Les Brèves

    Complètement « fu »

    Maxime Dupartaire

    À des époques différentes, Bruce Lee ou Jackie Chan ont transformé l’art martial ancestral qu’est le kung fu en un spectacle particulièrement pittoresque. À Orléans, Maxime Dupartaire, double champion de France de la discipline, en fait lui découvrir tous les aspects, même les plus introspectifs.

    Benjamin Vasset

    Parlez de La Fureur du Dragon à ceux qui naviguent, sur les océans de la vie, entre les trentièmes hurlants et les quarantièmes rugissants, et leurs yeux ne mettront pas dix secondes à pétiller. C’est que leurs oreilles auront été bercées – ou percées, c’est selon – par les hurlements d’un petit bonhomme très costaud devenu vedette internationale. Indéniablement, Bruce Lee aura contribué à populariser le kung fu à l’échelle planétaire et depuis, le genre aura fait recette, de Jackie Chan à Jet Li. Dans les années 90, à une époque où ils étaient encore drôles, les Guignols de l’Info s’étaient même fendus à leur tour d’un sketch qui était un délice de parodie : un Cacolac à la main, la marionnette de Jean-Pierre Papin y visionnait un certain Chinetoque ninja contre les hommes-araignées…

    Pour tout dire, on ignore de quels chefs-d’œuvre de série Z sont remplies les étagères de Maxime Dupartaire, mais on pourrait presque mettre notre main à couper qu’il y a quelques pépites du genre dans son panthéon personnel. À 28 ans, ce grand blond avec un sabre noir s’avère être en effet l’un des meilleurs experts du kung fu à Orléans. De loin, il n’a pas forcément la gueule de l’emploi, mais c’est aussi la preuve qu’il ne faut pas se fier aux apparences car devant nous, c’est un double champion de France qui se tient prêt à en découdre. Une stature qu’il taille cependant assez vite en pièces – « ces titres, ça ne fait pas de toi quelqu’un de meilleur »…– et qui nous renvoie finalement à ses chères études. Les siennes, donc, celles d’un garçon plutôt doué mais assez dilettante, qui tomba dans le bain des arts martiaux par le plus grand des hasards. « À l’adolescence, je n’étais pas du tout sportif à la base, se rappelle-t-il. Mais voilà, j’ai eu envie de me bouger le cul. La muscu, ça me semblait superficiel. Et puis un jour, je suis tombé sur une plaquette de wushu… »

    Wushu, kung fu, quel rapport nous direz-vous ? Pour peu qu’on ne veuille pas faire compliqué, le lien est assez simple : le wushu désigne en fait un art martial chinois séculaire dont le kung fu n’est qu’une des composantes. C’est cette discipline que Maxime Dupartaire découvrit donc vers ses 16 ans pour ne plus la lâcher par la suite. Et pourtant, que de sacrifices et de douleurs lors de son initiation… « Dès la première séance, raconte-t-il, au bout d’un quart d’heure, j’étais ruiné total. Il faut dire aussi que j’étais raide comme un bout de bois… » Mais ce bois qu’il cisela ensuite ardemment : six heures de pratique par jour lui servirent ainsi de marchepied vers ses premiers combats. Et après le bac, bien qu’il n’existât aucun master pro de kung fu, Maxime Dupartaire s’inscrivit en STAPS à La Source pour pouvoir mordre à pleines dents dans sa passion. Durant cette période, il projetait même de s’installer un an en Chine. Une rupture du ligament croisé intérieur du genou, qui lâcha en compétition six mois avant son départ, le contraignit à revoir ses plans à la baisse.

