Les Brèves

    « La plus délicate des missions »

    Protection de l’enfance dans le Loiret

    Le nombre de mineurs confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance a fortement augmenté dans le Loiret, passant de 1 268 enfants en 2016 à 1 772 en 2018. Un point sur la situation « des enfants placés » avec Alexandrine Leclerc, vice-présidente du Département en charge de l’enfance. gaëla messerli


    Le nombre de mineurs pris en charge dans le Loiret a fortement augmenté. Comment l’expliquez-vous ?

    Ce phénomène n’est pas nouveau et remonte à 2014. Il est notamment lié à l’impact des mineurs non accompagnés (NDLR : ex-mineurs isolés étrangers) : on a assisté à une augmentation des enfants et jeunes adolescents pris en charge par le Département. Ils sont accueillis jusqu’à 18 ans, au titre de la Protection de l’enfance. En 2015, il y en avait 90. Aujourd’hui, c’est plus de 400 !

    On voit aussi, depuis une dizaine d’années, plus de complexité psycho-sociale et familiale. C’est un problème de société. Il y a une perte de repères, de la représentation de l’autorité et de la loi. On assiste à une demande accrue des services sociaux et de la Justice. Il y a une prise en charge, parfois dans les familles avec un accompagnement, mais lorsque l’on arrive à bout des dispositifs, on choisit de placer l’enfant soit en famille d’accueil, soit en maison d’accueil à caractère social. Il y a aussi le souci de conserver les fratries, mais c’est aussi en fonction des places disponibles. C’est un travail individualisé. Et en tant qu’élue, c’est la mission de politique publique la plus délicate.

    Le nombre de bénéficiaires du Dispositif d’Accompagnement du Placement à Domicile (DAPAD) a bien augmenté ces dernières années, c’est une tendance nouvelle. Quel est le retour d’expérience jusqu’à présent ?

    On regarde toujours la situation individuelle : soit on extrait le tout-petit de sa famille, soit on l’accompagne. On a fait le choix d’accompagner la parentalité et de transférer des places d’éducateurs de maisons à caractère social dans ce type de placement à domicile. Les éducateurs vont dans les familles au moins trois fois par semaine pour les accompagner. C’est la deuxième année de cette expérimentation. Nous faisons un point d’étape tous les six mois. Pour l’heure, les retours que nous avons du juge pour enfants du Tribunal d’Instance d’Orléans sont bons. Après, il y a des situations où le placement à domicile reste impossible, cela dépend de la gravité de la situation

    La proposition de loi sur l’accompagnement des jeunes majeurs vulnérables a été votée à l’Assemblée le 7 mai. Quelle est la position du Département, qui ne prend plus en charge l’accompagnement des jeunes majeurs* ?

    J’attends le décret pour être au clair par rapport à cela. Cela peut prendre plusieurs mois. Cela impactera forcément financièrement le Département. Les contrats jeunes majeurs pour les 18-21 ans n’existent plus aujourd’hui, mais on a créé l’Ajil (Allocation jeunes insertion), qui permet aux jeunes engagés dans une formation de ne pas l’interrompre. Il y a le mot insertion, donc cela ne concerne pas ceux qui sont déscolarisés. Après, il y a la Mission locale et la Garantie Jeunes. Ce ne sont pas non plus des sorties « sèches » ! Dans le cadre du Plan de lutte contre la pauvreté, on travaille dès leurs 17 ans sur la sortie du jeune et son projet.

    « nous voulons que les jeunes s'en sortent »

    Lors d’une audience au Tribunal correctionnel d’Orléans en mai dernier, il a été plaidé par une avocate le fait que le Département n’avait pas accompagné avant sa majorité un ex-mineur pour faire sa demande de naturalisation française…

    On est toujours perfectible. C’est possible que cela arrive. On a augmenté les moyens dévolus aux jeunes mais aussi au service, en passant de 5 à 11 millions d’euros. Cependant, les éducateurs ont le sentiment d’être débordés. En tout cas, notre but est que les jeunes s’en sortent. On met de l’argent sur la table, il y a des secteurs où il y a un manque de main-d’œuvre.

    * Transfert à l’État au titre de la politique migratoire

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