Les Brèves

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    C’est le nombre de kilomètres de linéaires de rayonnages que comptent les Archives départementales, sachant que « 80 à 90 % de celles-ci ont brûlé en 1940 ».

Ces trésors qui n’ont pas de prix

Archives départementales du Loiret

De l’an 800 jusqu’au journal de la veille, les archives départementales du Loiret regorgent de précieux témoignages du passé. Reportage au cœur de ces trésors de papier.

gaëla messerli

« Aux archives, tout est trésor, insiste d’emblée Karine Pinault, responsable du Service Publics et Valorisation Archives départementales. Contrairement à une bibliothèque, chaque exemplaire est unique. C’est assez rare que nous en ayons deux... » Une rareté liée, aussi, à l’âge de certains documents. Les archives départementales conservent ainsi une charte de Charles le Chauve de 841, ou encore le diplôme d’Hugues Capet pour l’abbaye de Fleury, datant de 993. On y trouve en outre des documents variés : les archives des communes de moins de 2 000 habitants, celles des notaires et des tribunaux…. Parmi les documents qui sortent de l’ordinaire, on peut même tomber sur des lettres de Colette, qui s’est mariée à Châtillon-Coligny, des missives écrites par Maurice Genevoix, un poème manuscrit de Max Jacob, ou encore des étoiles juives non découpées datant des années 40.

Pour la petite histoire, avec les bombardements de la dernière guerre, des documents précieux auraient pu être perdus car le Couvent des Minimes, qui abrite les archives depuis 1913 (une partie seulement aujourd’hui), a été gravement touché le 18 juin 1940. « Mais l’archiviste de l’époque, Géraud Lavergne, a réussi à cacher 24 caisses avec les documents les plus précieux dans les châteaux de Combreux et de Mézières-lez-Cléry », rappelle Karine Pinault.

Le paradis des généalogistes

Actuellement, les archives sont réparties sur deux sites, celui de la rue d’Illiers pour les archives les plus anciennes, et celui de Coligny, pour celles d’après 1800 (à quelques exceptions près). Elles sont majoritairement consultées par des personnes s’intéressant à la généalogie. « Cela représente plus de 60 % du public, explique Karine Pinault. Par contre, nous avons de moins en moins de lecteurs physiques. Mais des milliers de pages sont vues sur notre site » grâce à la numérisation (4 577 594 documents numérisés). « Les actes notariés sont aujourd’hui plus demandés, car on y trouve aussi bien les documents liés à l’apprentissage que les raisons de l’avarie des bateaux lors d’un naufrage. Dans le passé, les gens allaient beaucoup plus qu’aujourd’hui chez le notaire. » De quoi trouver, par exemple, des documents de Jargeau datant du XVe siècle. Parmi les recherches fréquentes, il y a aussi des personnes qui s’intéressent à l’histoire de leur commune ou de leur maison. Mais au-delà de cette recherche du passé, des personnes « viennent également pour des preuves de droit. Cela va du jugement de divorce au relevé de notes lors d’un apprentissage, en passant par le cadastre. »

Outre les documents des services publics, on peut trouver aussi sur site des archives privées versées aux archives départementales, comme des journaux de guerre ou des plaques de verre. « Nous avons ainsi reçu une dame qui avait apporté le journal d’un oncle écrit pendant la guerre et racontant son évasion, détaille Karine Pinault. Les gens qui ne veulent pas s’en séparer peuvent nous confier ce genre de documents pour qu’ils soient numérisés. La seule chose que nous demandons, c’est de pouvoir les partager en ligne. »

Lecteurs sous surveillance

Alors qu’aux États-Unis, un Français a été condamné en 2018 pour avoir volé des plaques de soldats dans les archives nationales de l’État du Maryland, on ne déplore pas (encore ?) ce genre d’incidents dans le Loiret. « Nous avons une politique d’estampillage des documents prestigieux pour les identifier en cas de vol, prévient Karine Pinault. Nous assurons également les documents que nous prêtons. » Chaque visiteur doit ainsi être muni d’une carte – qu’il peut obtenir gratuitement en fournissant une pièce d’identité – qui permet ainsi de connaître les visiteurs des archives. Pas de manteau, de sac ou de cahier pour entrer dans les salles de consultation : uniquement des feuilles volantes et un ordinateur sont autorisés. « Car il est déjà arrivé que des feuilles se glissent par mégarde dans un cahier… », justifie Karine Pinault, qui reconnaît recevoir une fois par an ou tous les deux ans une alerte concernant un visiteur : « il faut alors compulser les documents consultés et vérifier que rien ne manque. »

Les archives sont cependant bien à l’heure du XXIe siècle et bénéficient désormais de l’aide d’internautes. Celle-ci a ainsi permis « d’annoter tous les Poilus du Loiret. Une classe de La Ferté-Saint-Aubin a également " fait " tous les Poilus du canton avec la documentaliste ! » 142 internautes ont donc annoté l’ensemble des registres militaires du Loiret conservés aux Archives départementales du Loiret. ?

Plus d'infos

www.archives-loiret.fr

Et page Facebook « Archives départementales du Loiret »

Les Brèves

  • Un escape game pendant les vacances

    Les archives, outre des ateliers de paléographie dispensés bénévolement par un ancien professeur d’université et des expositions régulières, vont bientôt disposer d’un escape game qui permettra de découvrir leur fonctionnement. Ce jeu devrait normalement être proposé aux prochaines vacances scolaires.