Les Brèves

  • À SAVOIR / FÊTES JOHANNIQUES

    Tradition

    Les Présidents, invités la première année ?

    Depuis François Mitterrand a germé dans l'esprit des Orléanais que le président de la République devait venir pendant sa première année de mandat, alors que l'usage est seulement au cours de la mandature. Une fausse tradition née à l'époque de Jacques Douffiagues, qui avait souhaité inviter François Mitterrand la première année. Depuis Nicolas Sarkozy, qui s'était fait représenter par Rachida Dati, l'exercice semble se perdre.

    Invités d’honneur

    Jusqu'à cinq invitations lancées

    Si l'invité des fêtes johanniques est traditionnellement la chasse gardée du maire, il y a quelques raisons pragmatiques à cela. En effet, la première personne sollicitée ne répond pas toujours favorablement à la demande. Et Le premier magistrat d'Orléans doit parfois trouver plusieurs candidats… « Il faut parfois jusqu'à cinq sollicitations avant de recevoir une réponse positive », assure ainsi Jean-Pierre Sueur, ancien maire d’Orléans.

    Fêtes 2019

    Une nouvelle armure pour Jeanne !

    La campagne de financement participatif menée par l'association Orléans Jeanne d'Arc pour financer une nouvelle armure pour Jeanne et des costumes pour son escorte a fait carton plein. En effet, d'un côté l'association H2O, qui édite le jeu Jeanne d'Arc, la bataille d'Orléans a dépassé ses objectifs de financement et s'était engagée à reverser ses bénéfices pour financer l'armure de la Pucelle. De l'autre côté, l'association Orléans Jeanne d'Arc a dépassé le premier palier de 4 000 € pour financer l'armure de deux hérauts. Et la campagne n'est pas terminée ! « L'argent supplémentaire permettra d'aider au financement du spectacle de l''an prochain », affirme Bénédicte Baranger. Beaucoup d'anciennes « Jeanne » et leur famille ont participé, ainsi que des donateurs de toute la France, et pas uniquement des Orléanais. 

Dans les coulisses des fêtes johanniques

Histoire et témoignages

Attitudes rocambolesques de l'invité d'honneur, couacs dans le protocole, anecdotes diverses... Ceux qui participent depuis de nombreuses années aux fêtes johanniques ont bien voulu livrer leurs souvenirs, parfois croquignolets, sur des passages savoureux ou inconnus du grand public. Avant que l’édition 2019 ne batte son plein, retour dans le passé des fêtes de Jeanne d’Arc… gaëla messerli


Aux fêtes de Jeanne d’Arc, en général, on ne badine pas avec le protocole. « Le temps de rencontre est bref avec les invités », raconte ainsi Bénédicte Baranger, présidente de l’association Orléans Jeanne d'Arc depuis quatre ans. Parmi ses souvenirs « protocolaires », il y a la venue de Bernadette Chirac en 2003, qui avait occasionné un petit couac : Jeanne et l'association étaient arrivées deux minutes en retard et Madame Chirac avait cinq minutes d'avance. De quoi faire jaser, à l’époque, la première dame au caractère affirmé...

Les retards sont cependant monnaie courante en matière de défilés. Tout comme l’est la qualité de l’accueil par le public de la jeune fille figurant Jeanne. « La personnalité de cette dernière marque incontestablement les fête, assure Bénédicte Baranger. À La Source, quelles que soient leurs origines familiales, les enfants crient « vive Jeanne » ! C'est quelque chose de profond. Tout le monde est touché avec ou sans la Foi, car elle nous rassemble. » Un sentiment d'unité que Bénédicte Baranger a pu par exemple éprouver l'an dernier. Après les attaques racistes sur les réseaux sociaux dont avait été victime Mathilde Edey Gamassou, la présidente redoutait le défilé. Mais il y a eu « une communion sacrée autour de Mathilde. Sur son passage, les gens disaient qu'elle était courageuse. On ne touche pas à Jeanne ! »

On a perdu l’épée !

Les Jeanne et leur famille ont ainsi souvent laissé, à celles et ceux qui les ont côtoyées, des souvenirs marquants. Dans les années 80, Marie-Christine Bordat-Chantegrelet, ancienne présidente de l'association Orléans-Jeanne d'Arc et ancienne collaboratrice de Jacques Douffiagues, se rappelle d'une famille qui avait… oublié l'épée dans un parc orléanais ! Certains y verront de la chance, d'autres l'esprit de Jeanne, mais en fin de compte, l'épée fut retrouvée à temps…

« beaucoup de gens d'extrême-droite avaient hurlé pendant le discours de rocard... »
Jean-Pierre Sueur, ancien maire d'Orléans

De même, une année, un héraut tomba du bateau et fut incapable de se relever. « On a dû lui enlever son armure ! », raconte Marie-Christine Bordat-Chantegrelet. Une autre fois, un jeune héraut, qui n'était pas un cavalier émérite, a dû rejoindre le parcours du 29 avril... au niveau des Galeries Lafayette, car son cheval était parti au triple galop…

Chirac et Bern en guest stars

Depuis plusieurs années, les invités d’honneur des fêtes johanniques restent généralement peu de temps sur place. « Mais en 2016, Emmanuel Macron est resté plus longtemps que certains, explique Bénédicte Baranger. Il était au-delà de la politique, ému. Il n'imaginait pas cet accueil et a laissé entendre que c'est cela dont la France avait besoin. » Marie-Christine Bordat-Chantegrelet se souvient, quant à elle, de la venue de Stéphane Bern en 2014, qui avait « une technique bien à lui pour saluer un maximum de monde… » Sauf que l'animateur télé, allant de selfie en selfie, n'avait jamais pu rejoindre l'île Arrault, où il devait quitter le défilé : il avait ainsi dû s'éclipser rue d’Alsace-Lorraine !

