Péril

« Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ». Cette phrase symbolique, prononcée par Jacques Chirac en 2002 et maintes fois entendue depuis, est plus que jamais d’actualité. En début de semaine, on a appris, dans un rapport de l’ONU, qu’un million d’espèces animales et végétales pourraient disparaître durant les prochaines décennies. Le vison d’Europe, la grenouille des champs, l’ange de mer commun… Toutes ces bêtes à poils ou à branchies sont plus que menacées par la main de l’Homme, qui s’est substitué à la Nature en se transformant en génocidaire tout-puissant, en Pol Pot du quotidien.

C’est nous qui faisons donc brûler notre maison, et c’est un incendie sans flammes, mais pas complètement sans fumée, qui se propage. Son drame est qu’il est invisible : il n’y a pas d’image choc, ou si peu, pour montrer ce grand ravage.

Le mot d’ordre des défenseurs de la cause environnementale, c’est désormais de ne pas « culpabiliser ». Mais l’urgence est telle que prendre des pincettes là où il faudrait des bazookas est une hérésie : croire un enfant qui dit qu’il n’a pas mis les mains dans la confiture alors que le pot est vide, c’est lui mentir à lui, et surtout à soi-même. Nous sommes tous responsables : vous, moi, le voisin de palier et l’industriel du Caucase, le grand patron et le Gilet jaune : à quelques exceptions près, qui d'entre nous pourrait clamer son innocence si la bécassine des marais nous intentait un procès pour non-assistance à espèce en danger ?

Un documentaire diffusé ce mardi sur Arte montre comment l’industrialisation a fait basculer l’histoire du monde et de l’humanité. Il explique simplement comment L’Homme a mangé la Terre. Notre maison brûle, et c’est à nous de jouer les pompiers pour stopper ce carnage. Vite, il n’y a bientôt plus d’eau.