Les Brèves

    P.R.O.F.S

    Ces derniers jours, les millions d’écoliers français n’ont pas été les seuls à faire leur rentrée dans des établissements que mairies, régions et autres départements aiment chaque année nous présenter comme flambant neufs : d’ailleurs, à les croire, il n’y aurait désormais plus un plafond qui se casse la gueule, plus un rétroprojecteur qui plante, plus une table sans chaise.

    Mais ceci est une autre histoire. Celle que je vous conte ici de source sûre commence le vendredi 29 août, dans l’Académie d’Orléans-Tours. Quelques milliers de profs font leur « pré-rentrée » au sein d’établissements dans lesquels, trois jours plus tard, ils seront censés transmettre leur savoir. Sauf qu’en arrivant ce matin-là, la trousse toute neuve et les souliers bien cirés, certains d’entre eux, qu’on appelle TZR (pour « titulaires sur zones de remplacement »), ne savent toujours pas à quelle sauce ils vont être mangés. Autrement dit : dans quel établissement ils enseigneront, ni à quel niveau. Deux jours pour préparer des cours, en pleine réforme du lycée : tu parles d’une sinécure !

    Pour ceux qui méconnaissent les arcanes de la condition professorale, les TZR sont un peu à l’Éducation nationale ce que les remplaçants sont à une équipe de foot : ils doivent rentrer à tout moment pour prendre la place du titulaire quand celui-ci se blesse, le plus souvent à l’âme. Dans les faits, ils doivent souvent pallier de longues indisponibilités, œuvrant parfois une année complète dans le même bahut, puis sont ensuite baladés d’un établissement à l’autre, et payés une petite misère.

    Toi qui gueules sur leurs quatre mois de vacances, tu voudrais prendre leur place ? Moi pas, qui préfère moraliser dans le confort d’un siège molletonné. Alors tourne bien ta langue au lieu de leur donner la leçon, toi qui l’as visiblement bien mal apprise quand tu te trouvais derrière ton encrier, en train de bailler aux corneilles quand on te parlait de Molière et des choses de la vie. 

    Les Brèves