Les Brèves

  • « Nous sommes des passeurs »

    De quoi est faite la relation entre une famille d’accueil et un MNA hébergé à domicile. D’amour, d’affection, de bienveillance ? « Un peu de tout cela à la fois, répond Nadine Semonsut. Nous ne nous considérons surtout pas comme les parents de Salamatou, qui nous tutoie, nous appelle « madame, monsieur », mais est bien évidemment intégrée à la vie de la famille. En fait, je pense que nous sommes des passeurs. Il y a des choses difficiles à appréhender, c’est certain, mais à côté de cela, nous voyons aujourd’hui Salamatou souriante et épanouie. Elle n’a plus besoin de béquilles. Notre bonheur, il est là. »

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    C’est le nombre de mineurs non-accompagnés présents dans le Loiret au 1er septembre 2019

Département cherche «familles solidaires»

Mineurs non-accompagnés dans le Loiret

Tous les jours, le Département du Loiret doit s’occuper de centaines de mineurs non-accompagnés qui sont arrivés et arrivent sur son sol. Il recherche aujourd’hui des familles d’accueil pouvant accueillir ces jeunes gens ayant fui leur pays d’origine pour des raisons économiques ou politiques. benjamin vasset


Le récit de Nadine Semonsut est un témoignage qui donne foi en l’humanité. Depuis le mois de juillet, cette maman de trois (grands) enfants accueille chez elle Salamatou, une jeune Sierra-léonaise de 17 ans. Celle-ci est arrivée à 14 ans en France dans des conditions qui restent encore floues. Elle a rapidement migré vers le Loiret, où elle a été prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. Elle a été hébergée dans un foyer Cèdres, jusqu’à ce que celui-ci ferme ses portes cet été. Où Salamatou, en pleine formation d’aide-soignante, pouvait-elle alors être logée ? On lui a proposé une place dans un foyer de Jeunes Travailleurs du côté de Montargis. Pas idéal pour cette jeune fille orpheline, au parcours de vie chaotique, qui commence tout doucement, depuis son arrivée en France, à se (re)construire…

Nadine Semonsut avait connu Salamatou en lui donnant des cours au collège Charles Rivière d’Olivet, dans une classe d’accueil pour jeunes ne parlant pas le français. Elle l’avait alors accueillie chez elle de temps à autre, notamment le week-end, pour qu’elle puisse « souffler ». En juillet, Nadine Semonsut et sa famille ont choisi de franchir un pas, en hébergeant Salamatou tous les jours, à leur domicile de Vienne-en-Val, jusqu’à sa majorité, voire même un peu plus. « Ce n’était pas possible de la voir partir comme ça à Montargis », explique-t-elle aujourd’hui. Pour donner un cadre à cet accompagnement, un contrat a été formalisé et signé entre Salamatou, sa famille d’accueil et le Département. Aujourd’hui, les Semonsut font partie des six familles qui sont intégrés à ce dispositif sur l’ensemble du territoire. « Il en faudrait trois fois plus », affirme Marc Gaudet, le président du Conseil départemental, qui en profite pour lancer un appel aux bonnes volontés loirétaines.

« L’hôtel, humainement, ce n’est pas possible »

Le patron du Département aimerait en effet « que l’’on se dégage autant que possible de la solution d’urgence qui consiste à héberger ces mineurs dans des hôtels. » Lui emboîtant le pas, Nadine Semonsut est elle aussi convaincue que « l’hôtel, humainement, ce n’est pas possible ». Bien qu’elle salue aussi le travail fait par certaines associations locales, elle confie aussi qu’il n’est « pas simple » d’accueillir un MNA. « Si l’on n’a pas de cadre administratif, juridique et pas de référentiel, on peut patiner et faire des bêtises », continue-t-elle. C’est ce cadre qu’apporte le Département, son unité MNA et l’Aide Sociale à l’Enfance, qui permettent de mettre en place dans les meilleures conditions cette formule d’accompagnement qui paraît unique en France.

Des esprits retors argueront que le Département a monté ce dispositif pour réaliser quelques économies substantielles dans l’accueil de ces mineurs non-accompagnés, puisque les familles d’accueil telles que les Semonsut sont bénévoles, bien qu’elles bénéficient d’un défraiement, payé par le jeune, à hauteur de 12,50 € par jour environ. Ceux-ci doivent payer les frais de nourriture, d’hébergement, « d’hygiène corporelle », les loisirs réalisés au sein de la famille et les déplacements de proximité afférés au quotidien de l’enfant. « Nous ne voulons pas que certains viennent nous voir en pensant que ce dispositif pourrait être une rentrée d’argent », reconnaît Alexandrine Leclerc, vice-présidente en charge de l’enfance, des personnes chargées et du handicap. L’élue précise toutefois que ce contrat reste flexible : « on peut être famille solidaire un week-end par mois, une semaine pendant les vacances ; ce n’est pas forcément un engagement de tous les jours. Et il peut y avoir une « période d’essai », pour voir si cela fonctionne bien entre le jeune et ses accueillants. » Pour devenir famille solidaire, les personnes volontaires doivent réaliser une demande écrite et motivée à transmettre au Département, qui étudiera chaque dossier. À en croire le témoignage de Nadine Semonsut (lire ci-dessous), le jeu en vaut largement la chandelle. 

Les Brèves

  • à savoir

    Politique solidaire

    L’appel aux familles

    Le dispositif « familles solidaires » présentée ci-contre n’est pas le seul mis en place par le Département du Loiret pour accompagner sa politique sociale. « Nous voulons aller plus loin dans l’engagement, tient à souligner Marc Gaudet, président du Conseil départemental. Nous souhaitons compléter notre offre avec des familles loirétaines, puisque les collectivités seules ne peuvent plus tout faire, et que nous ne sommes plus en capacité d’accueillir tous les enfants. » Une campagne globale de communication sur l’engagement solidaire est actuellement menée dans tout le Loiret.

    Assistants familiaux

    Des besoins supplémentaires

    Il y a un an et demi, le Département avait organisé un forum pour recruter de nouveaux assistants familiaux. Il y a en effet une certaine forme d’urgence : « les dernières courbes montrent que les assistants familiaux commencent à partir à la retraite », indique Alexandrine Leclerc, vice-présidente en charge des personnes âgées, de l’enfance et du handicap. Contrairement aux « familles solidaires », ces assistants familiaux, chargés d’accueillir des enfants de l’ASE, ne sont pas bénévoles, étant donné qu’il s’agit d’un métier dûment rémunéré.

    Personnes âgées

    Devenir accueillant familial dans le loiret

    Les accueillants familiaux peuvent accueillir des personnes âgées et/ou handicapées à leur domicile. « C’est une solution qui trouve son intérêt dans des situations où ces personnes sont dans l’attente d’une entrée en institution type Ehpad, ou bien parce que une vie en collectivité dans ces établissements n’est pas souhaitée ou souhaitable pour elle, explique Alexandrine Leclerc. Cependant, un accueillant familial peut aussi recevoir chez elle une personne qui vit déjà en institution mais qui a besoin d’un moment de répit pendant quelques temps. C’est une sorte d’alternative entre le « chez soi » et la maison de retraite ». Dans ce cas précis, un accueillant familial obtient un défraiement, payé par la personne accueillie, prélevée sur l’aide qu’elle perçoit de la MDPH. Cette aide est aussi contractualisée entre les parties prenantes. « Pour être accueillant familial, il faut évidemment un agrément », complète Alexandrine Leclerc.