Les Brèves

    Ariane von Berendt un don, des accords

    Lauréate d’un des prix Jeunes Talents d’Orléans en 2018, cette artiste polymorphe, comédienne, chanteuse et accordéoniste, fait cohabiter en elle une double culture franco-russe. Avec beaucoup de décalage et, dit-elle, un brin de désuétude. Benjamin vasset


    Sur le CV d’Ariane von Berendt, il y a des détails qu’on ne lit pas toujours sur un document de ce genre. Des yeux « marron », des cheveux « châtain clair » et une voix de « mezzo-soprano ». Des caractéristiques utiles quand on cherche à se produire sur une scène, comme elle le fait depuis juillet 2017 au Théâtre de la Tête Noire de Saran, où elle propose un spectacle, Le Fil d’Ariane, en première partie des représentations qui y sont jouées. Cela durera encore jusqu’à la mi-mai, mais pour la saison prochaine, une partie de son agenda est déjà remplie, puisqu’elle intègrera la distribution de la nouvelle pièce mise en scène par Patrice Douchet, Wapiti Waves. Elle projette également de monter sa propre compagnie, « parce que c’est le bon moment pour s’y mettre », même si l’aspect administratif « l’effraie un peu… »

    L’an dernier, Ariane von Berendt s’est révélée sur la scène du Théâtre d’Orléans, y décrochant le Prix Jeunes Talents dans la catégorie « musique ». Une bourse de 1 000 € et quelques premières parties sont venues récompenser une prestation où elle a impressionné par sa maîtrise du seul instrument qu’elle joue, l’accordéon. « Je ne pensais pas que ce que j’allais proposer était ce que le jury recherchait, relate-t-elle. Je me sentais un peu comme un OVNI… » L’accordéon, Ariane von Berendt s’en est en fait emparée il y a une quinzaine d’années, après avoir vu Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain et entendu les compositions de Yann Tiersen. Une révélation, bien que son père, sorte de « mélomane obsessionnel », eut auparavant bercé sa petite fille à coups de notes et de chansons.

    « je me sentais comme un ovni »

    « L’accordéon est un instrument évocateur de plein d’époques et de pays différents, souligne-t-elle. C’est à la fois chaleureux et nostalgique, très vivant. À l’est de l’Europe, comme en Russie, c’est un instrument roi. » La Russie, terre de son père, arrivé en France au milieu des années 80. Ce pays mal connu et fascinant pour les Occidentaux, Ariane von Berendt l’a découvert pour la première fois par -30°C. Depuis, elle s’y rend au moins une fois par an et collabore d’ailleurs avec Lena Kaufman, une artiste du cru. Elle raconte les festivals étranges où elle s’est produite, à la fois foutraques et complètement éclectiques. « Une fois, des villageois sont venus avec leur fourche sur scène, raconte-t-elle. En Russie, ce n’est pas dur de trouver la castagne… »

    « Mi-viande, mi-poisson »

    Ariane von Berendt confie d’ailleurs être à la fois très française – elle adore Piaf depuis qu’elle est môme – et sentir aussi la Russie couler au fond de ses veines. « Je suis mi-viande, mi poisson, comme on dit là-bas, résume-t-elle. Je suis une espèce de mélange composite et même parfois « schizoïde ». Je peux commencer une phrase en russe et la terminer en français. L’âme russe, oui, je la ressens. C’est une âme un peu masochiste, qui aime bien pleurer et surtout faire plonger dans des états intérieurs extrêmes... » On n’a pas trop de mal à la croire tant elle-même paraît insondable, réflchissant à ce qu’elle livre, laissant quelques silences troublants envelopper le début et la fin de ses phrases. Les images qu’elle décrit ne se reflètent pas toutes sur son visage, qui reste imperturbable, comme effacé. Mais le lendemain de notre rencontre, elle nous recontactera, avec une litote qui lui ressemble : « merci pour cet interview, ce n’était pas désagréable. »

    Le monde particulier d’Ariane von Berendt est aussi percé par la tarologie et l’occultisme. On y dort aussi pour se reposer, mais surtout « pour pouvoir rêver ». D’ailleurs, l’artiste garde précieusement auprès d’elle un tas de cahiers où tous ses songes sont consignés depuis des années. On suppose qu’il y a là-dedans de la matière pour créer des œuvres fabuleuses. Ceux qui l’ont déjà vue en spectacle à Orléans évoquent ainsi une « artiste talentueuse et complète », qui a démarré dans les rues de Paris avec son compère Dourakine, le 13 mai 2011. Les deux comparses ont joué dans la rue Mouffetard, sur les marchés ou dans des rades de Ménilmontant. « On se faisait parfois virer par les voisins, finit-elle par sourire. Vraiment, il y a de drôles de gens à Paris. » Dans son style, elle n’est pas mal non plus. 

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    • CV

      13/12/1990 : naissance à Paris

      2013 : intègre l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre

      2018 : remporte le Prix Jeunes Talents d’Orléans