Les Brèves

    James Da Silva : Explosif

    Cette figure bien connue de la nuit orléanaise a repris le 8 mai dernier L’Inexplosible, ce bateau réputé inexploitable sur les quais de Loire. Un défi qui ne fait pas peur à ce garçon qui se définit, ô surprise, comme un « grand timide »… benjamin vasset


    Avec lui, la glace se brise très vite. En fait, c’est comme si elle n’avait jamais existé. Chez James Da Silva, le tutoiement est une seconde peau. C’est peu dire que l'homme a une science aiguë du contact, étayée par un passé fourni dans le monde de la nuit orléanaise. Du Kaprice à L’Annexe en passant par La Maison Blanche, il s’est souvent senti chez lui quand les chats devenaient gris. « Je pourrais écrire un livre sur les histoires orléanaises, dit-il, malicieux. Mais les gens me font confiance. Alors chut… » Pour ainsi dire, il n’était pas tout à fait surprenant que la Ville d’Orléans l’ait choisi pour la gestion de L’Inexplosible, ce bateau réputé… ingérable, qui a coulé de nombreuses volontés mais a continué d’attirer les convoitises. Depuis le 8 mai dernier, James Da Silva en est le maître à bord : sa troisième expérience après un passage en 2013 en tant qu’employé, puis une seconde en tant que gérant, en 2015. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il connaît la boutique, dont il veut faire un lieu de rencontre et de fête, du jeudi au samedi. « Et ça démarre très bien », se réjouit-il, lui qui propose désormais un concept de bar-apéro aux débuts de soirée plutôt jazzy, qu’un DJ vient animer sur les coups de 22 h. On lui reproche d’en faire un endroit huppé, seulement accessible à l’entre-soi orléanais ? « Le verre de pinard est à 5 €, les cocktails à 8-9 € et la coupe de champagne à 10 €, oppose-t-il. La plupart de mes amis ne sont pas des milliardaires et n’ont pas d’argent. Après, c’est sûr que si tu viens en jogging et en baskets, c’est clair que tu ne rentres pas chez moi… »

    « Ce bateau, c’est mon bébé »

    En outre, James Da Silva regorge d’idées pour animer l’endroit : il peut le privatiser pour des événements particuliers, mais veut aussi l’ouvrir pour des moments moins clinquants : ce samedi, un vide-dressing s’y tiendra d’ailleurs de 11 h à 18 h. Du reste, l’homme ne croit pas à une quelconque « malédiction » attenant à la gestion de ce navire, promettant d’ailleurs une recette simple pour le faire fonctionner : y être lui-même très présent. « Quand toi, le gérant, tu n’es pas dessus, ça peut être la fête du slip », assure-t-il, dans une tournure qui lui ressemble. Nul doute que ce défi lui plaît, d’autant qu’il a « bataillé » pour obtenir sa concession. « Ce bateau, c’est mon bébé, s’enthousiasme-t-il. Dessus, c’est comme si tu étais en vacances toute l’année… »

    « je suis un loup orléanais »

    Pourtant, il ne va pas y chômer. Ayant fêté ses 50 barreaux l’an dernier, James Da Silva a toujours aimé jongler entre plusieurs activités. « J’ai un parcours varié, entre la décoration, le commerce et le monde de la nuit », explique-t-il. L’après-midi en semaine, on le retrouve en général dans son magasin de déstockage de déco et de vêtements de luxe situé entre la rue d’Illiers et celle du Faubourg Saint-Jean. Et le soir, il est dorénavant capitaine à quai. Pas de quoi l’éreinter ? « Non, répond-il, parce que le matin, je ne fais rien, et que je prends mon dimanche et mon lundi, comme tout le monde… » Il certifie par ailleurs ne pas boire une goutte d’alcool – ou au pire qu’une coupette – lorsque la nuit s’installe. Sans doute la meilleure façon de durer, lui qui a commencé à 14 ans comme pré-apprenti coiffeur, à peine sept années après être arrivé à Orléans en provenance du Portugal, où il est né. Pas vraiment dans la soie, puisque son père était maçon, et sa mère au foyer.

    Au fil des ans, il a pourtant appris à faire son trou à Orléans, tissant son réseau comme une toile d’araignée. « Tout est question de relationnel », confirme-t-il. Son carnet d’adresses est aujourd’hui plus long qu’un gogo gadget aux bras, même si forcément, une telle pérennité dans le milieu orléanais lui vaut des amitiés de longue date, mais aussi quelques inimitiés. « Il y a beaucoup de gens grognons », balaye-t-il, alors que son téléphone sonne pour la cinquième fois en une demi-heure. Ses affaires reprennent ; elles ne sont pas près de s’arrêter. 

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    • CV

      28/01/1968 : naissance à Amarante (Portugal)

      1975 : arrivée à Orléans

      2019 : reprend la gestion de L’Inexplosible