Les Brèves

    Trêve estivale

    Ce numéro de La Tribune HebdO que vous refermez peut-être est le dernier de la saison. On vous a parlé de découvertes, d’eau et de verdure, puisque c’est ce que les mois d’été renvoient, et ce que les Français attendent, dit-on. On vous a aussi assommé avec une bonne grosse louche de politique, qui préfigure déjà de la rentrée et d’une course à l’échalote qui en fait déjà pleurer certains, et rire beaucoup. Allez, en attendant, c’est promis, on oubliera tout : on troquera la chemise cintrée contre le bermuda fleuri ; on partira se dorer la raie ou visiter les merveilles du monde et, au retour, il n’y paraîtra plus.

    À moins qu’un Benalla ne passe par là, que le ciel ne déborde ou que des millions d’euros ne soient dépensés dans le transfert d’une vedette du football, notre quiétude sera totale, pour peu que nous lâchions enfin ce (biiiiip) de portable...

    À moins aussi que, d’ici à la fin du mois d’août, entre quinze et vingt femmes n’aient succombé aux coups de leurs bourreaux. Sur ce dernier point, à vrai dire, on est à peu près sûr de ne pas se planter : depuis le début de l’année, au moins 75 féminicides ont été répertoriés en France. Mais pendant l’été, le bruit des vagues et de la mer continueront à couvrir les coups et les cris de celles qui se font massacrer. C’est bien, la trêve estivale : ça fait oublier le reste, le morbide, le désagréable. Ça fait oublier aussi qu’à Orléans, sous le pont Thinat, un clodo est mort comme un chien, à 40 berges à peine passées.

    En plein été.

    Avec ce genre de nouvelles, c’est comme si nous ne sortions jamais de l’hiver.

    Pensez-y un peu, et revenez-nous en forme. 

    Les Brèves