Une mésaventure similaire était arrivée en 1996 à Jacques Chirac, se souvient Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret et ancien maire d'Orléans : « Lorsqu'un président de la République vient, la sécurité est renforcée. Pour Jacques Chirac, il avait été convenu quatre ou cinq bains de foule. Mais il serrait toutes les mains et embrassait tous les enfants d'un côté ! Avec Jean-Paul Charié et Éric Doligé, nous avions voulu reprendre la route, mais la foule située sur le côté opposé s'était mise à crier... Et Jacques Chirac était reparti les saluer ! » Au final, le Président a quitté le défilé place du Martroi, et « l'on a dû faire front en allant à la rencontre des gens mécontents, car Jacques Chirac n'était pas là. J'ai aussi reçu après les fêtes une lettre de la fanfare de Bou, qui m'expliquait que le reste du cortège avait dû rester deux heures debout rue d’Alsace-Lorraine... »

Michel Barnier entarté…

Au hit-parade des invités les plus concernés, il y eut des moments marquants, pour Marie-Christine Bordat-Chantegrelet, Denis Tillinac (2009) et Claudie Haigneré (2002) : « Ces deux-là ont eu un mot plus fort pour la jeune fille figurant Jeanne. Ils ressentaient la dimension de la figuration. » Pour Jean-Pierre Sueur, deux femmes conquirent les foules orléanaises : Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1997), ancienne présidente de l'Association Nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance et présidente d'ATD Quart Monde, et Régine Pernoud (1994). « Elles étaient très charismatiques. »

« le discours d’hélène carrère d’encausse fut beau, mais un peu long… »
Marie-Christine Bordat-Chantegrelet 

En général, l'accueil des invités est très chaleureux, mais certains ont cependant eu quelques surprises. En 2001, Michel Barnier, alors commissaire européen à la politique régionale, fut entarté avec une assiette de mousse à raser lorsqu'il sortit de l'Hôtel Groslot ! « Il fut obligé d'aller se changer », se souvient Marie-Christine Bordat-Chantegrelet. Un changement de costume toucha aussi Madame Valéry Giscard d'Estaing : « Lorsqu'elle présida les fêtes en 1975, nous avions essuyé une pluie monumentale, continue l’ancienne présidente d'Orléans-Jeanne d'Arc. Une réception était donnée à l'époque à la préfecture. En arrivant, son imperméable bleu avait déteint sur sa robe… »

… Et Michel Rocard sifflé

Comme nous l’avons vu la semaine dernière, les discours des invités des fêtes sont, enfin, à géométrie variable. Ils sont souvent réfléchis, mais il y a pu avoir parfois quelques loupés… « En 2007, Hélène Carrère d'Encausse a fait un discours d'une grande qualité, mais un peu long, raconte Marie-Christine Bordat-Chantegrelet. La foule a applaudi avant la fin du discours... » Pour Bernard Kouchner en 1992, le problème fut inverse. « Il avait préparé un discours politique, mais s’est rendu compte qu'il n'était pas adapté à l’événement… Du coup, c'est l'un des plus courts que l'on ait eu ! » En 1990, Michel Rocard avait également voulu s'aventurer sur le terrain politique, mais avait essuyé quelques huées. Un éclairage est donné par Jean-Pierre Sueur : « Michel Rocard avait fait l'erreur de dire qu'il répondrait au Front National à Orléans, le 8 mai. Beaucoup de gens d'extrême droite étaient venus et avaient crié pendant son discours. » L’ancien maire d’Orléans se souvient, en revanche, de l'allocution marquante de Ségolène Royal en 1998 : « Elle était un peu mystique. Je crois qu’elle l’avait terminée sur ses genoux dans la voiture. Elle y tutoyait Jeanne. Mais au moment de la prononcer, une partie des feuilles s'est envolée et je suis allé les ramasser... À la fin, Ségolène Royal improvisait. Elle en avait d’ailleurs fait référence dans son livre de campagne… » 

Les Brèves

  • L’invité de Saint-Marceau

    Certains invités sont parfois peu connus du grand public : ce fut le cas de Marceau Long, vice-président du Conseil d’État de 1987 à 1995, que Jean-Pierre Sueur avait invité pour présider les fêtes en 1993. « Il n’avait pas suscité un enthousiasme délirant sur son passage, sauf à Saint-Marceau, car les gens étaient contents de voir quelqu’un qui se prénommait Marceau… », rappelle Jean-Pierre Sueur dans un sourire.