Les Brèves

    Quelle place pour le vélo à Orléans ?

    Le débat est ouvert sur le rôle de la bicyclette dans l'agglomération...

     Orléans Métropole souhaite développer de façon significative l’usage du vélo sur son sol. La politique mise en place et proposée pour les années à venir est-elle suffisante ? Entre les élus actuels et les membres du collectif Vélorution, deux opinions s’affrontent. benjamin vasset


    Les derniers chiffres de la mobilité à Orléans font état d’une part modale du vélo estimée à 5,5 %. À l’horizon 2028, les élus métropolitains veulent faire grimper ce chiffre à 10 %. « On peut penser que ce n’est pas assez, mais il s’agit quand même, sur ce point, de multiplier par deux cet usage », assume Bruno Malinverno, vice-président d’Orléans Métropole en charge des Transports. Sans qu’on l’y force, l’élu entend bien les critiques poindre chez ceux qu’il qualifie sur certains points d’« ayatollahs du vélo », comprenez par là les membres du collectif Vélorution. Environ 300 sur la métropole, regroupés autour d’un noyau dur d’une dizaine de personnes, ils ont une vision drastiquement opposée à celle des représentants de la métropole sur l’importance que doit prendre le vélo dans les années à venir.

    Les élus en place mettent cependant en avant une augmentation significative de l’usage de la bicyclette sur le territoire depuis 2011. Cette année-là, on décomptait, selon les chiffres officiels, plus d’1,2 million de déplacements à vélo dans l’agglomération d’Orléans. En 2018, la barre des 1,5 million était franchi, avec une augmentation de 7 % entre 2017 et 2018. La métropole affirme que ces statistiques vont aller en grandissant, puisque le Plan de Déplacement Urbain « propose de multiplier par 3,5 le budget consacré pour réaliser des itinéraires cyclables inscrits ces prochaines années au Plan Vélo. » Le Plan Vélo ? Un document adopté au conseil métropolitain de juillet dernier, et qui a pour objectif de « mettre à jour le schéma directeur des itinéraires cyclables, d’élaborer un plan d’actions d’accompagnement et de développer une vision commune à l’échelle de la métropole. » Consciente que tout n’est pas rose dans l’univers de la Petite reine orléanaise, ce Plan propose de créer 119 km d’aménagements cyclables utilitaires, et d’en « reprendre » aussi 62. Il a également identifié 69 « points durs » sur l’ensemble de la métropole, qui regroupent les « carrefours complexes, en croix, ou en T, les giratoires, les ruptures de continuité », et tutti quanti. « Sur l’ensemble de ces points noirs, l’idée est, que dans les dix ans du PDU, on ait traité l’ensemble des problèmes », promet Bruno Malinverno.

    « le partage de la route, c'est inefficace »
    L’auteur du blog Jeanne à Vélo 

    « Le vélo, ce n’est pas tout… »

    Entre l’élu aux Transports et le collectif Vélorution, il y a un clivage de fond : tandis que le premier travaille pour développer un meilleur « partage de l’espace » entre les vélos et les autres modes de transport individuels comme la voiture, les seconds ne croient absolument pas à cette stratégie, et veulent une politique beaucoup plus volontariste en la matière. « Le partage de la route, c’est inefficace », résume l’auteur du blog Jeanne à Vélo (voir encadré), également membre du collectif Vélorution. Celui-ci parle notamment de « clientélisme automobile » de la part des élus et d’un « laxisme total des autorités en matière de stationnement des voitures sur les voies cyclables. » Il prône ainsi une « tolérance zéro » et la refonte du plan de circulation. « Si demain, j’étais élu à la métropole, l’une de mes premières décisions serait de compartimenter et de sectoriser », dit-il.

    Face à cette proposition, Bruno Malinverno observe : « la difficulté à Orléans, c’est qu’on a beaucoup de rues à double sens. Avec des voies à sens unique, ce serait quand même plus facile ». Alors, pourquoi ne pas revoir le plan de circulation en ce sens ? « Ce serait un travail de plusieurs années ! », s’insurge l’élu, qui s’agace légèrement : « les y’a qu’à, faut qu’on, c’est facile ! Rien n’empêche les membres de la Vélorution de s’inscrire sur une liste aux prochaines élections… » Ce qui n’est pas tout à fait dans l’esprit de ces derniers, qui se disent « non partisans » et s’amusent : « la question, c’est de savoir quelle ville on veut, pas si on est de droite ou de gauche. D’ailleurs, chez nous, on peut très bien être cycliste de droite, il n’y a pas de problème… » L’auteur du blog Jeanne à Vélo, qui tient à rester discret, en remet cependant une petite couche : « le souci, c’est qu’il y a un hiatus très important entre le discours et les réalisations. Et cela tient beaucoup aux personnalités politiques en place : ce sont des élus qui sont pour la plupart des produits des Trente Glorieuses. »

    « les y a qu’à, faut qu’on, c’est facile ! »
    Bruno Malinverno, vice-président de la Métropole

    Même si le collectif reconnaît de bonnes choses dans la politique métropolitaine sur le dossier vélo – « oui, on a favorisé l’intermodalité, on a développé l’installation d’arceaux et le service de gravage des vélos est plutôt intéressant » –, l’opposition reste entière. « Si on ne cherche pas à contraindre le motorisé, on n’y arrivera pas », insiste l’auteur du blog Jeanne à Vélo, qui souhaiterait aller vers une piétonisation, au moins des centres-bourgs. Pour Bruno Malinverno, « ce serait absurde ! Je vais même être un peu provocateur : je suis pour l’usage de la voiture en ville, parce que des personnes en ont besoin, notamment pour des questions de santé. » Pour mettre d’accord ces deux camps, la métropole reconnaît qu’un travail important doit être fait en matière de continuité des pistes cyclables et d’entretien. Mais dans une ultime pied-de-nez, Bruno Malinverno synthétise ce qui divise ces deux opinions : « le vélo, c’est bien, mais ce n’est pas tout ! » En somme, on n’est pas prêt de rapprocher ces deux camps… 

    Plus d'infos : Pour connaître les services proposés par Orléans Métropole en termes de vélo :

    http://www.orleans-metropole.fr/154/velo-pietons.htm

    Pour en savoir plus sur la pratique du vélo à Orléans :

    https ://jeanneavelo.fr

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    • Jeanne à Vélo, c’est quoi ?

      Un blog qui totalise environ une centaine de visites par jour et 120 abonnés. Il a été ouvert en 2017 par un cycliste orléanais qui repère notamment les points noirs en termes d’usage du vélo dans la métropole orléanaise. « Sur le plan du vélo, aucune ville de France n’est au niveau », dit l'auteur de ce blog, à qui on demande s’il est vraiment facile de prendre son deux-roues en toutes circonstances. « Mes courses ? Je les fais à côté de chez moi, tout simplement !, répond-il. Vous savez : une fois qu’on est entré dans l’esprit vélo, on ne revient plus jamais en arrière… »