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  • Décryptage

    Interviewer Tahar Ben Chaabane, c’est compter le temps de l’entretien « officiel », mais aussi tabler sur ses multiples digressions, qui permettent de mieux comprendre, d’après lui, les rouages de la politique locale. Élu en 2008 aux côtés de Serge Grouard, Tahar Ben Chaabane s’en est éloigné en 2011, affirme-t-il, au moment des élections cantonales. Toujours conseiller principal d’éducation dans le civil, il commente avec autant de plaisir la vie politique que le football, qu’il adore. Marqué par un esprit de revanche perpétuelle contre tous les tenants de « l'establishment », il dit aujourd’hui qu’il continuera de mener sa liste jusqu’en mars. Mais au vu de ses propos, on ne voudrait jurer de rien, tant le costard qu’il taille à Serge Grouard tranche avec les quelques lauriers qu’il tresse à Olivier Carré…

« La politique n’appartient pas à la bourgeoisie du centre-ville »

Tahar Ben Chaabane : Candidat aux élections municipales de 2020 à Orléans

Il avait annoncé en septembre... 2018 sa candidature à la mairie d’Orléans. Un an et deux mois plus tard, alors que la campagne est phagocytée par des querelles de personnes à droite comme à gauche, Tahar Ben Chaabane refait surface médiatiquement en tenant un discours particulièrement offensif à l’encontre de Serge Grouard, qu’il continue de détester.

benjamin vasset

Vous vous êtes déclaré il y a plus d’un an. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Ma campagne se poursuit. Je travaille sur le terrain avec mes amis, je vais à la rencontre de la population. Le moment venu, nous détaillerons notre programme. Très certainement en début d’année prochaine, après la trêve des confiseurs.

Quels seront les grands axes de votre projet ?

La transition écologique, d’abord. Ce n’est plus une option, mais une absolue nécessité. Tout projet municipal doit désormais aboutir à la protection de l’environnement. Il faut faire de chaque élu un élu à l’environnement. Ensuite, nous allons porter le sujet des solidarités, la lutte contre la précarité et le handicap, notamment. Nous devons faire en sorte que chaque Orléanais, quelle que soit sa condition, puisse trouver sa place dans la ville. Le bien-vivre ne doit pas être réservé à la bourgeoisie du centre-ville d’Orléans.

On a l’impression que vous faites moins de bruit que vos concurrents, que vous êtes un peu en retrait lors de cette campagne…

Non. Je travaille et je ne veux pas participer à la mauvaise comédie de boulevard du Conseil municipal d’Orléans, imposée par l’ancien maire d’Orléans et les factieux qui l’accompagnent.

« serge grouard ? c’est un caractériel »

Visiblement, vous avez toujours une dent contre Serge Grouard…

Vraiment, il devrait s’arrêter. Il a décidé, avec le concours de politiciens largement amortis, de continuer à s’accrocher au pouvoir local. Lui-même et le quarteron qui l’entoure sont complètement accros. Les concernant, une cure de désintoxication du pouvoir serait certainement la réponse la plus adaptée. Factuellement, il faut comprendre que Serge Grouard n’est jamais parti, les Orléanais doivent le savoir. Malgré l’enfumage et malgré sa lettre aux Orléanais lors de sa démission en 2015, il est resté député, adjoint au maire et élu à la métropole, sans compter son investissement avec François Fillon jusqu’en 2017.

Politiquement, vous menez combat contre lui, mais humainement, vous ne l’appréciez pas non plus…

C’est un caractériel. Il n’y a pas photo avec son successeur.

En 2020, pour votre part, ce sera donc tout sauf Grouard ?

Non, je fais d’abord valoir mon programme. Mais bien sûr, pour des raisons idéologiques, politiques, éthiques et humaines, j’exclus totalement tout rapprochement avec Serge Grouard et le quarteron qui l’entoure. Ils ne cochent aucune case.

Pour vous, c’est lui et son entourage qui sont à l’origine des « révélations » qui ont encombré ou encombrent Olivier Carré ?

Je pense que la réponse est dans votre question, puisque l’on voit qu’il y a une stratégie de la tension qui est entretenue savamment depuis bientôt un an pour saper le travail municipal au détriment de l’intérêt des Orléanais.

Et donc, Olivier Carré... C’est un saint ?

Non, c’est un homme normal. Depuis 2015, je pense qu’il n’a pas pu déployer l’ensemble de ses capacités. Il a plutôt eu une gestion de bon père de famille. Maintenant, s’il est élu, il faudra qu’il passe la surmultipliée sur un certain nombre de choses. J’ai travaillé avec lui sur le Grand Projet de Ville, notamment : c’est un élu collégial, qui est à l’écoute de ceux qui bossent avec lui, de ses collaborateurs et de la population. C’est tout le contraire du pouvoir personnel de Serge Grouard, qui décidait de tout. Et croyez-moi, je parle en connaissance de cause.

Vous vous êtes moqué, la semaine dernière, de la candidature de Nathalie Kerrien…

Oui, car sa liste est une succursale de Serge Grouard. J’ai deux éléments de preuve : premièrement, en 2017, aux législatives, elle a soutenu la candidature de Serge Grouard contre celle de son propre parti. Deuxièmement, Nathalie Kerrien est toujours membre du groupe « Les Orléanais », non ? En termes d’indépendance et de progressisme, je crois qu’on peut faire mieux.

Quelle est sa stratégie, selon vous ?

Prendre le maximum de voix à Olivier Carré au premier tour et le gêner au profit de la liste de droite dure menée par Serge Grouard et Florent Montillot. Car il ne vous a pas échappé que lors du dernier conseil municipal, Serge Grouard avait discuté, au sujet de l’éviction de Florent Montillot, avec les trois personnes du conseil municipal élues sous l’étiquette Front National…

Pouvez-vous certifier aujourd’hui que vous mènerez votre liste jusqu’au bout et qu’il n’y aura pas de rapprochement avec Olivier Carré, par exemple ?

Je vous fais la même réponse qu’il y a un an : oui, je reste ouvert à une alliance. Plusieurs candidats sont d’ailleurs déjà venus me voir. Mais toute alliance se ferait sur une base programmatique, et certainement pas avec Serge Grouard.

Au fait, où en êtes-vous de vos rapports avec Richard Ramos ?

Je n’en ai pas. En tout cas, politiquement, il n’a jamais été question de faire quoi que ce soit ensemble, ni de sa part, ni de la mienne.

« les listes citoyennes ? du canada dry ! »

Que pensez-vous de la multiplication, et pas qu’à Orléans, des listes dites « citoyennes » ?

Ce débat est abscons. Moi qui ne suis plus encarté, je trouve ridicule cette critique saugrenue sur les militants de partis politiques. La démocratie a besoin d’être structurée par eux. Après, le citoyen est libre d’y adhérer ou pas. Personnellement, j’ai choisi de ne pas y adhérer, mais je conçois que d’autres soient encartés. Mais ces derniers ne sont ni mieux ni moins bien que les autres. D’ailleurs, ceux qui se rendent sur ces listes « citoyennes » sont très souvent d’anciennes personnes encartées, croyant détenir je ne sais quel Graal.

Donc, le projet de Philippe Rabier, vous n’y croyez pas ?

Bien sûr que non. C’est du Canada Dry.

Mais alors, votre liste à vous, comment la définiriez-vous ?

Elle se rapproche d’une liste sans étiquette. Mais je revendique d’être politisé et d’aimer la politique.

Finalement, combien de gens avez-vous, pour l’instant, réussi à fédérer ?

Aujourd’hui, j’ai de quoi faire deux listes.

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