Les Brèves

  • Patrick Auger s’en va

    Il était président délégué de l’USO depuis trois ans. La semaine dernière, Patrick Auger a décidé de quitter ses fonctions. Pas à cause des derniers rebondissements, a-t-il assuré à nos confrères de La Rép’. « C’est une grosse perte pour le club, a réagi Anthar Yahia. Patrick a réalisé un travail remarquable, dans l’organisation, en nous faisant faire aussi de grosses économies. Mais je comprends aussi, que vu son âge – j’espère qu’il ne m’en voudra pas en lisant ça… – il ait voulu s’occuper de sa famille… » Qui pour le remplacer ? « C’est Boris Luce, directeur administratif et financier, arrivé au club il y a trois mois, qui prend le relais », a indiqué Philippe Boutron, le président de l’USO, dans un communiqué. 

« Je ne suis pas un mercenaire »

Anthar Yahia : Manager général de l’US Orléans Loiret Football 

Il y a quinze jours environ, La République du Centre révélait plusieurs clauses du contrat d’Anthar Yahia, le manager général de l’US Orléans, en lui adressant, en Une, un « carton jaune ». Lui était notamment reproché de toucher des commissions sur les ventes de joueurs orléanais. Le principal intéressé réagit aujourd’hui dans nos colonnes à ces informations, qu’il dit surtout vouloir « contextualiser ».

propos recueillis par benjamin vasset


Pour commencer, comment allez-vous ?

Ça va, même si j’ai connu des moments difficiles, surtout vis-à-vis de ma femme et de mes enfants. Être en première page du journal de la sorte, je m’en serais bien passé. Mais ce que je tiens à dire en premier lieu, c’est que je n’ai rien fait d’illégal.

Avez-vous été surpris par ce déballage ?

Oui. Que des conditions contractuelles sortent comme ça dans la presse, c’est étonnant, même si j’ai ma petite idée sur la façon dont elles ont fuité. (Il montre ensuite les murs de son bureau, où sont affichés les noms des joueurs de l’USO). Mais aujourd’hui, vous voyez les effectifs du centre de formation, ceux des pros, et c’est sur ces points que j’ai envie d’insister : ce que je mets en place pour notre développement. Pour moi, ne pas mettre en avant ce travail, c’est du dénigrement pur et simple.

Pour vous, il y a eu manipulation ?

On l’a vu, non ? Cependant, j’ai eu pas mal de messages de soutien du monde du foot. Et je tiens à remercier mon président, Philippe Boutron, de m’avoir soutenu et de m’avoir mis en place il y a trois ans. À l’époque, c’était une décision courageuse. Aujourd’hui, je veux toujours être à la hauteur de la confiance qu’il m’a donnée.

Pensez-vous qu’on vous ait fait payer votre proximité avec Soufiane Sankhon ?

Peut-être, mais je ne cache pas mes affinités avec telle ou telle personne. Cependant, je ne suis pas un politicien, je n’ai pas un poste d’élu : je suis salarié de l’US Orléans. Et je rappelle qu’il n’y a pas d’ingérence extérieure dans notre quotidien. Il ne faudrait pas oublier, non plus, que j’ai joué au club, que je ne suis pas un mercenaire. J’ai un attachement profond à l’USO. Mon fils joue à l’école de foot. Ce lien est plus fort que ma carte personnelle.

Sinon, qu’est-ce qui ne va pas, aujourd’hui, entre vous et l’entraîneur de l’USO ?

Didier Ollé-Nicolle est un entraîneur que je respecte beaucoup. Nous avons fait, chacun, notre part de travail. L’essentiel, aujourd’hui, est qu’on atteigne notre objectif. Il n’existe pas de guerre d’ego, comme j’ai pu le lire dans L’Équipe. Aujourd’hui, il n’y a pas forcément de communication entre nous, mais ça ne nous gêne pas. Et puis, ce n’est pas le moment d’entrer là-dedans : on reste sur trois matchs sans défaite (l’interview a été réalisée avant le match de lundi dernier contre Lens (1-4), ndlr). Nous sommes deux personnes qui savons faire la part des choses. Et j’aimerais, encore une fois, que la communication autour du club valorise davantage notre projet global.

Vous parlez des journalistes qui suivent l’USO au quotidien ?

Non. Ce sont les premiers supporters du club, ils lui sont attachés et le suivent depuis plusieurs années. Cependant, je voulais quand même dire que je regrette de n’avoir pas été sollicité directement pour répondre aux accusations qui sont sorties. Angers, Monaco… Beaucoup de clubs ont ce modèle économique. S’offusquer de la sorte, c’est un peu très à charge (sic).

Avez-vous pensé à quitter le club ?

On est des hommes, avec une histoire et une éducation. Mais je ne peux pas lâcher, pour plein de raisons différentes.

Plus un club a des résultats, plus il est dans la lumière et plus il suscite des jalousies, non ?

Ça veut dire que pour être tranquille, il faut être médiocre ? L’impression que j’ai moi, c’est que le club avance et qu’il est en train d’acquérir une certaine crédibilité dans le football. Après, l’aspect fantasme et science-fiction, je n’ai pas la main dessus. Mais moi, je n’ai rien à cacher. Je suis ouvert à toutes les discussions.

