Les Brèves

  • CV

    28/11/1963 : naissance à Antony

    15/08/2005 : crée sa compagnie Conte à 1 000 temps

    24-26/08/2019 : se produira dans le cadre du festival Une autre histoire

Marie-Françoise Évelin : Conte rendu

Avec plusieurs autres compagnies de conteurs, elle sera à l’affiche du festival Une autre histoire, au Parc Pasteur, du 24 au 28 août prochain. Après avoir été psychomotricienne et travaillé en bibliothèque, elle s’épanouit depuis quatorze ans à raconter des histoires d’hier et d’aujourd’hui.

benjamin vasset

À un moment, son regard s’est transformé, sa voix s’est animée. Pour nous prouver que le conte pouvait « mettre en évidence des enjeux d’aujourd’hui », Marie-Françoise Évelin en a interprété un, en mode raccourci. C’était là, devant nous : elle est entrée dans son personnage et on s’est laissé transporter. Le voyage immobile forme la magie du conte : « si quelqu’un somnole ou s’endort pendant un conte, ce n’est pas forcément mauvais signe : cela veut dire que la parole travaille en profondeur… », souligne d’ailleurs la conteuse.

Avec son accordéon, celle-ci se produira le 24 août prochain au Parc Pasteur, dans le cadre du festival Une autre histoire, un événement inédit qui se déploiera dans le petit théâtre et l’écrin de verdure. Pour ne citer qu’eux, la Tourangelle Nathalie Bauchet (en langue des signes) ou le Solognot Jean-Claude Botton (avec sa langue unique) seront aussi de la partie. Tous voudront valoriser l’art du conte pour enfants, pour un peu plus grands, et pour public plus confirmé, aussi… Mais la force du conte est justement de pouvoir s’adresser à tout le monde. « Du temps des frères Grimm, les contes rassemblaient toute la famille autour de la cheminée, relève Marie-Françoise Évelin. Dans nos sociétés modernes, ils semblent davantage adressés aux enfants, sans doute pour leur côté un peu moral. Mais dans les séances destinées aux petits, les adultes ressortent ravis ! »

Un renouveau

On ne se lève pas un jour le matin en se disant qu’on sera conteur : il faut que cela infuse, doucement, sûrement. Plus jeune, Marie-Françoise Évelin se voyait ainsi enfiler l’une des robes de la Justice et être juge pour… enfant. La première partie de sa vie professionnelle la mena certes loin des tribunaux, mais près d’un public en souffrance : elle fut psychomotricienne pendant cinq ans. Un métier qu’elle appréciait, mais auquel elle dit finalement au revoir après avoir touché du doigt ses limites émotionnelles. « Dans ce travail, on est constamment face à des gens qui souffrent, dit-elle sans langue de bois. Pour moi, c’était trop difficile. J’étais fragile, je me sentais démunie. »

« le fait d’être écoutée est un cadeau merveilleux »

Son bâton de pèlerin – au propre comme au figuré, car elle est profondément croyante – la mena ensuite dans les allées des bibliothèques. « J’avais un titre ronflant, mais dans les faits, j’étais sous-bibliothécaire », résume Marie-Françoise Évelin. Ce changement de braquet s’imposa pourtant d’un coup : « ce fut une étincelle », affirme-t-elle. Et c’est par ce nouveau boulot, en animant à intervalles réguliers des « heures du conte », qu’elle découvrit aussi ce que serait sa passion suivante. « J’ai pris goût à l’oralité, explique-t-elle. Et en arrivant à Orléans il y a 17 ans, je me suis lancée... » Elle s’est depuis fait un nom avec sa compagnie Contes à 1 000 temps, même si en vivre reste difficile. « Pendant un moment, le conte était devenu ringard, commente-t-elle. Et puis il y a eu un renouveau au cours du XXe siècle, mené notamment par Bruno de la Salle. » À une époque où les mômes – autant que leurs parents – sont rivés sur leurs écrans, le conte représente une activité apaisante, distanciée, réfléchie : clairement, il existe donc un « espace » pour les conteurs. « Oui, car le message du conte est aussi de dire : « bien sûr, la vie n’est pas toujours facile, mais tu vas t’en sortir ». En fait, le conte ouvre des chemins », étaye Marie-Françoise Évelin. Elle parle aussi d’elle quand elle avance cela, puisqu’elle avoue sans ronds de jambe que si elle s’est tournée vers le conte, c’était aussi pour faire écho à quelque manque intime. « J’ai été introvertie assez longtemps, reconnaît-elle. Et pour moi, le fait d’être écoutée fut un cadeau merveilleux… » Dire, rire, chanter, pleurer : ces émotions engendrées par le conte se lisent sans faux-semblant sur le visage de Marie-Françoise Évelin. Laquelle conclut joliment : « pour moi, les contes sont comme une maison : ils ont des murs communs à tous les continents. Et sous leurs toits, on peut y inviter plein de gens… » Orléanaise ou espagnole, l’auberge est belle.

Les Brèves