Les Brèves

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    Le nombre de demandeurs d’emploi (catégories A,B et C) inscrits à Pôle Emploi au deuxième trimestre 2019. Cela représentait une baisse de 0,1 % par rapport à l’année précédente

Le Gouvernement durcit le ton

Emploi et assurance-chômage

Le Gouvernement n’entend pas se contenter d’un taux de chômage passé au-dessous de la barre des 9 %. Après avoir donné en 2017 davantage de liberté aux entreprises, aux salariés et à leurs représentants, il veut maintenant inciter davantage les chômeurs à travailler et sanctionner les entreprises qui abusent des contrats précaires. Dans le détail, voici ce qui attend patrons et demandeurs d’emploi à partir du 1er novembre 2019. laurence boléat


Malin, le ministère du Travail commence par énoncer un constat qui fait davantage porter la responsabilité de la précarité de l’emploi aux entreprises plutôt qu’aux travailleurs. Avec des chiffres qui parlent : 87 % des embauches se font en intérim ou en CDD, dont 30 % pour un jour ou quelques heures, avec réembauche fréquente par le même employeur… Autrement dit, certaines entreprises profitent d’un système qui permet au salarié d’accéder à l’indemnisation en travaillant un jour sur sept. Pour celles qui emploient plus de onze salariés dans les sept secteurs de travail les plus concernés, un système de bonus-malus sanctionnera bientôt ces pratiques, dès lors que le taux de séparation sera jugé trop fort. En bref, les entreprises « profitant » du système avec la complicité – ou pas –des employés, paieront des cotisations chômage plus élevées.

Travailler plus longtemps pour être indemnisé

Côté demandeur d’emploi, hormis les sempiternelles promesses d’accompagnement renforcées et personnalisées annoncées, avec mise à niveau des compétences, formations sur-mesure, journées d’accompagnement intensif… Il faudra travailler plus longtemps pour prétendre à une indemnisation. Ainsi, la période de travail minimum pour accéder à l’assurance-chômage sera de six mois sur les vingt-quatre derniers mois, au lieu de quatre mois sur vingt-huit actuellement. Quant au principe de rechargement des droits, il passera à six mois au lieu d’un mois.

Autre nouveauté : le calcul des indemnités, qui sera désormais basé sur le revenu mensuel moyen, et non sur les seuls jours travaillés. Il ne sera donc plus possible de gagner davantage au chômage qu’en travaillant. À titre d’exemple : un salarié qui travaille aujourd’hui en moyenne quinze jours par mois pendant un an, en touchant 1,5 fois le SMIC, est indemnisé 1 200 € par mois pendant six mois, en ayant gagné seulement 880 € mensuels en moyenne. Demain, il ne percevra plus qu’un minimum de 65 % du salaire net moyen mensuel. Sacrée différence… Et pour tous les salariés ayant un revenu brut supérieur à 4 500 €, donc principalement des cadres, une dégressivité de 30 % sera appliquée à partir du 7e mois. N’y échapperont que les plus de 57 ans.

Démissionnaires et indépendants pris en charge

Dans cette réforme, il existe cependant quelques bonnes nouvelles pour les porteurs de projet. Les salariés démissionnaires ayant au moins cinq ans d’ancienneté dans leur entreprise auront droit à une indemnisation, identique aux autres, avec un accompagnement gratuit pour les aider à créer leur structure. Les travailleurs indépendants dont l’activité aura généré un revenu minimum de 10 000 € par an les deux premières années avant liquidation judiciaire auront droit quant à eux à 800 € pendant six mois. Et dans les deux cas, ce droit sera renouvelable.

Pour parvenir à ses fins, le Gouvernement entend se donner les moyens. Pôle Emploi va dans un premier temps stopper l’hémorragie de ses propres effectifs enclenchée depuis trois ans et va recruter 1 000 agents supplémentaires… Certains seront chargés de renforcer les contrôles sur les chômeurs jugés trop inactifs dans leur recherche d’emploi ; d’autres seront mobilisés pour accompagner les demandeurs d’emploi et les futurs créateurs d’entreprise. Au total, 4 000 agents seront affectés à ces différentes missions. Au programme, un rapprochement territorial animé par les préfets et les présidents des conseils régionaux pour prendre en compte les spécificités des régions, des bassins d’emploi et des quartiers. De nouvelles aides, telles que la garde d’enfant et la mobilité, pourraient voir le jour. 

Les Brèves

  • « Pôle Emploi ne propose rien… »

    Flora, 23 ans, CAP de cuisine en poche, vit encore chez ses parents dans le Loiret, près de Gien. Elle espère depuis quatre ans le « miracle » d’un CDI. Elle a depuis longtemps renoncé à trouver un emploi par le biais de Pôle Emploi qui, selon elle, « ne propose rien ». Seules les agences d’intérim ou les moteurs de recherche tels qu’Indeed lui permettent de travailler, et encore pas souvent. On l’appelle pour des missions d’un jour, au mieux d’une semaine, pour des jobs de conditionneuse, de commis de cuisine, ou pour trier le courrier à la poste. « Beaucoup de mes amis sont dans ma situation, indique-t-elle. Le dernier rendez-vous avec mon conseiller Pôle Emploi était programmé à 11 h. J’ai été reçu à 14 h et l’entretien a duré deux minutes. » La marge de progression de l’organisme chargé de l’emploi en France paraît bien large…