Les Brèves

  •  L'avis de Marianne Dubois, députée du Loiret 

    « C'est du bricolage ! »

    Avec l’élue LREM Émilie Guerrel, la députée LR du Loiret Marianne Dubois est la rapporteuse d'un rapport sur le Service National Universel, enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 14 février 2018. Elle estime cependant que son rapport a été enterré, car il n’aurait, selon elle, « jamais été remis aux parlementaires. Une fois que nous l'avons déposé, personne n'en a rien fait. Il aurait pourtant été intéressant d'avoir un débat public sur le sujet. »

    Marianne Dubois porte ainsi un regard « très critique » sur la version du SNU aujourd'hui proposée. « Deux fois deux semaines, c'est du bricolage !* » L'élue constate aussi que, sur la première expérience, « 31 % des engagés étaient des enfants de militaires. » Autre problème : l’hypothèse de rendre obligatoire ce parcours à toute une classe d'âge : « or, le cadre légal n'est pas possible pour le moment », observe la députée loirétaine. Pour elle, il aurait été plus intéressant de proposer un parcours dès le collège, « de la 6e à la 3e, avec des modules adaptés à l'âge et des bilans de santé, tout en montant en puissance dans les dispositifs existants comme les classes à projet. » Pour Marianne Dubois, il serait plus opportun de commencer plus jeune et dans un cadre scolaire : « à 10 ou 12 ans, la radicalisation peut commencer », dit-elle. Un deuxième étage du dispositif pourrait ensuite être une semaine « en EHPAD, en association... avec une cérémonie publique. » La dernière étape serait une valorisation du volontariat auprès des 16 à 25 ans, grâce aux dispositifs existants permettant aux jeunes d'être des « citoyens actifs » : service militaire volontaire, jeunes sapeurs-pompiers... « Il faut valoriser le volontariat, à la manière de ce qu’a fait l'université de Compiègne, avec par exemple un statut de l'étudiant engagé, mais aussi au niveau professionnel, pour l'accès aux concours publics. »

    * Le SNU actuellement envisagé prévoit deux semaines d’hébergement collectif (« phase de cohésion ») et deux semaines de « mission d’intérêt général ».

Des volontaires arriveront en juin prochain dans le Loiret

Service National Universel

Le Service National Universel (SNU) a été testé en 2019 par 1 800 jeunes volontaires âgés de 15 à 16 ans, notamment dans le Cher.

Dès 2020, l'expérience sera reconduite et étendue à tous les départements. 200 volontaires pourraient ainsi être accueillis en juin dans le Loiret.

gaëla messerli

C’était une promesse du candidat Macron en 2017 : la création d’un Service National Universel (SNU) devant « proposer un moment de cohésion visant à recréer le socle d’un creuset républicain et transmettre le goût de l’engagement. » La promotion de la « notion d’engagement » pour « favoriser un sentiment national de valeurs communes » était elle aussi défendue. Deux ans plus tard, le chantier a depuis été lancé, et le SNU a d’ailleurs été expérimenté en 2019 dans treize départements de France. « S’adressant à tous les jeunes, garçons et filles, il prend la forme d’un service civique d’un mois obligatoire entre 16 et 18 ans, dans la continuité du parcours citoyen, suivi d’un engagement plus long sur la base du volontariat, entre 16 et 25 ans. » (source : ministère de l’Éducation nationale).

Pour l’instant, ces expérimentations entrent uniquement dans le cadre du volontariat. Dans notre région, le Cher a fait dès l’an dernier partie des départements pilotes du Service National Universel, et accueilli déjà 160 jeunes. Pour 2020, l'expérience sera étendue à tous les départements, dont le nôtre. « Sur le plan national, entre 20 000 et 40 000 jeunes sont espérés », indique ainsi le lieutenant-colonel Philippe Sallé. Du côté de la délégation militaire départementale du Loiret, on insiste d’ailleurs bien sur le caractère « volontaire » de l'expérience, et sur le fait que les structures d'hébergement utilisées ne seront pas militaires. « Ce n'est pas le service de grand-papa », fait-on savoir en substance…

