Les Brèves

  • Banquet, hélicos et petits cadeaux

    Lors de leur venue à Orléans, les chefs de l’État ont dû sacrifier à un protocole très précis. Discours, bains de foules, rencontres avec les élus et les notables, mais aussi… traditionnel banquet du 8 mai à l’Institut. En 1959, 200 personnes pas moins y sont conviées ! Cette année-là, alors que les fêtes sont télévisées en direct, l’emploi du temps du général est millimétré, mais de Gaulle prend ses aises. « Le bruit avait couru qu’il partirait après le saumon. C’était faux ! Il resta jusqu’au café ! », lit-on dans La République du Centre, qui raconte aussi le départ du Président, en voiture, le lendemain, pour la fin d’une « tournée » en région Centre entamée dans le Berry.

    En 1979, on apprend que Valéry Giscard d’Estaing est arrivé pour sa part à 9 h 20 très précises par… hélicoptère depuis Paris, s’est posé sur l’hippodrome de l’île Arrault, puis a pris la direction du centre-ville avant de repartir d’Orléans aux alentours de 18 h. En 1982, on se demande si l’hélicoptère présidentiel de François Mitterrand arrivera bien dans la cité johannique, au vu des conditions météo absolument épouvantables…

    Enfin, la tradition orléanaise est aussi d’offrir aux invités d’honneur des fêtes un petit cadeau. Charles de Gaulle reçoit en 1959 un service à gibier de 17 pièces fabriqué par la faïencerie de Gien ! En 1979, VGE a droit à un bronze de deux bécasses, tandis qu’un représentant de la ville de Dundee tente de lui faire passer discrètement une petite bouteille de scotch… Enfin, en 1982, François Mitterrand reçoit des mains de Jacques Douffiagues une statuette en bronze, réplique d’une œuvre gallo-romaine représentant L’Homme courant…

Le salut des Présidents

Les fêtes johanniques dans l’Histoire

Depuis 1945, cinq présidents de la République en exercice ont été les invités d’honneur des fêtes de Jeanne d’Arc. De Charles de Gaulle à François Mitterrand, revivons quelques passages marquants du passage de ces chefs d’État, dont les paroles qu’ils prononcèrent à Orléans ne furent jamais très éloignées des préoccupations nationales d’alors… B.V


Après l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, Olivier Carré avait émis le souhait que le nouveau président de la République revienne marquer de sa présence la journée du 8 mai lors des fêtes johanniques. Une invitation à laquelle le chef de l’État fraîchement élu n’avait pas pu répondre, mais qui correspondait cependant à une tradition presque établie à Orléans : au cours de son mandat, le président de la République en exercice a pour habitude de présider les fêtes johanniques. Certes, depuis 2007, ni Nicolas Sarkozy ni François Hollande ne sont venus fouler la rue Jeanne-d’Arc. Mais avant-guerre, Gaston Doumergue et Albert Lebrun s’étaient par exemple déplacés à Orléans. En remontant à… 1876, on s’aperçoit que Mac Mahon avait lui aussi déjà fait le court déplacement depuis Paris.

Après la Libération, Vincent Auriol en 1947, Charles de Gaulle en 1959, Valéry Giscard d’Estaing en 1979, François Mitterrand (entre 1982 et 1989) et Jacques Chirac (en 1996) sont venus célébrer Jeanne d’Arc dans leurs costumes de chefs d’État et prendre de chaleureux bains de foule au contact des Orléanais.

« orléans a su trouver ce juste équilibre… »
Valéry Giscard d’Estaing, en 1979

On l’a vu récemment lors des venues d’Édouard Philippe en 2018 et d’Emmanuel Macron – alors ministre de l’Économie – en 2016, les Orléanais ont souvent salué avec emphase, et sans prisme partisan, les invités d’honneur « politiques » des fêtes johanniques. En 1979, lors de la venue de Valéry Giscard d’Estaing à Orléans, La République du Centre note d’ailleurs ce consensus qui se dégage lors de cette journée si particulière : « il reste vrai que, par chez nous, un homme politique (…) peut se livrer en confiance à la confrontation avec des dizaines de milliers de citoyens sur des kilomètres sans susciter d’autres manifestations que celles de la sympathie et de la bonne grâce. »

L’Algérie en toile de fond

Le général de Gaulle put ainsi se rendre compte par lui-même de l’incroyable ferveur qui l’a accompagné lors de son déplacement à Orléans. En ce 8 mai 1959, les observateurs évaluent la foule à plusieurs dizaines de milliers de personnes ; 100 000, osent même certains. « Une folle ovation » célèbre le passage du premier Président de la Ve République, décrit La République du Centre. « Jamais les fêtes johanniques n’ont été aussi chargées de sens, poursuit son concurrent de La Nouvelle République du Centre-Ouest. L’enthousiasme qu’il (de Gaulle) avait suscité en 1944 lors de sa précédente venue est aujourd’hui (le 8 mai 1959) dépassé. C’est une foule délirante qui l’a acclamé. » Pourtant, dans les jours précédant cette visite, le préfet Robert Holveck avait pris soin d’appeler les Orléanais à « un accueil enthousiaste du général. » Roger Secrétain, le maire, avait quant à lui demandé à ses administrés de donner « un grand éclat » à ces fêtes johanniques, mais de faire preuve, aussi, de « discipline ». Car la venue du Général se déroulait alors dans un contexte national pour le moins agité : la France, empêtrée dans une guerre de décolonisation en Algérie qui ne disait pas encore son nom, avait changé de régime et de Constitution suite aux « événements » qui se déroulaient de l’autre côté de la Méditerranée. Malgré l’appel auquel il avait répondu en 1958, de Gaulle marchait encore sur des œufs concernant cette question explosive. Au balcon de la Chambre de commerce d’Orléans, en ce 8 mai 1959, il ne put d’ailleurs s’empêcher une référence à l’Algérie, « un pays qui, je suis sûr, voudra pour toujours rester lié à la France... » Auparavant, il avait aussi appelé au calme et défendu cette Ve République qu’il venait de créer. « Nous avons rénové la République. Maintenant, nous devons mettre ces institutions en pratique. Le peuple l’a voulu, ce sera donc fait. »

