Les Brèves

    Quand les chiens d’attelage pullulaient…

    Histoire du Loiret

    Jusqu’au milieu des années 30, les chiens étaient utilisés en attelage pour transporter les récoltes, les blessés ou encore emmener les enfants à l’école. En 1925, ils étaient ainsi plus de 1 300 à tirer des charrettes bleu ciel sur les chemins du Loiret…

    Claire Seznec

    C’était l’une des originalités du Loiret et de la Sologne entre 1800 et 1950 : les chiens d’attelage y étaient particulièrement réputés. Bien loin des chiens de traîneaux qui glissent sur la neige, cette pratique, originaire des Pays-Bas, avait surtout des visées commerciales. Dès juillet 1850, la loi Grammont bannit pourtant ces attelages de Paris et de sa couronne : « seront punis d’une amende de cinq à quinze francs, et pourront l’être d’un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques », énonçait ainsi un arrêté. Cette annonce sonna le début de la protection animale. Dans la foulée, plusieurs départements en interdirent la pratique. Mais les attelages circulèrent toujours dans le Loiret pendant plusieurs décennies.

    La traction canine bénéficiait notamment aux agriculteurs et aux commerçants ambulants de l’époque, comme les boulangers et les laitiers. N’ayant pas les moyens d’acquérir un cheval ou un âne, certains se tournaient vers leur chien, qui était alors communément appelé « le cheval du pauvre ». La race importait peu : il fallait que l’animal fût robuste, endurant et docile.

    « À l’époque, un chien était aussi le " cheval du pauvre "… »

    En mars 1900, un arrêté loirétain entra en vigueur : les chiens devaient avoir « au moins 18 mois et mesurer de 50 à 60 cm au garrot. » Il était aussi interdit de laisser les chiens stationnés en plein soleil par temps chaud. Le harnachement, lui, devait être conçu afin d’éviter toute blessure. Quant aux charrettes, elles devaient posséder un frein et un support abaissable à l’arrêt pour que les chiens puissent se coucher. Généralement, dans le Loiret, elles étaient peintes en bleu ciel, une couleur supposée éloigner les insectes volants…

    Brancardiers de guerre !

    En 1925, le Loiret comptait 1 322 chiens attelés. Parmi eux, beaucoup de véhicules civils servant à transporter des marchandises. Cette année-là, la Société de Protection des Animaux (SPA) demanda formellement au ministère de l’Intérieur une enquête sur l’utilisation des attelages canins en France en vue d’en interdire l’usage. En janvier 1936, un arrêté modifia l’utilisation de ce mode de traction. Les chiens ne pouvaient désormais être employés que comme bêtes de trait pour les infirmes et les mutilés…

    Les attelages canins furent en effet beaucoup utilisés pendant la guerre : on estimait qu’un chien pouvait faire « le dixième du travail d’un cheval de trait et qu’il pouvait tirer entre 60 et 100 kg à 8 km/h » (selon sa taille). À Orléans, il y avait aussi nombre de chiens ambulanciers ou brancardiers : pendant la Grande Guerre, certains blessés en bénéficièrent allègrement. Plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale – et après leur restriction quasi-totale à partir de 1936 – la circulation des attelages canins fut de nouveau acceptée dans tous les départements français. Le déclin de cette pratique commença ensuite après 1945 : les Orléanais se tournèrent davantage vers la bicyclette et les véhicules motorisés.

    Aujourd’hui, à Chécy notamment, des concours d’attelage de chiens, avec parcours de régularité, épreuve artistique et parcours d’obstacles, s’organisent chaque été. En 2016, vingt-deux équipages français et un suisse ont participé. Une manière de perpétuer la tradition…

    Source : www.loiret.fr ; Une histoire buissonnière de la France, de Graham Robb

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