Les Brèves

  • Le Space train ? Toujours pas…

    Nous lui avions posé la question en juillet dernier. Et quelques mois plus tard, Olivier Carré n’est toujours pas convaincu par le projet Space train… à court terme tout du moins : « la technologie est intéressante, mais j’attends encore qu’on m’explique comment, dans un laps de temps raisonnable, on pourrait installer des rails jusqu’à Paris… Jusqu’en 2030-2040, il y a d’autres choses sur lesquelles on doit faire des efforts. »

« On cherche à nous détourner des préoccupations principales »

Olivier Carré : Maire d’Orléans, président d’Orléans Métropole et candidat aux élections municipales

Le maire d’Orléans est candidat à sa propre succession. Au sortir d’une séquence particulièrement rude, Olivier Carré dit toujours vouloir faire preuve de tempérance. Mais montre toutefois les dents en quelques occasions…

propos recueillis par benjamin vasset

Que répondez-vous aux critiques de vos détracteurs sur votre gouvernance, qui serait solitaire ?

D’abord, que ce soit à la Ville ou à la Métropole, les témoignages de mes collègues sont, en quasi-totalité, identiques : toutes les décisions sont discutées et amendées en groupe. Ensuite, oui, il peut arriver qu’à la fin, le maire ou le président de la métropole arbitre, mais il est là pour ça. Vraiment, on n’est pas dans un système où l’on prend des décisions entre deux, trois personnes. Cela a pu exister, mais ça n’existe plus. Cette critique est donc infondée. C’est une posture politicienne.

Mais pourquoi être le seul candidat, ou presque, à défendre le fait que le maire d’Orléans soit aussi le président de la Métropole ?

J’ai vécu le fait d’avoir amené la Métropole à un niveau de collégialité où le maire d’Orléans parle à ses collègues maires, et où le respect mutuel qu’il y a entre nous amène la Métropole à être protectrice de chacune des communes. C’est très différent d’un système où le président de la Métropole serait subordonné à un des maires : d’ailleurs, dans beaucoup d’agglomérations où il y a un système bicéphale, on arrive à porter un projet, mais pas une vision. Dans le cas contraire, comme à Angers ou à Dijon, ça marche bien. De plus, c’est l’intérêt de la Ville d’Orléans que son maire soit à la tête de la Métropole, parce qu’elle peut alors mieux faire partager ses problématiques aux autres communes, qui savent que la Ville-centre a un rôle un peu singulier. Enfin, aujourd’hui, nous avons une administration très intégrée : pour elle, avoir l’assurance que l’exécutif est cohérent, c’est un gage d’efficacité. Aucun service n’a de nouveau envie de se diviser en deux.

Mais ne trouvez-vous pas qu’on est allé un peu vite dans la métropolisation ? Les services de certaines communes râlent parce qu’entre la mairie, la métropole et les pôles de proximité, ils ne savent plus, parfois, qui fait quoi. Et cela se répercute sur le citoyen…

Pour ce qui est de l'action sur l’espace public, cela fait un an et demi que la loi nous a obligés à la transférer à la Métropole. Et soit on pilotait cela à l’échelle de l'interco, soit on le laissait à la main des communes : aujourd’hui, ce sont elles qui pilotent les pôles de proximité et ce sont les pôles qui agissent sur les territoires des communes. Par contre, oui, la mutualisation des moyens, ça prend un peu de temps pour que chacun trouve sa place : mais en 18 mois, vous ne révolutionnez pas 50 ans d’habitudes. Il faut sans doute encore un peu de patience et améliorer l’organisation. Évitons cependant que la Métropole devienne un bouc émissaire.

Évoquons la campagne à Orléans. Vous attendiez-vous à une telle déflagration politique avec le groupe des « Orléanais » ?

Non, je ne m’attendais pas à ce niveau de dissidence. Je ne pensais pas que pour des ambitions personnelles, on pourrait chercher à diviser ainsi. Je n’avais pas non plus anticipé les attaques personnelles me concernant. Cette façon de faire de la politique, je ne l’aime pas. Parce que je pense que lorsqu’on réunit et qu’on fédère, on va plus loin.

« je n’aime pas cette façon de faire de la politique »

Pourquoi avoir sanctionné le seul Florent Montillot ? Et pourquoi pas Michel Martin, par exemple ?

