Les Brèves

    Manar Bilal choisit son camp

    Exposition

    Le Théâtre d’Orléans accueille jusqu’au 7 février une exposition de photographies édifiantes réalisées dans un camp de réfugiés syriens par Manar Bilal, hébergé depuis un an à Bou. Il témoigne de la catastrophe humanitaire et éducative qui se joue en ce moment-même, à la vue de tous.

    Benjamin Vasset

    « Je me rappelle de tout, je regardais tout ». Une à une, Manar Bilal raconte l’histoire de ses photos : des clichés saisissants pris dans le camp de réfugiés syriens géré par l’UNICEF à Zaatri, en Jordanie. On y voit des enfants livrés à eux-mêmes, tentant, comme une métaphore tragique et pathétique, d’escalader des grillages qui les emprisonnent autant qu’ils les enferment à l’intérieur d’eux-mêmes. Ces photographies content le drame humanitaire et l’enlisement éducatif dans lequel sont plongés ces enfants dont Manar Bilal s’interroge sur leur avenir. Quelles routes prendront-ils après avoir vécu l’enfer – en Syrie –, puis le purgatoire ? Quel monde créons-nous dans ces camps où le désespoir se mesure dans le regard affolé de ces jeunes filles et ces petits garçons livrés à leur destin ?

    Professeur de géographie à l’université de Damas, Manar Bilal a participé dès 2011 à l’insurrection syrienne. Il a été arrêté par le pouvoir central puis jeté en prison arbitrairement, comme de bien entendu. Il est resté plus d’un mois enfermé dans les geôles du régime, où il a été frappé et torturé. Par pudeur et manque de mots dans la langue de Molière, peut-être, il n’en dira pas plus. Mais une énorme balafre sur son arcade sourcilière gauche est un vestige terrible des coups qu’il a reçus pour s’être révolté. Son ami Tamman, qui s’occupe de la scénographie de cette exposition orléanaise, a lui aussi subi le même sort.

    De Damas à Bou

    Manar Bilal est arrivé en France en janvier 2016. Après un mois passé à Paris dans une petite communauté syrienne, il a rejoint Orléans, parce que « son amie y habitait », explique-t-il. Il a été aidé par un collectif de Bou, où il vit aujourd’hui. « Quand je l’ai rencontré pour la première fois, Manar m’a dit qu’il avait fait pas mal de photos durant les trois dernières années, raconte le documentariste Philippe Gasnier, l’un des membres de ce collectif. Je l’ai ensuite présenté à François-Xavier Hauville, le directeur de la Scène Nationale d’Orléans », qui a donc décidé d’accueillir le travail de ce photographe pas vraiment comme les autres dans les murs du Théâtre.

    Les Orléanais auront jusqu’au 7 février pour découvrir ces documents bouleversants et, par leur biais, le parcours stupéfiant de leur auteur, qui déménagera ensuite ces photographies à Brest, Paris, Stockholm ou Berlin. Nul doute que son exposition, aussi sombre que lumineuse, trouvera un écho auprès du grand public. Pourra-t-elle apporter sa pierre à l’édifice dans les grandes réunions internationales où se décidera le futur de la Syrie ? Aucune œuvre d’art n’a jamais empêché les canons de ravager des vies, mais celles de Manar Bilal auront au moins le mérite de rappeler qu’une partie de l’avenir du Proche-Orient, et donc du monde, se joue en ce moment-même et qu’en ce cas précis, l’urgence est totale.

    Plus d'infos

    Great Expectations Jusqu’au 7 février, au Théâtre d’Orléans. Galerie du Théâtre. Entrée gratuite.

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