Les Brèves

    Coup de balai

    Vendredi dernier, nombreux ont été les parents d’élèves ayant obtenu leur bac à féliciter leur progéniture sur les réseaux sociaux. On était très content pour eux, mais on n’oubliera pas de préciser que le taux de réussite aux épreuves du baccalauréat, dépassant aujourd’hui les 80 %, on ne peut pas à proprement parler d’exploit. Mais enfin, étant entendu que la plupart des parents ont l’impression d’avoir accouché d’un Einstein en puissance, cette valorisation de leur rejeton(ne) est la continuation de la règle qui veut qu’on agite de plus en plus sa marmaille comme un trophée. Les réseaux sociaux servent d’écho à un narcissisme qui déborde désormais de notre petit nombril.

    Mais ces réseaux servent aussi, et c’est bien plus grave, à cracher sa haine de l’autre. Vendredi dernier pourtant, l’Assemblée nationale a voté une loi obligeant notamment le retrait des contenus haineux sur Internet en 24 h maximum, sous peine d’amendes qui pourraient atteindre le million d’euros. Sur le papier, on ne peut qu’applaudir, mais voilà : on se demande bien, dans les faits, comment cette mesure pourrait être mise en pratique. Car traquer les contenus et/ou commentaires haineux sur le web, c’est en même temps nettoyer les écuries d’Augias et vider le tonneau des Danaïdes. Hercule lui-même ne s’y risquerait pas, tant ce travail-là est aujourd’hui devenue une chimère totale. Internet – en généralisant – tend à devenir aujourd’hui un outil de communication qui nous dépasse, incontrôlable et immaîtrisable par certains aspects. On ne peut tout simplement pas coller un gendarme derrière chaque internaute pour passer la serpillère quand celui-ci défèque sur la Toile. Comme on ferait entrer un loup dans la bergerie, nous avons invité, consentants, Big Brother dans notre propre maison. Il menace de tout dévorer, mais prend encore bien garde de nous laisser flatter notre ego. C'est sans doute ce qui le sauve...

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