Les Brèves

  • Qu’en pensent les partis politiques ?

    L’écologie politique regarde avec intérêt la tendance de ce mouvement citoyen qu’est le « Zéro Déchet ». « Cela a une valeur pédagogique incontestable », commente ainsi Jean-Philippe Grand, conseiller municipal orléanais EELV, qui partage dans sa vie de tous les jours certaines pratiques pour réduire ses déchets. « J’essaye de faire de mon mieux, explique ce dernier. J’ai un jardin pour mettre ce qui est putrescible ; quand je fais des achats, j’évite les suremballages et quand je suis contraint d’en acheter, je privilégie les cartons au plastique. Après, dire que je suis en Zéro Déchet, pas tout à fait… » Dans le camp d’en face, Thierry Cousin, le vice-président (LR) de l’AgglO en charge des déchets, avait lui aussi plutôt approuvé, dans ses pages, la tendance du « Zéro Déchet ». Et avoué être un adepte du compost dans son jardin…

  • Le compost a la côte

    16 000 ménages dans l’agglo orléanaise ont déjà opté pour un compost. Un système permettant de réutiliser pour le jardinage une partie des déchets organiques, lesquels représentent près de 30 % des déchets d’une poubelle française moyenne. Permettant l’élaboration sans – presque – aucun effort d’un véritable « engrais naturel », le compostage est une technique de recyclage valorisée par les collectivités locales. L’AgglO propose ainsi aux usagers des bacs à compost totalement gratuits. D’une contenance de 420 litres et fabriqué en plastique… recyclé, il est garanti 5 ans par le fournisseur. 

Les Orléanais se jettent sur le « Zéro Déchet »

Consommation

En janvier dernier, deux Orléanaises formaient la première communauté « Zéro Déchet » dans la cité johannique. Leur objectif : réduire de façon drastique leur production de déchet ménager, évaluée, dans l’agglomération orléanaise, à plus de 500 kg en moyenne par habitant.

Benjamin Vasset

On prélève trop, on produit trop, on pollue trop. » Cette sentence presque hyperbolique a été prononcée le 13 octobre dernier à Orléans par Jérémie Pichon lors de la Semaine de la Transition. Invité par le collectif « Campus Source de Transition », ce Landais a publié en mars 2016 une sorte de petit traité à l’usage des familles pas trop ,regardantes sur leur empreinte énergétique*. Préfacé par Nicolas Hulot, l’ouvrage a connu un succès immédiat en librairie. Depuis, son auteur enchaîne des conférences dans la France entière, devant – le plus souvent – des publics convaincus par la nécessité de baisser de façon spectaculaire leur volume de déchets produits à l’année.

Il y a trois semaines, les chiffres énoncés par Jérémie Pichon lors de son étape orléanaise ont donné froid dans le dos à tout l’amphithéâtre. « Chaque Français produit en moyenne 390 kg de déchet par an. Cette quantité a augmenté de 30 kg en quinze ans. » À l’échelle du globe, cela donne à l’arrivée 200 kg de déchets qui arrivent toutes les secondes dans les océans de la planète. « En 2050, il y aura plus de plastique dans l’océan que de poissons », a sermonné Jérémie Pichon.

Face à ce constat mortifère, lui et sa petite famille (deux adultes, deux enfants et… deux chats) ont décidé de prendre leur poubelle à bras-le-corps. Par petites touches, en réduisant progressivement leur consommation – car il est aussi question de cela – dans toutes les pièces de la maison. La cuisine fut évidemment l’un des endroits les plus stratégiques de cette révolution de palais. Dans le frigo notamment, plus de produits suremballés (ils représentent 32 % de la poubelle d’un ménage français, NDLR) en provenance du supermarché. « Je n’y mets plus les pieds… sauf pour mes chats », a admis Jérémy Pichon, qui a opté pour le vrac et pour les produits frais. Pour ce qui est des cosmétiques, lui et sa famille ont aussi fait place nette dans les placards de leur salle de bains. « Vous pouvez vous passer de 100 % de vos produits d’hygiène », a-t-il ainsi lancé. Bonjour l’odeur, diront les sceptiques, qui ne savent sans doute pas que l’on peut fabriquer des déodorants naturels à base d’huiles essentielles d’huile de coco, de cire d’abeille et de bicarbonate de soude (voir notre rubrique «Trucs et astuces», en p.28).

« Zéro Déchet » et introspection

Le 13 octobre, des exemples de ce type, cet Aquitain en a décliné un impressionnant catalogue. Pour le pollueur orléanais moyen, ce fut un choc. Pas pour la communauté « Zéro Déchet Orléans », dont plusieurs membres, comme Camille Marquette, garnissaient les bancs. Avec Justine Peton, elle a initié en janvier 2016 un mouvement qui, depuis, a fait des émules : plus de 800 fans sur leur page Facebook, et un blog informatif pour enseigner les rudiments du « Zéro Déchet » en même temps qu’il décline l’actualité de la communauté. Une fois par mois, ses sympathisants se réunissent dans un lieu qui change selon la problématique abordée. « On essaye de mettre en avant des commerçants, des artisans ou des endroits qui correspondent à notre démarche, explique Camille Marquette. Une fois nous sommes allés chez les maraîchers de Solembio, dans la zone des Montées, pour comprendre que l’on pouvait consommer local. Une autre fois, c’était chez Yves de Rochefort, un meunier de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin. Ou encore dans un institut de beauté pour créer des cosmétiques bio. » Cela signifie-t-il que les Orléanais peuvent passer facilement au (presque) « Zéro Déchet » ? « C’est de plus en plus simple », répond Camille Marquette, qui se réjouit de voir les magasins de vrac prendre gentiment leur essor dans l’agglo, citant pêle-mêle, et sans faire de jaloux, « Biocoop à Saran, La Mesure à Chécy, Ethik et Bio à Olivet ou Votre Epicerie Bio à La Ferté-Saint-Aubin ».

