Les Brèves

  • CV

    16 août 1982 : Naissance à Tarbes

    2011 : Concours de conservateur du patrimoine

    Décembre 2015 : Arrivée à Orléans comme directrice des musées  

Olivia Voisin : Le temps des musées

Depuis fin 2015, Olivia Voisin dirige les musées d'Orléans et est également conservatrice des collections du musée des Beaux-Arts à partir de 1750. Une vie entre réorganisation des structures, travail sur les collections et présentation au public.

gaëla messerli

Il y a le temps des hommes et celui des musées. Olivia Voisin l'a bien compris, et s'accommode plus que volontiers de ce rôle de transmission et de conservation. Originaire de Pau, cette spécialiste de la période romantique, qui a travaillé pendant quatre ans à la Comédie Française avant l'obtention du concours de conservateur des musées, semble habitée par le musée des Beaux-Arts orléanais et ses collections. « Je connaissais déjà le musée avant d’arriver, dit-elle. J'étais en poste à Amiens lorsque l'offre est passée pour la première fois et j'ai tenté de convaincre des amis de postuler. Puis l'offre est repassée et j'ai finalement décidé de candidater. Il fallait créer un organigramme en mutualisant les compétences entre les différents musées, mais aussi reconnecter la population avec les collections par un accueil physique et en les rendant compréhensibles. »

« si plus de gens parlaient aux œuvres, le monde s’en porterait mieux... »

Un vrai challenge pour cette fille d'enseignants, qui ne passait pas tous ses dimanches au musée, mais qui a eu un coup de foudre pour l'Histoire de l'art lors d’une exposition consacrée à Miró. « Au départ, je ne pensais pas travailler dans les musées, je voulais être juge, raconte-t-elle. J'aimais l'idée de service public. Mais juge, il y avait un côté « administratif ». Je me suis donc inscrite en option Histoire de l'art en Première, au lycée. » Une révélation. « Mon père m'a parlé du métier de conservateur. Je croyais que c’était un métier poussiéreux mais en cherchant, j'ai compris rapidement les enjeux liés aux publics, la recherche des oubliés... » De quoi toucher quelque chose qui dépasse les murs du musée, pour celle qui cite volontiers Churchill : « Mais alors pourquoi nous battons-nous ? Le patrimoine donne du sens à nos vies... »

Depuis l'arrivée d'Olivia Voisin, le musée des Beaux-Arts a ainsi connu quelques changements. À commencer par la sortie de nombreuses œuvres des réserves. « 30 % d'œuvres en plus sont exposées, indique la conservatrice. Le visiteur qui vient dans les musées veut voir des œuvres. Des cartels sont disposés au sol les présentant. Ce nouveau parcours est également chronologique. Il n'y a pas besoin d'avoir fait Histoire de l'art pour aller au musée ! »

Peaux neuves

Les murs sont également peints dans la couleur où étaient présentées les œuvres à leur époque. Une petite révolution, car le musée des Beaux-Arts n'avait pas été rénové depuis 1984 ! Une ère de changement loin d'être terminée, car les sculptures récemment sorties des réserves doivent en partie rejoindre le hall d'ici 2021 « avec un espace restauration ». « Nous allons récupérer l'espace consacré à l'Office de Tourisme. Pour l'heure, les études architecturales sont en cours. Le musée devra être fermé un temps, donc nous en profiterons pour rénover la salle du XXe siècle. »

Pas de quoi chômer, donc, pour la directrice des musées, qui a également à l'esprit la réouverture du Musée de la Biodiversité d'Orléans pour juin 2020. Olivia Voisin n'en oublie pas pour autant sa double casquette de conservatrice, et aime mettre en valeur les « oubliés », comme le peintre Alexandre Antigna. Passionnée, la directrice des musées l'est également lorsqu'elle évoque les découvertes faites grâce à la restauration des œuvres. Difficile, par contre, pour celle qui s'est vu confier l'an dernier une mission par la ministre de la Culture Françoise Nyssen, de choisir son œuvre préférée parmi celles du musée : « j’en ai plusieurs. Il y a la toile de Gleizes de 1863 représentant Jeanne d’Arc, La mort de Thomas Beckett de Mouchy... Et bien sûr le Portrait de Thomas Aignan Desfriches (NDLR : le fondateur du musée) par Jean-Baptiste Perronneau, que le musée cherchait à obtenir depuis plusieurs siècles. » En rencontrant Olivia Voisin, on prend le temps de connaître l’histoire qui se cache derrière les œuvres. « J’aimerais que, lorsque l’on ressort du musée, on soit touché, enrichi, relève-t-elle. Aller dans un musée, c’est un dialogue entre les visiteurs et les œuvres. Je pense que si plus de gens parlaient aux œuvres, le monde se porterait mieux… » Ce dialogue se poursuivra d’ailleurs dès vendredi, puisque le MBA invite des danseurs de hip-hop répétant leurs figures devant l’établissement depuis de nombreuses années à venir se produire dans le musée. Quant à l’œuvre de Gauguin qui a échappé récemment à Orléans, Olivia Voisin en est persuadée, un jour, elle sera au musée… Le temps des musées n’est, en effet, pas toujours celui des Hommes.

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