Les Brèves

    Les raisons de la colère

    jour(s) de grêve en France, dans le loiret et à Orléans

    Trains annulés, écoles fermées… À l’appel de la plupart des syndicats, le 5 décembre devrait être une journée de grèves et de manifestations importantes dans le Département. En ligne de mire, la réforme des retraites, mais surtout l’expression d’un ras-le-bol du quotidien.

    gaëla messerli

    La journée de grève annoncée comme d’ampleur inédite, à partir du 5 décembre, va d’abord toucher les usagers des transports en commun. Côté trains, la CGT Cheminots, UNSA et Sud Rail ont déposé un préavis de grève illimitée et reconductible par période de 24 h à compter du mercredi 4 décembre, à 19 h. Mardi, la CFDT s'est agrégée au mouvement. Autant dire que bien peu de « pendulaires » nous liront dans leurs trains en ce jeudi matin…

    Pour les habitants de la métropole orléanaise aussi, un gros impact est à prévoir. La semaine dernière, Sud Tao cherchait à organiser un mouvement rassemblant tous les syndicats, à l’image de ce qui s’était produit le « 21 septembre dernier ». « Nous sommes en grève depuis juillet 2018 à cause de la dégradation de nos conditions de travail et de nos salaires, nous explique ainsi Sébastien Planchin, délégué syndical de Sud TAO. Il y a beaucoup d’erreurs sur nos fiches de paie depuis quelques années, et les salariés subissent aussi le manque d’effectifs. Nous ne pouvons pas solder nos congés payés ou nos RTT. Depuis janvier, Keolis recherche 80 conducteurs, mais les conditions de travail, comme le salaire, ne sont pas attractifs. Pourtant, ces recrutements pourraient soulager les salariés. C’est une situation qui dure depuis trop longtemps. » Pour ce représentant syndical, la réforme des retraites est un élément supplémentaire qui ne fait qu’accroître le « ras-le-bol » des personnels. Mardi soir, TAO annonçait cependant 80% de trams assurés. Sur les bus, le prévisionnel de circulation était plus fluctuant : entre 0 % et 100% selon les lignes...

    Des écoles fermées

    Au niveau du SNUipp-FSU 45, Bruno Chirouse, son secrétaire départemental, annonçait déjà, une semaine avant la journée de contestation prévue, une estimation de 70 % de grévistes « sur une soixantaine d’écoles qui nous ont répondu sur leur participation ». Mardi, une cinquantaine d'écoles loirétaines annonçaient également leur fermeture le 5 décembre. « Il n’y a pas seulement les enseignants, il y a aussi les autres personnels, poursuivait Bruno Chirouse. La réforme des retraites nous touche particulièrement, car il y a une individualisation de la retraite avec les points. On compte des primes que nous n’avons pas, en général, dans ce système. La majoration que certaines femmes pouvaient avoir et qui compensait des congés individuels ou parentaux disparaît également. Or, 85 % des enseignants dans le Loiret sont des enseignantes ! »

    Cette réforme du système des retraites fait donc grogner les personnels éducatifs ; une colère qui s’ajoute à celle concernant les lycées. « Nous avons de plus en plus d’élèves perturbés et le manque d’accompagnement est patent, constatait Bruno Chirouse. Alors, comment travailler dans ces conditions jusqu’à 62 ou 64 ans ? En fait, le Gouvernement casse le système. Toutes les catégories sociales sont concernées, et notamment les jeunes, qui commencent à s’en rendre compte… »

    Une grève des PV ?

    Côté police, à une semaine de l’événement, les syndicats n’étaient pas encore tous bien coordonnés, mais Alliance, en tout cas, appelait à la mobilisation. Et côté Alternative CFDT, Bruno Berger estimait possible une action symbolique au niveau des commissariats ou à travers une grève des PV ou des contrôles. Les policiers n’ont cependant pas le droit de grève. Mais « beaucoup devraient être mobilisés avec les manifestations ». Pour eux, la réforme des retraites est la goutte d’eau de trop. « Il manque une cinquantaine de fonctionnaires de police dans le secteur et nous n’aurons personne avant juin 2020 au moins, tandis qu’il y aura encore des départs d’ici là ! On supprime des postes et on réorganise, alors que nos missions augmentent. C’est d’autant plus dommageable qu’il y a des volontaires pour venir dans le Loiret, mais pas d’ouverture de postes supplémentaires ! »

    Une situation critique pour notre département, à Orléans mais plus encore à Montargis. « En investigation, il y a souvent entre 200 et 500 dossiers par agent, certifie Bruno Berger. Nous avons donc demandé une prime d’attractivité comme il en existe dans d’autres départements. »

    Les cadres aussi…

    Du côté CFE-CGC, plusieurs branches – agro-alimentaire et environnement notamment – devraient manifester. Dans le Loiret, Pierre Montigny, de l’Union Nationale des retraités CFE-CGC, participera ainsi à la mobilisation générale. « La réforme veut transformer les retraites en une prestation sociale, analysait ce dernier. Cela veut dire que les pensions pourront être soumises à des variations. Le but est d’assurer une prestation minimum. » Pierre Montigny pointe un système qui obligerait chacun à souscrire des complémentaires retraites, mais surtout une « nouvelle peine » pour les cadres, déjà pénalisés par la réforme de l’assurance-chômage : « on considère qu’il est plus aisé pour eux de retrouver un emploi, ce qui n’est plus vrai à partir de la cinquantaine… »

    « on supprime des postes et on réorganise, alors que nos missions augmentent ! »
    Le syndicat de police Alternative-CFDT

    Pour Pierre Montigny, des solutions seraient davantage à chercher du côté du PIB, « afin d’en consacrer un pourcentage constant aux retraites. » Il aimerait aussi voir « reconduire la CRDS* pour financer la prise en charge de la dépendance. C’est un projet qui était étudié en Wallonie. Aujourd’hui, les retraités ont des dépenses qui augmentent : il leur faut compter au minimum 1 700 € par mois pour une maison de retraite, et beaucoup plus dans le privé. » Une réalité qui s’ajoute également à celle de l’augmentation de la CSG, qui coûte « deux mois de retraite pour la classe moyenne ». Pierre Montigny affirme qu’un changement est d’ailleurs en train de s’opérer, chez les jeunes générations de cadres notamment. « Jusqu’alors, il n’y avait pas, chez nous, une très grande culture de la manifestation… ». Cette inertie originelle serait donc en train de changer… De quoi, en tout cas, augurer de banderoles acrimonieuses et de grosses perturbations au niveau du Loiret, ce jeudi, et peut-être même au-delà. ?

    *Contribution pour le Remboursement de la Dette Sociale

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