Les Brèves

    Mieux combattre les violences conjugales

    En France et dans le Loiret

    À l’occasion du lancement au niveau national du Grenelle des Violences conjugales, le Préfet a annoncé la création, dans les mois qui arrivent, de 20 places d’accueil d’urgence supplémentaires dans le Loiret. gaëla messerli


    Ce n’était pas un secret, même si jusqu’à présent, une certaine opacité statistique l’entourait : le Loiret manque bel et bien de places pour accueillir en urgence les femmes victimes de violences conjugales dans le département, tout comme dans le reste de la France d’ailleurs. « La capacité d’accueil est insuffisante. Le dispositif actuel de 20 places en accueil immédiat est saturé. Nous allons le doubler dans les mois qui viennent », a affirmé Pierre Pouëssel, le préfet de la Région Centre-Val de Loire et du Loiret, accompagné des procureurs de la République des Tribunaux d’Orléans et de Montargis, à l’issue d’une réunion du Comité Local d’Aide aux Victimes.

    « faire diminuer la zone grise de l’iceberg »

    En effet, en ce qui concerne aussi bien la mise à l’abri des victimes que le dépôt des plaintes, le constat actuel dans le Loiret est « peut mieux faire », selon le Procureur d’Orléans. « Nous avons effectivement des marges de progression, a développé Nicolas Bessone. Il y a encore des « cas pathologiques » de refus de prise de dépôts de plainte. J’ai envie de faire une note aux services de police et de gendarmerie. Le but est de perdre le moins de victimes possibles dans ce genre de phénomènes d’emprise. »

    Vers une pré-plainte au CHRO

    Parmi les actions d’améliorations préconisées, la formalisation d’une « pré-plainte » au sein du CHRO est envisagée. « C’est un des objectifs », reconnaît Nicolas Bessone. L’Ordre des médecins du Loiret est également signataire d’un protocole permettant de développer le repérage systématique des violences. Les policiers et gendarmes bénéficieront quant à eux d’une action de formation au premier semestre 2020. La création de bons de transport pour les femmes victimes et leurs enfants vers l’hôpital ou l’hébergement d’urgence fait également partie des pistes étudiées. « On pourrait aussi réfléchir à un dispositif permettant aux associations d’aller au domicile de la victime », a aussi évoqué le Préfet pour faire diminuer la zone grise de l’iceberg, car on sait que le nombre de violences enregistrées n’est que celui lié à la libération de la parole.

    « Aller au plus près des citoyens »

    Cet axe de travail sur la proximité est dans la lignée de celui mis en place par les procureurs. « À notre arrivée, nous nous sommes rendu compte que beaucoup d’endroits n’étaient pas couverts par les associations d’aide aux victimes », a indiqué Loïc Abrial, procureur de Montargis, qui a milité pour la présence des associations au sein des commissariats de police et des brigades de gendarmerie. Pierre Pouëssel a évoqué quant à lui la mise en place de lieux regroupant plusieurs services, un peu comme les Maisons de Justice, qui existent déjà. « L’idée est d’aller au plus près des citoyens », a-t-il poursuivi. Autre volet d’action pour le Préfet : celui des intervenants sociaux. « Nous en avons deux dans le département, financés par l’État, par le biais du fonds ministériel de prévention contre la délinquance. Ils travaillent à Orléans avec un psychologue et sont débordés. Je compte rencontrer le président du Département pour voir s’il est possible de doubler le dispositif et cofinancer ces postes. Car c’est une formule qui marche. » 

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    • Des audiences spéciales

      Côté judiciaire, dans chaque tribunal, il existe au moins un référent spécialiste des questions de violences conjugales. Mais à Montargis, Loïc Abrial, le procureur, a décidé d’intensifier la prévention de la récidive en organisant des audiences dédiées avec projection d’un film de sensibilisation… Une initiative qui sera observée du côté orléanais et qui pourrait éventuellement être imitée. Avec 311 poursuites enregistrées à Orléans et 120 à Montargis, « le taux d’affaires pénales est important dans ce domaine. C’est donc une priorité », ont estimé les deux magistrats, dans un contexte national où l’on observe une augmentation des faits constatés depuis le début de l’année. « De plus en plus, l’iceberg se découvre », se sont tout de même félicités les représentants de l’État.