« Ça change la vie et la vision qu’on en a »
Camille Marquette, co-fondatrice de la communauté « Zéro Déchet » à Orléans    

Avec son conjoint et sa petite fille, cette Orléanaise venue de Paris il y a trois ans s’est convertie au « Zéro Déchet » il y a un an et demi. « Moi, j’y suis arrivée en tentant de trouver des solutions pour réduire ma quantité de shampooing consommée. Mais chacun a sa porte d’entrée. Certains y sont venus après la lecture du livre de Béa Johnson (la « papesse » du Zéro Déchet, titre de son livre sorti en 2013 NDLR), d’autres à cause du budget “courses” qui était devenue de plus en plus conséquent. » Bref, chacun a vu midi à sa porte mais, pour tous, l’heure de se poser les bonnes questions avait sonné, car vouloir changer ses habitudes et son mode de vie est aussi le fruit d’un effort intellectuel, dont les racines sont, souvent, à chercher dans une remise en cause plus profonde. « Combien de personnes qui se sont mis ou se mettent au Zéro Déchet font des bilans de compétences ? Combien changent de parcours professionnel ? », note ainsi Camille Marquette.

Voilà un fort beau sujet de sociologie contemporaine, que Pierre Bourdieu aurait sans doute croqué avec délectation s’il était encore de ce monde… Lors de sa conférence du 13 octobre à Orléans, Jérémie Pichon avait d’ailleurs mis l’accent sur la transformation personnelle que ce bouleversement du mode de vie provoquait, avec beaucoup plus de moments de convivialité partagés en famille, notamment dans la cuisine. « En étant acteurs, on se sent tellement mieux…, livrait-il d’ailleurs avec la conviction d’un prophète. Et nous avons en outre largement augmenté notre qualité de vie. » Si cette notion demeure très variable d’un hémisphère à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un milieu social à un autre, l’Orléanaise Camille Marquette fait part du même enthousiasme pionnier : « On a plus de temps pour savourer, pour se balader et pour échanger, tout simplement », confie-t-elle.

Au pays de l’utopie ?

De temps, parlons-en. C’est l’une des principales objections auxquelles doivent faire face les partisans du « Zéro Déchet ». Pour être une « famille durable », selon l’expression de Jérémie Pichon, faut-il être la fille de Wonderwoman ? Bénéficier d’horaires aménagés ? Ou tout simplement être…organisé ? C’est, sans surprise, la troisième case que coche Camille Marquette. « Nous sommes deux temps plein à la maison, détaille-t-elle. Solembio, on commande avant et y on passe après le boulot, ça nous prend dix minutes. On cuisine aussi beaucoup nous-mêmes, mais en plus grosse quantité, et on congèle. Franchement, éplucher cinq carottes au lieu de deux, ça ne prend pas beaucoup plus de temps… Et quand on compare avec l’heure et demie passée à remplir un caddie le samedi et à s’énerver… »

L’argument « temps » évacué, reste celui des sous. Être « Zéro Déchet », est-ce un peu ou beaucoup plus cher ? Ni l’un, ni l’autre, mon colonel. « Ça ne nous a occasionné aucun budget supplémentaire, revendique Camille Marquette. Parce que je procure des choses dont j’ai VRAIMENT besoin. Les yaourts, par exemple, je sais les faire moi-même. Alors, pourquoi en acheter ? » Jérémie Pichon avait fait le même constat le 13 octobre : « En un an, j’ai fait 20 % d’économies. » Au lieu de dévaliser les rayons de Toys “R” Us – « le royaume de la chinoiserie » – pour faire plaisir à ses enfants, l’apôtre du « Zéro Déchet » en France va glaner dans les ressourceries ou va emprunter des livres à la ludothèque. Au lieu d’empiler les vêtements, il les échange. À quatre, cette famille « Zéro Déchet » vit aussi dans 35 m2. « Mais a-t-on vraiment besoin de plus ? », interrogeait-il à la mi-octobre.

Dans le sens inverse, est-il vraiment possible de se passer de moins ? Autrement dit, si elle se généralisait, la réduction de la consommation ainsi prônée dans chaque ménage ne pourrait-elle pas avoir des effets macro-économiques pervers ? « Il n’y aurait pas d’inquiétude à avoir, répond Jean-Philippe Grand, conseiller municipal orléanais EELV, observateur attentif du mouvement « Zéro Déchet ». Dans ce schéma, on relancerait la consommation de produits plus durables, on relocaliserait l’économie et donc l’emploi. » « Il s’agit de développer une autre économie, abonde Jérémie Pichon. Une économie où ‘mon’ argent reste sur ‘mon’ territoire, où l’on sort de cette logique mondialisée. » Inaccessible étoile ? « Aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le pays de l’utopie n’y figure pas », disait Oscar Wilde. Dans celui des « Zéro Déchet », au moins, on ne jette pas 522 kg de déchets ménagers par habitant, comme dans… l’agglo orléanaise. 

Les Brèves

  • Pour tendre vers le « Zéro Déchet », il faut, entre autres…

    Pratique

    - « Adopter une démarche minimaliste » dans sa consommation

    • Remettre en question ses habitudes alimentaires (frais, local, vrac…)

    • Cuisiner de grandes proportions… et congeler

    • S’armer d’un compost

    • Fabriquer soi-même ses produits d’hygiène et d’entretien…

    * Le reste est à découvrir dans Famille (Presque) Zéro Déchet – Ze Guide, aux éditions Thierry Soucard, 256 p.