Les Brèves

    Neufs visages pour une femme

    Sylvia : la critique

    N’ayant pu obtenir les droits des écrits de la poétesse américaine Sylvia Plath pour les jouer sur scène, Fabrice Murgia a retracé son existence en tant que femme, épouse et artiste. Sylvia, son spectacle écrit à la façon d’une comédie musicale, entre plateau de tournage et journal intime, a été joué la semaine dernière au Théâtre d’Orléans. Un moment sublime.

    ambre blanes

    Sur scène, elles sont une dizaine d’actrices à se partager le visage et le souvenir de Sylvia Plath, poétesse née en 1932 dans la banlieue de Boston et partie étudier en Angleterre, où elle s’installera avec son mari anglais, Ted Hugues, poète lui aussi. Sylvia avait de grandes ambitions : elle se rêvait en poétesse de l’Amérique, souhaitait être une mère parfaite et une épouse idéale. Lors de l’hiver 1963, l’un des plus rudes que le siècle ait connu, alors qu’elle est séparée de Ted et vit seule à Londres avec leurs deux enfants à tout juste 30 ans, elle se suicide au gaz. Dès lors, Sylvia Plath devient un symbole de féminisme. Illustrant l’épouse modèle qui sacrifie sa carrière au profit des tâches ménagères, elle devient la victime du système patriarcal de son époque. Sa vie est traversée d’épisodes bipolaires, de thérapie aux électrochocs, de relations amoureuses et de tentatives de suicide. C’est cette vie en pointillés, entre euphorie et gouffres amers, de l’anonymat à la consécration, que défend magnifiquement le génie de Fabrice Murgia.

    Le Centre Dramatique National d’Orléans a programmé son spectacle, Sylvia, les 20 et 21 novembre derniers. Le metteur en scène a ouvert le plateau. Les musiciens étaient postés en haut, les comédiennes en bas sur scène, se déplaçant d’un plateau à l’autre. Les techniciens étaient mêlés au casting, aidés par ce dernier. Une caméraman multipliait les travellings et les gros plans, projetés en live sur grand écran. Le public voyait plans larges et plans intimes simultanément. Lorsqu’une comédienne jouait Sylvia, les autres l’observaient ou se retrouvaient dans leur loge commune. Elles se questionnaient à voix haute. Qui était Sylvia, que voulait-elle ? « Un homme qui la laisse écrire ! ». Si rien n’était ôté au drame de l’histoire, les actrices ont pris plaisir, après un an de représentations, à délivrer leur lecture personnelle et le jeu s’en est ressenti. Chantant, dansant, tournoyant dans leur jupe rockabilly, elles diffusaient un charme de sirène, allant jusqu’à convaincre un spectateur de revêtir le masque de Ted Hugues et de prendre part au spectacle durant près d’une heure.

    Lors des représentations du spectacle, le CDNO avait également arrangé deux rencontres. La première avec Valérie Rouzeau, poétesse et traductrice de Sylvia Plath, pour une plongée touchante dans les méandres de l’esprit Plath. C’est là qu’on réalisa combien la lecture de l’œuvre et de la biographie de l’auteure avec les éléments dont on dispose (son mari ayant brûlé une partie de ses manuscrits après son suicide) était empreinte de mystères. « On peut se sentir libre en ayant des enfants ou se sentir emprisonnée en étant seule, glissait ainsi une comédienne. Mais Sylvia a mis le curseur très haut, dans un désir comme dans l’autre. Il y avait une ambiguïté extrême dans ce qu’elle recherchait. » 

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    • De quoi parle-t-on ?

      D’un spectacle proposé par le Centre Dramatique National d’Orléans les 20 et 21 novembre derniers. Mis en scène par Fabrice Murgia, il relatait la vie de la poétesse américaine Sylvia Plath. Si cette dernière fut, du temps de son mariage, la « femme de », elle est aujourd’hui, bien que toujours indissociable de ce destin funeste, considérée comme une poétesse de talent qui parle aux femmes… comme aux hommes. En témoignent les standing ovations du public orléanais deux soirs de suite !