Les Brèves

  • CV

    18/03/1966 : naissance à Paris

    1991 : arrivée à Orléans

    2019 : publie Un Homme à l’étroit

Franck Bellucci : Proche des lettres

Prof de lettres et de culture générale à Polytech Orléans, il sort ce mois-ci Un Homme à l’étroit, un deuxième roman dans lequel il décrit avec délicatesse la transformation d’un « médiocre ».

benjamin vasset

Ne dites pas à Franck Bellucci qu’il a plusieurs casquettes. « J’ai une casquette, mais trois visières différentes », préfère préciser cet homme à la fois auteur, comédien, metteur en scène et… prof de culture générale à Polytech Orléans. « Faire cours, c’est jouer la comédie », résume-t-il d’ailleurs. La semaine dernière, il a sorti chez Corsaire Éditions un roman appétissant, intitulé Un Homme à l’étroit. L’histoire – tiens, tiens… – d’un prof de lettres en collège qui mène une vie plutôt morne, laquelle va basculer grâce à une rencontre avec une… caissière de supermarché. « Je crois à l’importance des rencontres auxquelles on ne s’attend pas », raconte Franck Bellucci, qui qualifie lui-même son personnage principal d’anti-héros. Dans ce qui était au départ une nouvelle, il y avait une envie, aussi : battre en brèche la « tyrannie du bonheur », cette « obligation qu’on a aujourd’hui à être heureux ». Une question de plus en plus d’actualité, à une époque où les réseaux sociaux renvoient des autres et de nous-mêmes les images d’existences joyeuses et/ou parfaites. Ce roman, qui est son second, a été, dit-il, « marqué par Foenkinos. Il a un style assez léger, mais plus grave qu’il n’y paraît. Je sens une espèce de parenté avec lui, je suis un peu de cette tendance. »

« Les cons ont réponse à tout… »

Mais Franck Bellucci est surtout un auteur complet. S’il privilégie avec ce dernier livre la forme du roman, le théâtre lui sied aussi fort bien. « Un jour, un ami m’a dit que ce que je réussissais le mieux, c’étaient les dialogues », raconte-t-il. Sa première pièce, L’Invité (2008) fut d’ailleurs publiée en défiant toutes les règles du genre. « Je l’avais envoyée à une maison d’édition, par mail, en pièce jointe, chose qu’il ne faut jamais faire… » Il faut croire que le fond fut plus important que la forme, puisqu’en sus, Franck Bellucci écrivit deux autres pièces de théâtre, un roman, un recueil de nouvelles et un récit autobiographique. Une production éclectique, qu’il a alimentée petit à petit, après avoir découvert le plaisir de la littérature assez tard dans la vie, finalement : « je ne suis pas un jeune lecteur, j’ai dû vraiment m’y mettre à 18-20 ans, indique-t-il. J’écrivais même plutôt avant de lire : à 16 ans, j’ai d’ailleurs concocté une histoire de jumeaux. Ce qui est drôle, c’est que dix ans plus tard, j’en avais… »

« je n’aime pas la lumière »

À l’époque, une prof (de lettres) déclencha définitivement, en seconde, sa vocation. « Elle m’avait fascinée et éblouie, raconte Franck Bellucci. Probablement que j’étais un peu amoureux d’elle… Et que si elle avait été prof de Physiques, j’aurais peut-être fait des sciences… » Ce furent finalement des études de lettres qui s’enchaînèrent après le bac, bouclées par l’obtention du CAPES. Et une arrivée au collège d’Ingré en provenance de Paris, au début des années 90, avant de passer une quinzaine d’année au lycée Maurice-Genevoix. « L’enseignement, il faut vraiment faire ça avec passion, sinon ça ne tient pas », dit-il.

Depuis huit ans, il a quitté le secondaire pour l’enseignement supérieur, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’adresse aux scientifiques et futurs ingénieurs de Polytech Orléans. Pas simple ? « C’est un challenge, parce qu’on ne s’adresse pas forcément à un public acquis. Mais l’idée, dans mes cours de culture générale, c’est de faire comprendre à mes élèves qu’ils vont travailler pour des êtres humains et pour la société en général. Un ingénieur n’est pas un technicien. En gros, je fais en sorte qu’ils se posent des questions comme des personnes intelligentes, au contraire des cons, qui ont réponse à tout... » Se remettre en question, lui-même l’a donc expérimenté en se dévêtant de son costume de prof de lycée. « Je n’avais pas envie de devenir un prof aigri, comme j’en ai beaucoup côtoyé, dit-il. J’avais envie de partir en étant encore heureux… »

Il a aujourd’hui tout l’air de l’être, même s’il dit manquer de temps pour surseoir à toutes ses activités. « J’aimerais que les journées durent 72 h », soupire-t-il. Aussi fondateur de la Compagnie de l’Encre, il se définit comme un « boulimique » de travail ayant « horreur des mondanités ». « Je n’aime pas la lumière », explique-t-il. Pour s’en protéger, trois visières ne sont pas de trop. 

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