    Comme souvent lorsque le corps lâche, c’est parce que la tête subit quelques secousses : au moment de sa grave blessure, Maxime Dupartaire était en train de rompre avec le maître orléanais qui l’avait amené vers la voie de la compétition. Dans un mouvement de balancier, il se rapprocha d’un enseignant parisien spécialiste du wushu, qui lui dévoila une autre facette de la discipline. « J’ai découvert une autre façon de faire, dit-il. Lorsque j’ai commencé à pratiquer le wushu, je cherchais le côté traditionnel. Quand je me suis tourné vers mon second prof, ce fut une remise en question totale. C’était aussi une période de turbulences, car mon enseignant à Orléans avait beaucoup de qualités humaines. Je m’y étais attaché. »

    « Plus on creuse… »

    Affleure ici la question du rapport enseignant / enseigné qui, dans les arts martiaux, résulte de plusieurs siècles de tradition. Il induit une relation professeur / élèves aux contours assez mouvants, lesquels se matérialisent d’ailleurs dans la sémantique utilisée. « Le terme de “ maître ” ne me plaît pas trop, confie ainsi Maxime Dupartaire. Car il arrive parfois que les élèves aient tendance à chercher une sorte de gourou. Cela peut occasionner des dérives, on ne peut pas le nier. » Devenu enseignant de wushu à temps plein, lui-même a voulu prendre ses distances avec cette composante pour privilégier un rapport moins hiérarchique avec ses élèves, qu’il forme à cette discipline et à celle, cousine, du taï chi. Tout ceci au sein de l’Association Kung Fu Wushu Orléans, fondée il y a un peu plus de dix ans dans la cité johannique.

    À raison de dix heures par semaine, et au gré d’interventions lors des Temps d’Activité Périscolaire (TAP) pour le compte de la Ville d’Orléans, Maxime Dupartaire arrive tant bien que mal à joindre les deux bouts, même si, dit-il, il est aujourd’hui « bien difficile de gagne sa croûte » en étant prof. « Mais tu sais, moi, je me contente de peu… » Le partenariat pour le moins solide et appelé à se développer durablement entre Orléans et la ville chinoise de Yangzhou apparaît cependant comme une fenêtre de tir appréciable pour faire connaître le kung fu et ses pratiques associées au sein de l’agglomération. Lors des festivités liées au Nouvel An Chinois, le 28 janvier dernier, Maxime Dupartaire et ses élèves ont proposé aux badauds une animation qui a, paraît-il, « beaucoup plu ».

    « L’important n’est pas la destination, mais le chemin »

    Dans un avenir plus ou moins proche, les Orléanais répondront-ils massivement à l’appel du wushu ? Cela n’est pas impossible, surtout si l’expérience personnelle de Maxime Dupartaire peut faire valeur de référence pour celles et ceux qui se tourneraient vers ses enseignements. Certes sans s’investir aussi passionnément que lui-même, mais quand on écoute l’intéressé raconter avec ses mots sa métamorphose intérieure, son témoignage peut avoir valeur d’exemple : « Le wushu, ce n’est pas juste un sport, exprime-t-il. Les enchaînements sont structurés, il y a une vraie réflexion. Moi, j’ai vraiment grandi dans ma tête. Plus jeune, je pouvais passer mes journées devant des jeux vidéo, j’étais un peu partisan du moindre effort… » Une facette de son passé proche qu’il a visiblement laissée derrière lui, tirant un peu plus, année après année, les fils d’un art martial qu’il ne prétend toutefois pas connaître sur le bout des gestes. « Il faudrait une vie pour ça », en sourit-il. Mais cette passion qui lui est tombée dessus de manière moins brutale qu’un coup de pied retourné lui aura aussi permis de s’ouvrir à bien d’autres aspects – comme le taoïsme – que la connaissance de son corps et des armes chinoises. « Vraiment, j’ai récupéré à hauteur de mon investissement », conclut-il. La preuve, aussi, qu’il s’est dépensé sans compter.

    Les Brèves

    • CV

      15/08/1988 : naissance à Orléans

      2006 : champion de France de kung fu wushu

      2008 : fonde l’association Kung Fu Wushu Orléans