Sur le fond, votre recrutement estival, très jeune, a été perçu d’une façon différente compte tenu des éléments sortis dans la presse…

Ça, ça touche à l’homme Anthar Yahia et à son éducation : j’ai toujours travaillé avec loyauté dans l’intérêt du club. Mon but est de mettre toutes ses composantes dans les meilleures dispositions. Je ne suis pas un pyromane ! Sur le recrutement, nous ne pouvons pas dépenser ce que nous n’avons pas ; nous ne pouvons pas avoir une politique contractuelle démesurée. Oui, l’équipe n’a pas été prête tout de suite. Mais l’ennemi du football, c’est le temps. Le recrutement n’a pas été fait de façon sauvage.

Vous nous avez dit, avant cette interview, vouloir rappeler l’importance de la formation dans le développement de l’USO, désormais...

Elle est à l’origine de notre structuration sportive, et cela va de l’école de football à la Nationale 3. Moi, le samedi, je suis tous les terrains pour voir jouer nos jeunes. On a organisé des rapprochements avec d’autres clubs de la région. On veut ouvrir l’USO à tout le monde, on veut lui donner un rôle fédérateur. On discute notamment d’un partenariat avec l’association L’Escale, à La Source. Il y a une communication positive à avoir sur ce sujet.

En quoi la formation est-elle vitale pour le club ?

Quel est aujourd’hui le modèle économique du foot français ? Tous nos clubs, mis à part le PSG, sont en déficit avant de transférer des joueurs à l’intersaison. À l’USO, nous consacrons désormais 1,3 M€ à la formation. On a deux formateurs, Cyrille Carrière, qui dirige le centre, et Mickaël Ferreira, qu’on a ramené chez nous. Ce sont les hommes de base d’un projet qui ne se fait pas du jour au lendemain, mais qui est bien lancé. Aujourd’hui, 82 % de ces jeunes viennent d’un rayon de 300 km autour d’Orléans, 45 % du Centre-Val de Loire, et 25 % du Loiret. On souhaite s’inscrire dans un ancrage local. Et ça aussi, je regrette que ça n’intéresse pas plus de monde et qu’on ne me pose pas plus de questions dessus.

Mais vous voyez bien le reproche à votre encontre sur ce sujet : Anthar Yahia veut former des joueurs pour les revendre et « croquer » sur les transferts…

Ce reproche, c’est de la malhonnêteté intellectuelle. D’une, je ne décide jamais seul. De deux, je ne vois pas comment un manager général pourrait mettre en péril une structure pour son seul intérêt personnel, qui ne peut pas être dissocié de l’intérêt général. Je ne peux pas croire que les gens pensent que je vais affaiblir le club sportivement. Et puis, je rappelle que Didier Ollé-Nicolle aime travailler avec des jeunes joueurs et qu’il sait les mettre en valeur.

Entendez-vous les critiques qui ont été formulées à l’intersaison, à savoir que vous auriez intégré Karim Ziani à la formation et Pierre Bouby à la communication du club parce qu’ils sont proches de vous, le premier étant aussi votre beau-frère ?

Karim, c’est, je le rappelle, 500 matchs en pro, un joueur qui a été deux fois Ballon d’Or algérien ! On va m’en vouloir aujourd’hui de créer un projet avec des gens que je connais et qui, en plus, ont de la compétence ? Je vous assure que leur seule qualité, ce n’est pas d’être bien avec moi. Moi, je veux gagner, comme quand j’étais joueur. Et je ne ferai pas de cadeaux à mon frère s’il ne peut pas me faire gagner un match…

Alors, quel est le projet sportif du club à moyen terme ?

(Il ouvre un powerpoint) C’est justement le sujet de mémoire de DU de manager général de club sportif, que j’ai présenté à Limoges trois jours avant que tout cela ne sorte. Aujourd’hui, l’USO vit à 62 % de ses droits TV. Les transferts, c’est 2 %. L’objectif, c’est d’avoir 50 % de nos joueurs issus de notre centre de formation en équipe première d’ici à 2022. Dans notre effectif de cette saison, on en a quatre, sur vingt-cinq contrats pros. Un défenseur gaucher de 21 ans, tous les clubs de France le cherchent : ce profil-là, on doit le former. C’est comme ça qu’on pérennisera l’USO économiquement et sportivement.

Finalement, que retenez-vous de cette séquence ?

Que tout est question de comment vous présentez les choses. On m’a présenté comme un accusé (sic). Jamais on n’a parlé de l’aspect secret d’un contrat et de ces clauses qui se font dans beaucoup de clubs. Et si on ne met pas en avant le projet du club et sa finalité, on ne comprend pas pourquoi je peux être intéressé sur les résultats de l’entreprise.

On dit que vous allez peut-être saisir la Justice…

J’y réfléchis, oui. Sur quels domaines ? Ça, ce sont à mes conseillers de travailler dessus.

Pour terminer, où les coups sont-ils les plus durs ? Sur le terrain ou en coulisses ?

(Sans hésiter). En coulisses. ?

Les Brèves

  • Décryptage

    Pourquoi Anthar Yahia parle-t-il aujourd’hui dans ces colonnes ? Pas tant pour se défendre que pour faire de la pédagogie sur sa politique sportive, centrée sur la formation, le développement et la vente de joueurs. Pas pour s’enrichir personnellement, assure-t-il, mais pour faire progresser un club qui vise un budget de 12 M€ à l’horizon 2022. Anthar Yahia déplore que cet argument n’ait pas été rappelé dernièrement, et a aussi bien insisté, en amont, sur le fait qu’il ne voulait pas enclencher une polémique avec ses détracteurs, dont il connaît bien l’identité, tout comme il dit connaître le nom de celui qui a fait fuiter son contrat. En privé, Il semble aussi savoir qui, en interne, ne tire pas dans le même sens que lui au club. Et pour le coup, il ne fait pas allusion à Didier Ollé-Nicolle…