qu’une proposition de la majorité est bonne, je vais la voter. Nous avons d’ailleurs approuvé la stratégie touristique de la région. Par contre, quand nous, nous faisons des propositions de bon sens, comme celle que nous avons développée au sujet des travailleurs détachés, le PS et les écolos votent contre. Ce sont eux qui sont dans une posture caricaturale. »

Les nouveaux visages du FN

Région / Loir-et-Cher

Candidate FN aux élections législatives dans la deuxième circonscription du Loir-et-Cher et conseillère régionale depuis 2015, Mathilde Paris incarne une nouvelle frange d’élus FN : jeunes et déjà bien rôdés à l’exercice de la politique. Rencontre.

Benjamin Vasset

Rien n’est encore gravé dans le marbre mais, en juin prochain, Mathilde Paris pourrait bien faire partie de la cohorte de députés élus sous l’étiquette Front National. Dans la deuxième circonscription du Loir-et-Cher, où elle se présente, des sondages officieux la placent en tête des intentions de vote au premier tour. Elle aura sans doute pour adversaire principal le maire de Neung-sur-Beuvron, Guillaume Peltier. Alors elle tape dessus avec véhémence, accusant par exemple le jeune loup LR, avec qui elle ferraille d’ailleurs au sein de l’hémicycle régional, d’être un « maire fantôme ». « Alors que moi, oppose-t-elle, je tracte, je fais du porte-à-porte, je prends le temps de discuter. Et à chaque fois, les gens me disent : " on ne voit jamais les politiques ". C’est ça le problème : la déconnexion des élus avec la base. Moi, je suis 100 % terrain. »

En Sologne, où Mathilde Paris fait donc campagne depuis la fin de l’année 2016, vous entendrez d’autres sons de cloche vous disant que contrairement à ce qu’elle affirme, elle n’est pas plus visible que les autres. Il faut dire que la jeune femme, âgée de 32 ans, est une personne occupée : conseillère municipale à Blois, conseillère communautaire à Agglopolys, l’intercommunalité blésoise, mais aussi conseillère régionale depuis les dernières élections. « Je ne suis pas du tout une professionnelle de la politique, dit-elle toutefois, je n’en ai même jamais rêvé. » En 2014, elle se présentait pourtant déjà sous l’étiquette FN lors des élections départementales, avant de remettre donc le couvert, trois ans plus tard, lors de ce scrutin législatif. « Oui, je démissionnerai du conseil municipal de Blois si je suis élue à l’Assemblée, assure-t-elle. Le conseil régional ? On verra. Il est important de garder un mandat local… » Pour des contingences financières, aussi ? Elle affirme que les 2 000 € d’indemnités qu’elle touche de sa casquette d’élue régionale sont reversées pour un quart au FN, et que ses deux autres indemnités d’élue locale à Blois s’élèvent à 100 € chacune. Depuis qu’elle a accouché de son deuxième enfant, Mathilde Paris a sollicité, en outre, un congé parental. « On ne peut pas tout faire, justifie-t-elle. Je ne voulais pas sacrifier ma famille. » Ce n’est donc pas tout de suite qu’elle reviendra au Domaine National de Chambord, où elle travaille depuis 2011 comme chargée de développement touristique.

« J’ai grandi dans un milieu de gauche »

Cette jeune femme aux faux airs de Mélanie Laurent est arrivée dans la région au début des années 2010, en provenance directe de Paris, où elle venait de boucler un master Arts et Culture à Paris-1. À cette époque, Mathilde Paris soutenait davantage Philippe de Villiers et son MPF que Marine Le Pen et le Front National. Elle indique ainsi qu’elle a « toujours été souverainiste » et que les idées du vicomte vendéen correspondaient aux siennes. Mais quand, empêtré dans des affaires personnelles, Villiers prit du recul et laissa ses apôtres désarçonnés, il fallut choisir. Que faire ? « Le FN, je n’y avais pas pensé, explique Mathilde Paris. Pour moi, c’était un parti que je considérais jusqu’alors comme facho (sic) et pas fréquentable. Mais Marine est arrivée, elle avait un autre discours, un autre cap. J’ai trouvé que son programme était du 100 % de Villiers. J’ai alors décidé d’adhérer au FN. »

Drôle de trajectoire, quand même, pour une fille d’instit’ qui dit avoir grandi (dans le Val d’Oise) dans un « milieu plutôt ouvrier, et de gauche ». Où était-elle ainsi, le 21 avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen, le patriarche, franchit la porte du premier tour de la présidentielle ? « Ça va vous faire sourire. J’étais en première, j’avais 16 ans et j’étais descendue dans la rue pour crier : " Le Pen, t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ! "... » Sa « conversion » data en fait de 2004, lors d’un voyage aux États-Unis, d’où la jeune femme revint, assure-t-elle, complètement transformée. « Ça a été une prise de conscience énorme. Je suis devenue patriote – les Américains le sont énormément – avec l’envie de défendre la culture et le patrimoine français. »

