Les Brèves

  • CV

    26/08/1954 : naissance à Tours

    2014 : reprise de la photo

    Jusqu’au 13/09/2019 : expose au bar culturel À la page

Frédéric Saez : Chasseur d’images

En cette rentrée, ce photographe amateur présente au bar culturel À la page une série d’images sur la ville de Mumbai (Bombay). Des photos de scènes inattendues, d’êtres humains et de rues qu’il aime traquer et saisir au bond.

benjamin vasset

D’Orléans à Bombay, il y a plus de 7 000 kilomètres que Frédéric Saez a comblé à sa façon. Non pas que ce photographe ait un quelconque don d’ubiquité : il expose en réalité jusqu’au 13 septembre vingt images faites durant trois voyages dans la mégalopole indienne, entre 2015 et 2019. Comme beaucoup, ce pays et cette ville ne cessent de fasciner cet informaticien orléanais qui pratique la photo en amateur éclairé. « L’Inde est un sujet fabuleux, tout à fait en rupture avec ce que l’on voit en Occident, exprime-t-il. Après, c’est sûr que c’est un pays qui demande une préparation psychologique en amont, parce qu’on y est confronté à une misère absolue. Mais le tout, c’est aussi d’arriver à se détacher de cela. »

Bombay plus spécifiquement lui est apparue comme une « ville fantastique, où cela bouge de partout. » Là-bas, il y a promené son œil pour y capter des scènes de la vie quotidienne. Il appelle cela de la « street photography », dans le sens où il se lève le matin, s’empare de son appareil photo et déambule dans les rues en attendant qu’un instant de vie se présente à lui. Les réglages sont faits en amont, prêts pour des shootings impromptus et cadencés. L’exposition indienne qu’il présente en ce début septembre au bar À la page s’intitule d’ailleurs Ishaare, qu’on peut traduire en français par « geste » ou « mouvement ». Elle reflète selon lui la vitalité et le bouillonnement ressentis dans la capitale de l’État du Maharashtra. Derrière ce travail de fourmi, une méthode : partir seul avec son baluchon pendant une grosse semaine et se laisser prendre dans le tourbillon du moment, et de l’endroit.

L’œil et la technique

De l’Andalousie à Cuba, Frédéric Saez a dupliqué ce processus en de multiples endroits du monde. Photographier l’humain est, dit-il, « un moyen de se sentir proche des gens ». À La Havane, alors qu’il se baladait, son appareil à la main, il fut par exemple hélé puis rapatrié par des Cubains qui s’entraînaient chez eux à la salsa : toute la magie des instants non programmés, pris et vécus sur le vif, au débotté. Ces images, Frédéric Saez en a parfois tiré des « photozines », comme il les appelle, sorte de recueils à mi-chemin entre le livre et le magazine, où ses photos se succèdent dans un « story-telling » finement ciselé. « J’encourage tous les photographes à imprimer leurs images », énonce-t-il d’ailleurs, à une époque où, grâce (ou à cause) du smartphone, une photo prise est une photo publiée dans la foulée sur les réseaux sociaux, et tout aussi rapidement oubliée. « J’ai moi aussi été happé quelque temps par ce phénomène… », confesse cet Orléanais revenu ensuite aux bases, au 35 mm, à la focale fixe et à un Leica, certes numérique, mais dépourvu d’écran.

« l’inde est un sujet fabuleux »

Frédéric Saez ne veut pourtant pas vivre de la photo parce que bosser comme il le fait actuellement lui « confère une liberté de choix totale ». Dit autrement, il n’a pas envie de passer ses week-ends à se cogner des photos de mariages. D’ailleurs, il est aujourd’hui installé à un poste d’ingénieur commercial dans une web agency orléanaise qui le satisfait pleinement. Après dix piges à faire la navette entre Orléans et Paris, ce job qu’il occupe depuis deux ans lui apparaît comme une évolution naturelle. « En trente ans, je suis passé de la technique pure et dure aux usages », résume-t-il, en expliquant avoir commencé sur « des IBM PC, avec des disquettes ». Son expertise ne l’empêche pas d’évoquer ses craintes quant au développement de l’intelligence artificielle et de ses dérives, de même qu’il se montre « très méfiant » sur la notion de « partages sur les réseaux sociaux ».

On lui demande enfin si c’est aussi son attrait pour la technique, celle d’un appareil photo en l’occurrence, qui l’a mené à nourrir sa passion. Il répond qu’en la matière, c’est « la vision » qui l’intéresse et qu’il a travaillée. Amateur de westerns – et en particulier ceux de John Ford – Frédéric Saez souhaite en fait continuer à jouer au « lonesome photographer cowboy » aux quatre coins du monde. Un tatouage maori à moitié visible point sur sa peau, sous le bras de chemise : preuve que chez lui, la planète est une pellicule qu’il n’a pas incrustée que sur le papier.

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