Douffiagues, Mitterrand… À fleurets mouchetés

La venue de François Mitterrand en mai 1982 à Orléans correspond aussi à un autre moment d’histoire nationale. Un an plus tôt, le Programme Commun a fait triompher un alliage entre socialistes et communistes. L’élection de François Mitterrand a généré beaucoup d’attente de la part de ses électeurs, mais aussi une grande crainte émanant de ses opposants. Un an plus tard, François Mitterrand est toujours clivant, d’autant que plusieurs grandes lois sont passées (nationalisations d’entreprises notamment), et que les premiers résultats économiques se font attendre. Au cours du premier semestre 1982, la France est aussi endeuillée par des attentats terroristes fomentés par Carlos.

Le 8 mai 1982, quand Jacques Douffiagues, alors maire UDF-PR d’Orléans, s’adresse au chef de l’État lors d’une allocution prononcée cette année-là place du Martroi, les mots sont savamment distillés. L’édile rappelle à François Mitterrand qu’il a « hérité d’une France forte, prospère, réunifiée et pacifiée ». Puis en s’adressant directement au chef de l’État : « Vous avez la charge d’assurer la paix civile et extérieure (…). Tous nos héros nationaux se sont consacrés à l’union de notre peuple et non à sa fracture. » Ce à quoi le président de la République répondra ainsi : « l’unité nationale, ce n’est pas l’uniformité, c’est le pluralisme et le choc des idées, c’est une communauté prête à vivre la grande aventure des temps présents ! » Hasard ou coïncidence, François Mitterrand fera cette année-là une visite relativement express à Orléans : arrivé sur les coups de 14 h 45 par hélicoptère, il redécollera de la cité johannique un peu plus de deux heures plus tard. Rien à voir avec la journée bien remplie que passa le général de Gaulle à Orléans le 8 mai 1959, à l’issue de laquelle il dormit d’ailleurs à la préfecture avant de repartir vers la Touraine dès le lendemain…

Opérations séduction

Au milieu des bains de foule et autres serrages de mains auxquels se seront livrés les Présidents en exercice lors de leur venue dans le Loiret, ceux-ci auront en outre glissé plusieurs mots aimables à l’égard d’Orléans. En 1959, de Gaulle salue par exemple cette « ville redevenue magnifique », cette « œuvre parfaitement réussie » : quinze ans plus tôt, en 1944, il l’avait en effet découverte bombardée et mortifiée par la Seconde Guerre mondiale. « Votre ville est en plein essor, qu’il s’agisse de l’activité économique, de l’activité culturelle, qu’il s’agisse aussi de l’influence que vous exercez sur l’ensemble de la collectivité nationale », ajoute le Général. En 1979, Valéry Giscard d’Estaing, se montre lui aussi charmeur à l’égard de la cité johannique. « Orléans-la-Fidèle a pris la voie harmonieuse du développement, la voie française du développement, dit alors le Président en exercice. Orléans a su trouver ce juste équilibre. » Le maire d’alors, Gaston Galloux, boit du petit lait…

« tous nos héros nationaux se sont consacrés à l’union de notre peuple et non à sa fracture ! »
Jacques Douffiagues à François Mitterrand, en 1982

Lors de ses déplacements à Orléans, le chef de l’État, souvent flanqué de quelques-uns de ses ministres, prend aussi quelques minutes pour rencontrer et converser avec des élus locaux. En 1959, de Gaulle doit faire face aux maires du département, qui s’inquiètent du manque de maîtres et de locaux scolaires dans leurs communes... Plus localement, une problématique arrive sur la table, et l’on peut s’apercevoir que, 60 ans plus tard, elle reste étonnamment d’actualité. « Et la Sologne ?, lit-on dans les pages de La République du Centre. Des élus disent au général : « nous voulons rendre à la culture et à l’élevage la place qu’a prise la chasse. La chasse a tout détruit… » Réponse du président de la République : « le problème est intéressant, je m’en occuperai… » En 1979, Valéry Giscard d’Estaing évoquera quant à lui avec des élus le percement de… l’A71, tandis que les représentants de la Chambre de commerce et d’industrie insisteront auprès du Président « sur le poids de plus en plus lourd des charges sociales qui pèsent sur les entreprises et freinent leur développement… » Les années ont depuis passé, et certains grognements ont perduré, immuables. Comme les fêtes de Jeanne d’Arc. 

Les Brèves

  • À suivre

    Dans notre édition de la semaine prochaine, retrouvez des témoignages et anecdotes de ceux qui ont vécu les fêtes johanniques au plus près : Jean-Pierre Sueur, Marie-Christine Bordat-Chantegrelet, Bénédicte Baranger… Quelques moments savoureux sont au programme mais chut…On ne vous en dit pas plus.