« J’aime beaucoup Marion Maréchal »

Plus de dix ans après ce séjour qu’elle présente presque comme un voyage initiatique, elle est désormais bien placée pour s’asseoir sur les bancs du Palais Bourbon, possiblement élue par un territoire rural – le Loir-et-Cher solognot – où les problèmes d’insécurité et d’immigration sont pour ainsi dire inexistants. « L’immigration n’est pas un sujet fondamental en Sologne », reconnaît d’ailleurs Mathilde Paris, qui axe plutôt sa campagne sur le déclin agricole et industriel d’une région ayant souffert de plusieurs fermetures d’usines au cours des vingt dernières années (Matra à Romorantin, Philipps à Lamotte-Beuvron, etc). Là-bas s’est implantée en creux l’impression que les élus locaux, n’avaient rien fait – ou plutôt rien pu faire, ce qui n’est pas tout à fait la même chose – pour endiguer ce déclassement.

C’est donc sur ce mécontentement et cette protestation diffuse que Mathilde Paris, suivant la ligne directrice de Marine Le Pen, surfe depuis le début de sa campagne, promettant notamment une « sortie de la PAC aux agriculteurs » et un « traitement par la base des problèmes de l’industrie », avec notamment, la sortie de l’euro. « Ne plus avoir de monnaie unique, ça fait peur aux gens, souligne Mathilde Paris. Mais il faut voir la désindustrialisation qui a explosé en France quand le pays est entré dans l’euro ».

« J'ai crié : "Le Pen, t'es foutu..." »
Mathilde Paris, conseillère régionale FN

Dans la bataille des anciens nouveaux et des nouveaux anciens qui secoue le FN en interne, entre la ligne sociale portée par Florian Philippot et celle, plus conservatrice, que semble incarner Marion Maréchal-Le Pen, Mathilde Paris dit ne pas vouloir choisir : « j’aime beaucoup Marion Maréchal-Le Pen, et Marine fait la synthèse de toutes ces tendances. Il ne faut pas opposer " social " et " conservateur " », réfute-t-elle. « Catholique pratiquante », Mathilde Paris reconnaît ainsi avoir des « convictions sur le Mariage pour Tous », plaidant pour une abrogation de la loi Taubira sans pour autant demander de faire appliquer le principe de rétroactivité. « On doit revaloriser le PACS, peut-être mieux protéger les personnes qui le signent, mais le mariage inclut forcément une idée de filiation derrière. Pourquoi devrait-on priver volontairement un enfant d’avoir un père et une mère ? » Dans une Sologne rurale où les maires, au moment du passage de la loi sur le mariage pour tous, n’avaient pas foncièrement fait preuve d’un enthousiasme immodéré sur le sujet, ce discours n’est pas pour déplaire. Sera-t-il suffisant pour gagner en juin ? Dans cette circonscription solognote, Guillaume Peltier peut se targuer d’avoir été adoubé par Patrice Martin-Lalande (LR), qui rend son siège après plus de 25 ans de mandat. Un quart de siècle durant lequel les réseaux tissés s’avèreront peut-être décisifs pour s’assurer de soutiens qui comptent. Tout dépendra aussi grandement du résultat de la présidentielle. Réponse dans un peu plus de trois mois.

Les Brèves

  • Quels soutiens ?

    Mathilde Paris soutient qu’elle parcourt la campagne solognote à la rencontre des habitants et des maires locaux. « Tous ceux que j’ai rencontrés apprécient ma démarche de venir me présenter », dit-elle poliment. Mais quel élu veut bien afficher publiquement son soutien à une candidate FN ? « Pour eux, c’est compliqué, car beaucoup de ces maires sont sans étiquettes », continue Mathilde Paris, sans vouloir dévoiler le nom des élus dont elle a obtenu le soutien plus ou moins officiel. Alors qu’au niveau national, la fin de l’envoi des parrainages pour l’élection présidentielle se termine le 18 mars, la candidate aux législatives dans la 2e circonscription du Loir-et-Cher dénonce « une espèce de pression qui s’exerce aujourd’hui sur les maires, lesquels ont peur de la publicité qui pourrait leur être faite. » Depuis cette année, les parrainages des maires sont en effet désormais rendus publics. À la date du 10 mars, Marine Le Pen en avait déjà validé 577. Dans le Loiret, seul le maire de Presnoy avait apporté son soutien à la candidate frontiste, tout comme le maire de Villedieu-le-Château, dans le Loir-et-Cher.