Je pense, d’abord, que Florent aurait dû démissionner. Ensuite, quand les services se posent des questions, je suis dans l’obligation de trancher. Pour Michel Martin, cela ne pose aucun souci.

Et qu’allez-vous faire avec Martine Grivot, qui a annoncé son intention de faire partie des « Orléanais » ?

C’est à elle de le demander : est-ce qu’elle va être loyale et cohérente ? C’est un dialogue quasi-quotidien que j’ai avec elle, et que je ne vais pas révéler dans une interview. Après, si elle reste neutre dans l’exécution de ses mandats, ça me va.

Comment avez-vous vécu le conseil municipal de novembre, pour le moins violent ?

Ce n’était pas un moment agréable, avec des paroles qui ont cherché à être blessantes. Certains auraient pu s’abstenir. Mais la Ville continue de fonctionner. Ces éléments polémiques, je les subis, point barre. Ils sont surtout faits pour nous éloigner des préoccupations principales. Les attaques personnelles et les insinuations ne m’empêcheront pas de continuer.

Vos soutiens diffusent le message que « Les Orléanais » ont fait alliance avec le RN lors du vote concernant Florent Montillot, vous présentant indirectement comme une sorte de « rempart » contre l’alliance LR/RN…

J’ai été très surpris de constater ces dialogues et ces discussions. Après, chacun prend les appuis qu’il veut, cela ne me regarde pas… Je vous rappelle aussi que des LR, et pas des moindres, sont dans mon équipe actuelle, et ne sont pas sur la même longueur d’ondes que ceux qui font partie des « Orléanais ». Enfin, non, je ne suis pas un rempart ; je veux juste proposer à Orléans une alliance de bonnes volontés, qui transcende certains clivages partisans. Avec humanisme, dynamisme et modération. Sans coups de menton et sans coups de gueule.

Les maires-adjoints, adjoints, ou conseillers municipaux délégués actuellement en place et qui vous accompagnent dans cette campagne auront-ils les mêmes rôles, en 2020, si vous êtes élu ?

Non, pas forcément.

Peut-on par exemple imaginer une Christel Royer, qui vous soutient, devenir adjointe aux Sports ?

Oui, on peut imaginer. Mais rien n'est décidé et, quoi qu'il arrive, Soufiane Sankhon continuera jusqu’au bout à tenir son rôle aussi bien qu’il le fait aujourd’hui.

Et Gérard Gautier peut-il devenir vice-président de la Métropole au rayonnement et à l’attractivité ?

Écoutez, tous ces trucs-là, je n’en parle pas, parce qu’il y a encore beaucoup de choses à définir. Ce ne sont pas, justement, des décisions que je prends et que je prendrai seul.

Comment pouvez-vous assurer que, pendant six ans, les membres de votre majorité ne se déchireront pas, comme ceux de la majorité de 2014 ?

Parce qu’il n’y aura pas de double langage, et notamment de ma part. À partir du moment où les choses sont claires dès le départ, qu’elles seront toujours dites et toujours tenues, je sais qu’il n’y aura pas de tiraillements.

Que ferez-vous après les élections, si vous perdez ?

On verra à ce moment-là, mais ce n’est pas un scénario que j’envisage.

Avez-vous été, à ce jour (vendredi dernier, ndlr), entendu par la Justice dans le cadre de son enquête préliminaire ?

Non. Comme vous le savez, des policiers sont venus prendre des pièces à la mairie. Mais je n’ai pas été entendu. L’enquête suit son cours.

Je vous pose la « question Fillon » : si vous êtes mis en examen, vous retirerez-vous de cette campagne ?

Là encore, ce n’est pas une hypothèse que j’envisage.

Comme beaucoup de candidats, vous mettez en avant la discussion et l’écoute avec les citoyens, vous prônez la co-construction. Entre nous, ces concepts-là ne sont-ils pas des tartes à la crème légèrement démagos ?

Non. La co-construction, il y a ceux qui font semblant et ceux qui l’ont déjà mise en œuvre. Moi, je l’ai montrée dans la pratique de l’exécutif et depuis le mois de septembre dans la campagne. Il y a des éléments qui ne peuvent pas s’inventer dans un bureau. Mais attention, la co-construction, ce n’est ni faire plaisir à tout le monde, ni faire la somme de quelques ego. C’est participer à la construction d’un projet qui va ensuite être partagé par le plus grand nombre.

