Les Brèves

  • Orléans et le cinéma

    Avant ce remake du festival de Cannes version 1939 qui se tiendra à Orléans en novembre, la cité johannique abrita, dans les années 80 et 90, un festival du film japonais qui se tenait tous les deux ans au Carré Saint-Vincent. Une biennale qui avait à l’époque un retentissement certain, puisqu’on trouve toujours dans les archives du Net des articles évoquant son palmarès dans de grands journaux nationaux tels que Libé, Les Inrocks, Télérama, etc. Le festival Cannes 1939 à Orléans aura, espérons-le, un retentissement médiatique aussi important…

CANNES 1939, RETOUR À ORLÉANS

En novembre 2019 dans la cité johannique

La première édition du festival de Cannes en 1939, initiée par l’Orléanais Jean Zay, n’avait pas pu se tenir à l’époque pour cause de Seconde Guerre mondiale. 80 ans plus tard, il aura lieu du 12 au 17 novembre 2019, à Orléans. Benjamin Vasset

La première édition du festival de Cannes s’est déroulée en 1946 mais c’était, à l’époque, un hoquet de l’histoire. Car si l’Europe n’était pas entrée en guerre en août 1939, c’est bien en septembre de cette même année qu’une trentaine de films auraient été présentés sur la Croisette pour la toute première fois. L’instigateur de cet événement n’était autre que l’Orléanais Jean Zay, alors ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts, qui avait pour ambition de contrer la Mostra de Venise, laquelle était devenue un instrument de propagande fasciste aux mains de Mussolini.

« La raison d’être du festival de Cannes 1939 était de devenir la vitrine du monde libre et des films face aux dictatures et à leurs agressions », éclairent les organisateurs du festival Cannes 1939 à Orléans, qui se tiendra finalement dans la cité johannique 80 ans plus tard. Cette démarche est à mettre au crédit du Cercle Jean Zay d’Orléans qui, au moment de l’entrée au Panthéon de l’ancien député du Loiret, avait émis cette idée afin de « souligner le rôle joué dans le domaine du cinéma » par celui qu’on présentait alors comme le « premier ministre de la vie culturelle ».

Le plan était tracé ; encore fallait-il mettre sur pied une structure et une équipe aptes à porter concrètement l’ambition initiale. Un Comité Jean Zay, présidé par l’historien Antoine de Baecque, fut ainsi chargé de piloter un projet qui, après avoir pris du retard à l’allumage, a fini par s’appuyer en septembre 2018 sur François Caspar, devenu directeur général de Cannes 1939 à Orléans. Designer de profession, celui-ci a pris une année sabbatique pour se consacrer quasi-exclusivement à cet événement. Des compétences se sont ajoutées au cours de l’année : le journaliste Anthony Gautier a par exemple rejoint le projet pour s’occuper de la partie presse et médiation culturelle. Les collectivités publiques, et notamment la mairie d’Orléans, ont joué le jeu et abreuvé financièrement le montage de l’événement (100 000 € ont ainsi été apportés par la Ville en 2019). Trois des principaux lieux emblématiques du cinéma participeront aussi à cette grand-messe : le cinéma Pathé Loire, celui des Carmes, mais aussi le Théâtre, qui accueillera notamment la cérémonie d’ouverture de Cannes 1939 à Orléans.

« alex lutz en maître de cérémonie »

Un jury, des prix, mais pas de palme

Concrètement, les organisateurs ont prévu de projeter grosso modo les 30 films qui avaient été sélectionnés il y a 80 ans. Certains titres ne vous diront rien (Si demain c’est la guerre, Magie africaine, Petit Gamin…), d’autres auront certainement une sonorité plus familière à vos oreilles (Le Magicien d’Oz de Victor Fleming, Mr Smith au Sénat de Franck Capra, Pacific Express de Cecil B. DeMille…). Cinq autres films, qui n’entraient pas en compétition lors du festival originel de 1939, seront en outre projetés afin de « contextualiser » l’époque. En novembre prochain, on redécouvrira ainsi avec plaisir des chefs-d’œuvre du cinéma comme La Bête Humaine de Jean Renoir, Alexandre Nevski de Sergueï Eisenstein ou encore Olympia, de Leni Riefenstahl, le monument de propagande du régime nazi tourné aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936.

Comme au festival de Cannes « traditionnel », un jury remettra des récompenses. Pas de Palme d’or, mais un Grand Prix Jean Zay, des prix d’interprétation féminine et masculine, un Prix du public ou encore un prix remis par 15 lycéens de la région, Cannes 1939 à Orléans s’étant donné pour objectif de faire participer activement au projet les jeunes générations. Le célèbre cinéaste israëlien Amos Gitai présidera le jury, dont feront partie, en compagnie d’autres figures du cinéma contemporain, Hélène Mouchard-Zay et Catherine Martin-Zay. Évidemment, les lauréats auront bien du mal à venir récupérer leur dû à l’issue du verdict… « Les trophées seront remis à des personnalités diplomatiques », répond François Caspar.

Des stars à Orléans ?

« Cannes 1939 à Orléans aura son tapis rouge, sa montée des marches, sa cérémonie d’ouverture, son palmarès, ses critiques et ses vedettes », avance le maire d’Orléans, Olivier Carré. Sur ce dernier point, les organisateurs se mettent actuellement en quatre pour faire venir de gros poissons. Alex Lutz est déjà partant certain pour être le maître de cérémonie. « Nous avons écrit à Scorsese, ajoutait la semaine dernière François Caspar. On essaye vraiment d’amener du lourd, on contacte des réalisateurs et des acteurs américains qui s’engagent, suivez mon regard… » Début mai, les organisateurs du festival se sont rendus à… Cannes, lors du Festival, pour promouvoir leur projet et développer leur réseau. Thierry Frémaux, le directeur du Festival de Cannes, suivrait d’un œil bienveillant l’initiative orléanaise, mais ne sera pas présent à Orléans en novembre prochain. « Il sait qu’on existe, explique Anthony Gautier. Mais il n’y a pas de recherche de synergie de la part du Festival de Cannes. » Pour attirer des têtes de gondole, les organisateurs tablent en fait sur quelques dizaines de milliers d’euros supplémentaires et ont lancé depuis quelques jours une offensive médiatique qui, espèrent-ils, portera ses fruits auprès des investisseurs locaux (voir ci-contre).

Pour défendre leur projet, ils pourront vendre une semaine tout à fait particulière, durant laquelle le visionnage des films ne sera que la partie émergée d’un iceberg beaucoup plus imposant, puisqu’un forum pédagogique, un colloque international et une exposition itinérante viendront étoffer l’événement. Un bal 1939 et un rassemblement de voitures anciennes sont également prévus pour donner du cachet à ces six jours de fête. Un voyage mémoriel à New York, sur les traces de Jean Zay (celui-ci était en effet parti promouvoir le festival de Cannes aux États-Unis en juin 1939) se fera également en septembre, en compagnie de ses deux filles, et donnera lieu à l’écriture d’un livre. Un financement particpatif est d'ailleurs ouvert sur Kisskissbankbank.

Ce projet global pourrait, à l’avenir, trouver un prolongement dans la vie culturelle locale. « Ce festival Cannes 1939 à Orléans est nécessairement un one-shot, mais il est possible d’imaginer une continuité, parce qu’en fin de compte, nous créons une marque… », prévient François Caspar. La bande-annonce promet. On attend désormais les premières notes du générique. 

Les Brèves