Les Brèves

  • « Deux mandats avec lui, ça vous DÉGOÛTE ! »

    Jusqu’à cette rentrée 2019, Kadejat Dahou et Isabelle Fergus-Lambert faisaient partie de la majorité municipale à Saint-Jean-de-la-Ruelle. L’une était adjointe au développement durable, l’autre conseillère municipale. La première s’est vu démettre de ses fonctions début octobre, la seconde dit que Christophe Chaillou n’a pas « supporté » qu’elle vote contre cette « destitution ». Alors les deux femmes, remontées, ont organisé vendredi une conférence de presse pour dire tout le bien qu’elle pensait du maire actuel. Après la plainte déposée par Kadejat Dahou pour « abus d’autorité », elles ont évoqué pêle-mêle la « centralisation des pouvoirs » à la mairie, ainsi que le « clientélisme » et les « comportements misogynes » du maire en place. Sans parler de quelques petites combines politiques, selon elles, pour placer des adhérents au PS dans les administrations des villes tenues par le parti dans la métropole. Ce grand déballage n’était pas, assurent-elles, à mettre en lien avec les municipales de mars. Kadejat Dahou, qui a quitté le PS en 2016, a pourtant apporté son soutien à Éric Lepêcheur. Il y a parfois des coïncidences… 

À deux sur La ligne de départ ?

Élections municipales à Saint-Jean-de-la-Ruelle

À Saint-Jean-de-la-Ruelle, Éric Lepêcheur est le seul candidat à s’être officiellement déclaré en vue des élections municipales de mars 2020. Mais Christophe Chaillou, le maire sortant, va très probablement lui faire face.

benjamin vasset 

Le jeu du chat et de la souris est-elle une spécialité stéoruellane ? Si tel était le cas, le rôle de la souris serait certainement tenu par Éric Lepêcheur. Ce dernier va en effet tenter de conquérir une mairie dans les mains de Christophe Chaillou depuis 1998. On comprendra donc aisément qui devrait jouer le chat dans cette histoire… Même si le maire sortant se refuse aujourd’hui à dire qu’il sera officiellement candidat à sa propre succession. « Le moment de l’annonce n’est pas encore arrivé », nous confie-t-il au téléphone, quand bien même on devine un petit sourire poindre au coin de ses lèvres. Car quand on le pousse un peu, Christophe Chaillou confirme que cette « annonce » devrait être faite, « au plus tard, au début de l’année ». « Car aujourd’hui, les campagnes électorales sont plus courtes », justifie-t-il.

Christophe Chaillou n’ignore pas qu’il a le privilège de l’expérience et qu’il demeurera, quoi qu’il arrive, le favori de l’élection à venir. Alors il regarde de façon distante la candidature d’Éric Lepêcheur, qui s’est déclaré en janvier 2019. Outsider, ce dernier se montre néanmoins offensif, sachant pertinemment qu’il va devoir se déployer pour déloger son concurrent. Mais, en bon « ancien de Bricy », il ne veut pas encore dévoiler toutes ses cartes. Quand on lui demande ainsi quand il rendra publics son programme et sa liste, il répond : « et vous, vous savez quand Christophe Chaillou va le faire ? Je ne vais pas me découvrir dans l’immédiat. »

Mais qui est En Marche ?

Qui est Éric Lepêcheur ? Président d’un réseau de restauration collective, il explique à l’envi avoir côtoyé, dans le cadre de ses fonctions professionnelles, de grands noms de la politique nationale, comme Nicolas Hulot ou Bruno Lemaire. Jamais élu au conseil municipal de Saint-Jean-de-la-Ruelle, il est toutefois, depuis 2017, le suppléant de la députée de la deuxième circonscription du Loiret, Caroline Janvier. Pour autant, Éric Lepêcheur affirme qu’il a « écrit à la Commission Nationale d’Investiture de La République en Marche pour lui dire qu’(il) ne demandait pas (son) soutien ». « J’ai rassemblé des gens de gauche et de droite qui n’ont pas envie de porter une étiquette particulière », continue-t-il. Ce positionnement fait doucement rigoler Christophe Chaillou – qui n’est pas en campagne, rappelons-le… – mais ne se prive pas d’en mettre une petite couche :

