Les Brèves

    LÉGERS COMME UNE PLUME

    Recherche d’emploi

    Pour la première fois, l’agence Pôle emploi de Saint-Jean-de-Braye et l’association orléanaise Libre de mots s’associent. L’idée est de proposer à des demandeurs d’emploi une soupape via l’écriture. Et ça fonctionne.

     Claire Seznec

    Ils sont dix. Dix demandeurs d’emploi inscrits, pour certains depuis plusieurs années, à l’agence Pôle emploi de Saint-Jean-de Braye. Tous ont 45 ans ou plus, et sont catégorisés comme des « seniors ». Chacun a un parcours particulier. L’un est photographe de formation, l’autre a été chauffeur de taxi. Ils ont aussi exercé dans le service à domicile, le commerce, ou dans une caisse de retraite. Certains ont exercé par passion, d’autres se sont lancés dans l’entreprise familiale, d’autres encore ont vadrouillé, de petit boulot en petit boulot. Il y a eu des ruptures conventionnelles, des dépressions, des accidents de la vie. « Mon problème, c’est que je ne sais pas où je vais », confie Roselyne. « Moi, alors que j’étais en CDI, on m’a poussée vers la sortie… », témoigne Caroline. Un beau jour, ces dix personnes ont été appelées par leur agence Pôle emploi. On leur a alors proposé de s’inscrire dans un atelier d’écriture, financé par Pôle emploi et animé par Izabelle et Sophie de l’association Libre de mots, installée à Orléans. Le concept a su les intriguer. « Qu’est-ce qu’on fait là ? Je sais déjà écrire ! » est la première réflexion que beaucoup ont eue. Mais après tout, « on s’est dit que ça ne pouvait nous faire que du bien », précise Caroline.

    Deux fois par semaine pendant trois mois, soit douze séances, l’atelier d’écriture est devenu un lieu d’expression libre. « À partir d’un mot, d’une image, d’un objet ou d’un concept, l’idée est d’écrire ce qui nous passe par la tête », explique Sophie, l’une des formatrices. Au début, certains, comme Philippe, ont eu du mal. « Ça s’est décoincé au fur et à mesure et finalement, je me suis lâché, raconte-t-il. L’écriture m’a permis de respirer. »

    La bienveillance des autres

    Plus qu’apprendre à écrire, l’atelier d’expression permet à l’imagination de s’échapper dans les mots. On se remobilise autour d’un thème commun et on « se sent plus solide » au quotidien. « Tous les complexes et tous les malaises sont partis. Libre de mots a tout emporté », sourit Annick. Tout emporter pour mieux reconstruire aux côtés des autres. Car l’humain, le respect et la bienveillance sont ici des points centraux. Personne ne juge, chacun est différent. « Et chacun s’est révélé par l’écriture : on est parvenu à lire nos textes devant les autres, ce n’est pas forcément évident », complète Alain. Entre les participants et les formatrices, il y a comme une complicité. La cohésion de groupe se ressent. D’ailleurs, des liens d’amitié se tissent, la créativité revient progressivement. Philippe, par exemple, a ressorti son appareil photo qu’il avait laissé de côté pendant deux ans. « Ça s’est réactivé spontanément après quelques séances », se souvient-il. Ce déclic a aussi été ressenti par Carole. Après une période douloureuse, elle a retrouvé « l’envie » : « se sentir épanoui, c’est important pour l’estime de soi ». Tous tombent d’accord. Cet atelier d’expression leur a permis de réapprendre à se faire confiance et à faire confiance à l’autre, deux concepts difficiles à appréhender lors d’une longue période de chômage. « Ce qui est dommage, c’est qu’il n’y ait pas de jeunes intéressés… Pourtant, c’est très enrichissant », affirment à l’unisson les participants. Dommage, car l’atelier d’écriture de Libre de mots et de Pôle emploi n’est pas réservé aux seniors.

    « L’écriture m’a permis de respirer »
    Philippe, au chômage depuis dix ans

    Aujourd’hui, Caroline envisage une validation des acquis. Alain souhaite continuer son entraînement de « fonctions cérébrales ». Roselyne et Carole savent surtout ce qu’elles ne veulent plus faire. Patrick pense s’inscrire dans un atelier de peinture. Surtout, tous semblent repartir sur de bonnes bases, le sourire aux lèvres. Bientôt, un club devrait être créé au sein de Pôle emploi pour que les participants de cet atelier puissent continuer à se voir et surtout à suivre ces moments d’écriture. Annick conclut : « cet atelier, c’est une aventure à vivre sans a priori. » 

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    • Et la suite ?

      Si aujourd’hui l’atelier d’expressions est géré par l’association Libre de mots et par l’agence Pôle emploi de Saint-Jean-de-Braye, l’objectif est que des groupes se forment dans d’autres agences de la métropole d’Orléans. Donner envie aux autres agences de se lancer dans ce projet, c’est le prochain challenge qui attend Pôle emploi.