Les Brèves

    Nathalie Fourrage : Le bonheur est dans le pré

    Des chèvres en bord de Loire à Orléans, des moutons à Olivet… C’est elle, Nathalie Fourrage, qui a monté l’association d’éco-pâturage La Moutonte, en 2015, laquelle gère aujourd’hui un troupeau de 300 animaux. gaëla messerli 


    L’habit ne fait pas le moine, et encore moins la bergère : campée dans ses bottes, avec un chien de berger à ses pieds, difficile d’imaginer Nathalie Fourrage en cadre de PME. Pourtant, c’était encore la vie de cette mère de quatre enfants il y a quelques années. « J’ai un bac + 5 de l’école supérieure de commerce de Tours et j’ai travaillé pour IBM, puis comme responsable des assistants commerciaux dans une PME à Semoy, raconte-t-elle. Mais cela ne me convenait pas. »

    À l’époque, il était encore possible de passer le concours de professeur des écoles en candidat libre, et la Pryvataine se lança ainsi dans l’aventure. « La rentrée suivante, sans formation, j’avais une classe ! Et par chance, dans l’école de mes enfants… », confie-t-elle. Une année difficile mais intéressante, à laquelle succéda une nouvelle embûche, car elle fut ensuite nommée en maternelle dans une école… en travaux. « Je ne voulais pas de maternelles, l’ambiance n’était pas bonne et l’environnement n’était pas adapté », explique-t-elle. Elle n’aima pas non plus y effectuer des remises de bulletins. « Alors qu’en maternelle, normalement, on doit déjà apprendre à aimer l’école, non ? Bref, je ne me sentais pas à ma place dans l’Éducation nationale… »

    Ainsi, Nathalie Fourrage préféra de nouveau changer de voie et se dirigea vers les fermes pédagogiques pour valoriser son envie de transmission et travailler en extérieur. Un secteur où il n’y avait, pourtant, pas vraiment d’emploi dans le Loiret. Mais une proposition de Christian Bicharel – une connaissance qui possédait la ferme pédagogique du Clos des Canes, à Mézières-lez-Cléry – allait tout changer. « Il m’a demandé si cela m’intéresserait de développer l’éco-pâturage, car il n’avait pas le temps de gérer cette activité en plus de la ferme, raconte l’intéressée. Il m’a proposé de m’aider à me lancer. J’ai pu répondre à un appel d’offre à Saint-Denis-de-L’Hôtel, et cela a marché ! » Nathalie Fourrage mit également 15 000 € sur la table pour lancer la Moutonte. Elle explique avoir opté pour un statut d’association par « la volonté de transmettre. » Des valeurs qui fédèrent aujourd’hui une quarantaine de bénévoles prêts à donner un coup de main, dont la MFR de Chaingy.

    Du fromage d’Orléans en projet ?

    Aujourd’hui, entreprises et collectivités confondues, c’est une trentaine de sites dans le Loiret qui sont gérés en éco-pâturage. « Au départ, les responsables viennent vers nous pour l’aspect écologique et économique, mais 90 % restent pour des raisons sociales, indique la créatrice de La Moutonte. Les animaux créent du lien entre les gens qui ne se parleraient pas entre eux et leur présence fait diminuer le stress en entreprise. » D’ailleurs, Nathalie Fourrage a pu expérimenter quelques sessions de management d’équipe… avec les animaux. « Tout le monde est au même niveau, et certaines personnes se révèlent en étant dehors aussi. Pour faire avancer un troupeau, il ne faut pas crier ni parler trop bas : c’est une question d’équilibre. »

    « pour faire avancer un troupeau, tout est question d’équilibre… »

    De son côté justement, pour ce qui est de la gestion des animaux au quotidien, cette ancienne maîtresse d’école a appris sur le tas avec Christian Bicharel, mais aussi dans les livres. Une expérience forgée également grâce à une fine observation de la nature et une proximité avec ses bêtes, car 80 % des soins sont assurés par celle qui est devenue éleveuse au fil du temps. Pour les vêlages, les brebis et chèvres « se débrouillent toutes seules. On n’intervient que lorsque cela se passe mal. »

    La patronne de la Moutonte a déjà réussi le pari de créer deux emplois avec l’association, et les projets ne manquent pas. En effet, Nathalie Fourrage aimerait créer également une installation laitière afin de confectionner du fromage d’Orléans. « Cependant, un laboratoire, c’est un budget, et il faudrait créer un poste en plus ! », prévient-elle. Mais qu’on se le dise : la Moutonte risque encore de faire parler d’elle… 

    Les Brèves

    • CV

      28/01/1976 : naissance à Orléans

      Février 2015 : création de l’association la Moutonte

      Mars 2016 : création du premier emploi à la Moutonte