Les Brèves

  • Une bombe à FRAGMENTATION

    Après Serge Grouard, Nathalie Kerrien démissionne donc de son poste d’adjointe qu’elle occupait depuis 2014. C’est un nouveau coup sur la tête du maire d’Orléans, à la tête d’une majorité désormais incontrôlable et plus que divisée. Olivier Carré va devoir déployer des trésors d’imagination pour rameuter son monde, et/ou prendre des décisions fortes. Les prochaines semaines vont valoir leur pesant de nougat à Orléans… 

« Je démissionne, il n’y a plus d’équipe »

Nathalie Kerrien, Adjointe à la Culture à la Ville d’Orléans

Élue en 2014 dans la liste menée par Serge Grouard, Nathalie Kerrien, adjointe orléanaise à la Culture, était peu visible ces dernières semaines. Elle mûrissait en fait sa décision de quitter son poste, née de plusieurs différends avec Olivier Carré. Et le récent article du Canard Enchaîné n’a, dit-elle, fait qu’aggraver la cassure…

benjamin vasset

Nathalie Kerrien, pourquoi démissionnez-vous de votre poste d’adjointe à la Culture ?

J’ai beaucoup réfléchi. Après l’article du Canard Enchaîné, Olivier Carré a dit que la taupe était à l’intérieur de son équipe. Je ne supporte plus cette ambiance parce que l’on se retrouve tous plus ou moins accusé. Je le vis très mal. Je n’avais pas voulu réagir sous le coup de l’émotion, mais là, c’est trop. Je suis très affectée. Il n’y a plus d’équipe, on ne peut plus travailler dans ces conditions.

Vous a-t-on accusé nommément d’être cette « taupe » ?

Non, jamais directement. Mais il a été dit et répété – certes pas devant moi – que j’étais manipulée, soit par Serge Grouard, soit par Jean-Pierre Sueur. Je suis ulcérée par ces réflexions, en tant que femme tout d’abord. Mais il arrive un moment où je ne peux plus entendre ça.

Quand avez-vous annoncé votre décision à Olivier Carré ?

Ce mardi soir, par téléphone. Cependant, je précise que si je démissionne de mon poste d’adjointe, je reste conseillère municipale, car je veux terminer mes six ans de mandat. Par contre, je m’écarte du pouvoir et des commandes de décision. Mais je continuerai à être présente auprès des artistes, parce que je reste passionnée par la Culture.

Mais cette décision vient de plus loin, non ?

Plusieurs fois, j’ai parlé à Olivier Carré et à son directeur de cabinet, Philippe Fromenteaud. Je leur ai mis des alertes, en leur disant que j’avais parfois l’impression de ne servir à rien comme adjointe à la Culture, que les décisions se prenaient sans moi.

« le premier couac, c’est la cité musicale »

À quoi faites-vous allusion ?

À des montants de subvention choisis sans mon accord, à propos notamment d’un gros projet culturel et d’une manifestation sur lesquels je ne peux pas m’exprimer davantage. Je pense aussi au choix de l’emplacement de la Cité musicale, à la tête nord du pont de l’Europe. C’est ma directrice de service qui me l’a appris. Cependant, une fois que ça a été décidé, j’ai soutenu cette décision. Mais les méthodes n’ont pas été correctes.

Depuis quand datent les premières divergences ?

Le premier couac, c’est la Cité musicale. Même si je trouve encore une fois que c’est une bonne idée sur le papier, le cheminement et la méthode ne m’ont pas plu. Et je n’étais pas la seule : Philippe Barbier, qui est conseiller municipal délégué à la musique et s’occupe donc du Conservatoire, m’a demandé si j’étais au courant. Je lui ai dit que non... Après si Olivier Carré a envie de bosser comme ça, ok, c’est lui le patron. En outre, les six premiers mois de 2017, lorsqu’on disait que je pouvais partir à la députation, n’ont pas non plus été très simples à gérer...

Pourquoi, alors, choisir cette semaine pour vous en aller ?

Comme je vous l’ai dit, j’avais déjà fait part de certaines de mes réflexions à Olivier Carré et Philippe Fromenteaud. Alors c’est vrai, peut-être que j’aurais dû partir avant, parce que les dysfonctionnements que je mentionne n’ont rien à voir avec l’article du Canard Enchaîné.

Cependant, cet article a eu un impact…

Le mélange des genres entre la vie personnelle et la vie professionnelle est compliquée. Personnellement, vous savez que, avant d’être élue, j’étais journaliste et que je faisais le même métier que mon mari. Il y a 30 ans, j’ai été embauchée sur Radio France Tours. Le directeur de cette radio s’appelait Hervé Kerrien. Nous nous sommes connus sur notre lieu de travail. Mais très vite, à partir du moment où notre relation a été officialisée, mon compagnon m’a dit : « il faut cesser cette situation ». C’est pour ça que je suis partie à Paris pour être journaliste télé. Avoir des liens de hiérarchie professionnelle quand une relation personnelle s’instaure, ce n’est pas vivable. Et c’est encore plus important dans le service public.

Et le reste de cette affaire, qu’en pensez-vous, sur le fond ?

Je n’ai pas envie d’entrer dans d’autres fâcheries. Chacun prend ses responsabilités, et surtout chacun mesure ce que représentent les sommes mentionnées récemment, en fonction du monde dans lequel il vit. Personnellement, j’ai toujours eu la chance d’évoluer correctement dans ma vie, mais je n’ai jamais connu le luxe. Vous savez, j’ai passé le week-end dernier à Jazz à l’Évêché et à Saint-Marceau. Les gens ne m’ont parlé que de ça. Ces choses-là ressortent et choquent. Je le comprends, et je préfère donc m’effacer. Je ne veux pas être mise dans le même sac.

« ces dysfonctionnements datent d'avant l'article du canard »

Quel est désormais votre avenir politique ?

Sincèrement, je ne sais pas. Il faut d’abord que je me repose et que je laisse passer l’été. Je suis conseillère départementale jusqu’en 2021. Pour Orléans, c’est vrai qu’on me sollicite, et qu’un certain nombre de choses peuvent être intéressantes. Mais je n’ai pas pris de décision. Je suis également proche des Progressistes Bretons de Jean-Yves Le Drian. J’ai un réseau en Bretagne, je m’interroge. Mais j’ai d’abord besoin d’un break.

Un ticket Kerrien / Grouard est-il quand même envisageable pour 2020 ?

Ça n’a jamais été évoqué. Moi, j’ai plutôt entendu parler d’un ticket Grouard / Sauvegrain. Mais ce sont peut-être des bruits de ch… Avec Serge Grouard, j’ai une amitié indéfectible, qui dépasse la politique. J’ai assez peu apprécié qu’on dise qu’il avait mené un complot contre Olivier Carré. Parce que tous ceux qui disent ça sont là grâce à Serge Grouard. Et puis, en plus, ce n’est vraiment pas le genre de Serge...

Quel est aujourd’hui votre rapport, qu’on dit distant, avec les marcheurs du Loiret ?

Je suis adhérente à LaREM, et je n’ai pas envie d’en partir. La section locale avait décidé de soutenir la candidature d’Olivier Carré. Or moi, j’avais dit à Olivier que je ne voulais pas repartir avec lui. Je ne suis fâchée avec personne, mais c’est vrai que je me suis mis en retrait vis-à-vis des marcheurs locaux.

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