Dans les ateliers que vous avez déjà organisés, quelles remontées des citoyens vous ont déjà, justement, fait bouger dans vos réflexions ?

À ce stade, je n’ai pas voulu entrer dans ces ateliers pour ne pas imposer ma vue. Je n’ai pas encore l’intégralité des retours, mais dans la vie quotidienne, on peut aller plus loin sur l’appui aux aidants, sur la vie associative ou sur le médical.

Quels sont les grands projets que vous allez lancer durant cette mandature, si vous êtes élu ?

Nous continuerons d’abord à décarboner et moderniser la ville. Je crois aussi qu’Orléans doit être plus humaine et plus vivante, et ce sera notamment le cas grâce à la culture, en fédérant davantage les acteurs. Je serai également très attentif aux commerces, en accompagnant la refonte des Halles, qui doivent devenir de vraies halles gourmandes. Nous aurons aussi à préparer l’arrivée des étudiants en centre-ville. Quelques faubourgs et quartiers éloignés doivent aussi être repris. Un dernier élément, enfin : il faut réhumaniser les services publics, en aidant les gens qui sont parfois désemparés par les procédures, ou en portant par exemple un écrivain public dans les mairies de proximité pour appuyer les démarches de citoyens ou d’agents publics.

Si vous deviez définir votre projet en trois mots, quels seraient-ils ?

Orléans, Orléans, Orléans. C’est vraiment ça qui est au cœur. Je veux voir Orléans vivante, très vivante, avec de l’humanisme, du respect et du sérieux.

« rendre orléans plus humaine et plus vivante »

Avez-vous un ou plusieurs regrets sur la mandature actuelle ?

Peut-être que sur les Halles, on aurait pu engager des choses plus tôt, et de façon plus autoritaire. Dans certains secteurs piétons, il y a aussi des rues pavées qui ne sont pas adaptées aux fauteuils roulants. Enfin, nous n’avons pas réalisé assez d’éléments par rapport au cyclable.

À ce sujet, vous confirmez qu’une passerelle sera construite au-dessus de la Loire ?

Oui, le concours serait lancé dans le courant de l’année prochaine si nous sommes élus, avec une réalisation qui pourrait être effective en 2023.

Vos détracteurs vous reprochent un laisser-aller sur la sécurité…

Je suis très heureux de les décevoir, parce qu’en 2019, les chiffres seront probablement en-dessous de 2017, qui était le point le plus bas. Il n’y a pas eu de relâchement. On a apporté des réponses fortes sur les incivilités, en prenant le risque d’être impopulaire, et croyez-moi, ces éléments ne datent pas d’il y a dix ans… De plus, c’est vraiment faire insulte aux policiers municipaux d’imaginer que leur action ne porte pas ses fruits, ou qu’ils en font moins. Et si à un moment donné, certains ont demandé à aller dans d’autres communes, puisque c’est le reproche qui nous est fait, sachez qu’on reste aujourd’hui sur les mêmes étiages qu’auparavant, avec entre 7 et 9 postes vacants à la police municipale. Il n’y a pas eu d’hémorragie.

Un dernier mot sur le stationnement. Pourriez-vous prochainement faire appel à une société privée pour verbaliser, comme à Tours ?

Non. Sur ce sujet, il faut faire preuve de discernement. Et je ne suis pas sûr que des sociétés privées ne chercheraient pas d’autre intérêt que le bien public.

Les Brèves

  • Décryptage

    Olivier Carré n’a toujours pas changé son fusil d’épaule : dans cette campagne qui se durcit, il ne souhaite pas répondre frontalement aux « attaques » dont il dit faire l’objet de la part de Serge Grouard et des soutiens. Prudent, il préfère mettre sur la table sa « vision » pour Orléans. Cela sera-t-il suffisant pour contrer l’artillerie lourde qui se présente ? Olivier Carré et Serge Grouard se connaissent bien, et tous deux, dit l’actuel maire d’Orléans, sont férus de « batailles napoléoniennes ». Autant dire que, jusqu’en mars prochain, la stratégie tiendra – et tient déjà – un rôle particulièrement important dans la victoire finale.