« M.Lepêcheur est le candidat de LaREM. On dirait qu’il en a honte, mais c’est la réalité. Il est quand même très surprenant que le candidat d’En Marche ne s’affiche pas En Marche… ». Toujours adhérent au PS, Christophe Chaillou affirme de son côté qu’il ne « pense pas » solliciter le parti présidentiel, bien qu’il mette en avant son côté « pragmatique et ouvert ». « Oui, j’ai apporté mon soutien à Macron en 2017, reconnaît-il, car je ne suis pas quelqu’un de manichéen. » Au printemps dernier, il avait pourtant abondamment communiqué sur son déjeuner à Matignon en compagnie d’autres maires, et avait fait circuler un selfie de lui en compagnie d’Édouard Philippe. Certains y avaient vu un coup politique en vue des municipales ; « coup » que Christophe Chaillou avait alors démenti. En tout cas, mi-novembre, Jihan Chelly, la référente départementale de LaREM dans le Loiret, nous confirmait qu’elle n’avait reçu aucune demande d’investiture ou de soutien à Saint-Jean-de-la-Ruelle.

Sorti de ce jeu d’échecs politique, Éric Lepêcheur y va franco, lançant des propositions clairement en opposition avec la gouvernance Chaillou. « Si je suis élu, je ne ferai pas plus de deux mandats, et peut-être même qu’un », commence-t-il. Il promet également d’installer, « dans les six premiers mois, des comités d’habitants dans les six quartiers de la ville ». « Plutôt impatient » de nature, l’homme dit vouloir aller vite et taper fort. Aussi profère-t-il des accusations pour le moins lourdes de sens envers son adversaire, pointant par exemple le « clientélisme » supposé du maire actuel. Plus précisément ? « 700 seniors qu’on invite gratuitement à Noël, des critères d’attribution de subventions qu’on ne connaît absolument pas, et des gens qui (lui) disent qu’ils aimeraient bien (le) rejoindre mais qui ne peuvent pas, parce que Christophe Chaillou leur a proposé des choses… » Mis en cause, ce dernier trouve « très désobligeant d’utiliser ce terme » de clientélisme à son encontre. Et répond sobrement : « je sais que M. Lepêcheur a du mal à rassembler autour de lui. Mais je n’ai pas vocation à influencer tel ou telle. J’apporte juste de l’attention aux demandes qui me sont formulées... »

Pas de RN à l’horizon

Sur le fond de son action à la tête de la municipalité, Christophe Chaillou préfère mettre en avant des « réalisations concrètes » : la « rénovation du groupe scolaire Jean-Moulin ; l’installation d’un nouveau généraliste – et peut-être même d’un deuxième – dans la Maison de Santé ; la concrétisation du chantier sur la friche Renault, etc. » La friche Renault ? Éric Lepêcheur en fait un angle d’attaque : « sur ce dossier, la mairie a perdu beaucoup de temps et beaucoup d’argent. En outre, on va créer 600 logements et 2 000 voitures de plus dans un espace déjà bouchonné. Je veux bien centraliser les logements en cœur de ville, mais il faut que cela soit cohérent et vivable ! » Arrêterait-il pour autant ce projet ? « Il faut voir, car je ne suis pas sûr qu’il soit possible de remettre en cause les contrats... »

Un autre sujet clé à Saint-Jean-de-la-Ruelle, c’est celui de la sécurité et du vote Rassemblement National, qui y est particulièrement important. « Bien sûr que cela me préoccupe, dit Christophe Chaillou. Mais déjà, la rénovation des Chaises va se faire. C’est vrai, aussi, qu’une partie de nos concitoyens se sent en dehors du jeu. Mais ils sont parfois très contradictoires, en nous disant qu’ils payent trop d’impôts tout en réclamant plus pour eux… Ils ont aussi du mal à accepter une partie de nos règles. Combien de gens nous disent : "puisque c’est comme ça, je vais appeler Julien Courbet !" ? Je remarque aussi que c’est dans les quartiers où l’on a investi le plus d’argent public qu’on vote le moins. Et dans les quartiers d’à côté, on vote souvent en réaction, parce qu’on se sent un peu oublié. » Moins théoricien sur le sujet, Éric Lepêcheur projette lui de « multiplier le nombre de policiers municipaux » et d’enclencher une « vraie politique de médiation dans les quartiers », en développant des « projets d’inclusion. » Sur ce terrain, les deux hommes ne devraient toutefois pas être contrariés par un candidat du Rassemblement National. Une tête de liste avait été trouvée au printemps, mais le parti a préféré ne pas l’envoyer au front, n’étant pas tout à fait sûr de ses qualités et de son pedigree. Il faudra cependant attendre encore un peu pour y voir plus clair à Saint-Jean-de-la-Ruelle. Mais en mars prochain, la bataille pourrait bien se résumer à un duel à distance.

Les Brèves