À vitesse grand V…

D’ailleurs, le ministère des Armées n'est pas porteur de la manœuvre, même s’il y participe : c’est le ministère de l'Éducation nationale qui est en pointe sur l'opération. En région, le Préfet en est le coordonnateur. Aux manettes, on trouve également l'inspecteur d’Académie, la délégation militaire et la Direction de la jeunesse et des sports. Cependant, si du personnel de l'Éducation nationale sera mobilisé pour encadrer les jeunes, des personnes venant de « la réserve opérationnelle de deuxième niveau » (militaires retraités de moins de cinq ans) seront également sur le pont, indique-t-on du côté des armées. Des personnels qui seront validés par un comité de sélection et formés à Coëtquidan, en Bretagne.

« on doit monter un dispositif en six mois, à partir de rien ! »

Au niveau départemental, tout ce petit monde sera accueilli au lycée de Beaune-la-Rolande, qui dispose d’un internat. Il reste cependant à recruter les 34 personnes nécessaires à l'encadrement. « On devrait partir sur un tiers de recrutement militaire, fait-on savoir en préfecture. Le Préfet cherche un recrutement large, étendu au milieu associatif. Mais on doit monter un dispositif ad hoc en 6 mois, à partir de rien ! » En effet, de jeunes volontaires viendraient – d'autres régions – dans le département entre le 22 juin et le 3 juillet prochain.

Activité physique, citoyenneté, développement durable…

Pour postuler, un nouveau site permettant aux jeunes de candidater devrait être mis en place sur jeunes.gouv.fr. Certains départements ont déjà une longueur d'avance, comme le Cher, qui a donc déjà testé le SNU en 2019. « Il y a des ajustements à faire, qui portent sur l'encadrement, explique Jean-Jacques Le Roux, secrétaire général des services départementaux de l'Éducation nationale du Cher. On doit anticiper et affiner notre sélection. Le profil du directeur de centre doit être expérimenté. Il faut des encadrants en cohérence avec le SNU, c'est-à-dire capables de prendre en compte des adolescents et la réalité d'un accueil collectif. Mais dans ce que nous avons déjà vécu, nous n'avons pas eu de problème, à part un jeune que nous avons dû sortir. »

« la mixité des profils est recherchée »

Pour les volontaires, le programme conservera dans le Loiret sept thématiques initiales : l'activité physique – « c'est ce qui soude le groupe » –, l'autonomie (connaître les services publics et l'accès au droit), la citoyenneté, les institutions nationales et européennes, la culture et le patrimoine de la région. Il y aura également une découverte de l'engagement, « avec l'intervention de témoins ». Un module défense/sécurité sera lui aussi au menu : « les volontaires recevront une attestation qui pourrait remplacer, à terme, la journée défense et citoyenneté », explique-t-on d’ailleurs. Place aussi au développement durable : « dans le Cher, une découverte des marais a été organisée », indique Jean-Jacques Roux.

Qui est volontaire ?

Pour ce qui est des profils des participants, Jean-Jacques Le Roux voit dans la présence de militaires dans son département – cela risque d'être aussi le cas du Loiret – « un atout. » Mais la mixité des profils reste recherchée. « En 2019, seulement un quart des élèves avaient un parent ou un proche militaire. Il y a des volontaires dans le milieu sportif. Les profils des élèves et des familles sont connus des proviseurs. L'an dernier, l'information sur le Service National Universel a été présentée en préambule d'une réunion sur la réforme du bac. » Dans le Cher, la parité filles-garçons a été respectée, ce qui n'est pas forcément le cas de toutes les régions, car certaines ont été obligées de puiser dans leur liste d'attente. « Il y a ainsi eu des défections lorsque certains jeunes du sud ont appris qu'ils étaient envoyés dans les Ardennes… Le programme proposé sur place n'étant pas connu, on ne s'avance pas dessus. » Affaire à suivre, donc.

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