Les Brèves

    Onie : Trait portraits

    Cet artiste orléanais présentera son travail à partir du 26 avril au Théâtre d’Orléans. Avec son trait bien particulier, il peint l’être humain dans ses nudités plurielles, au propre comme au figuré.

    benjamin vasset

    Dans une huitaine de jours, Onie exposera une quarantaine de ses toiles au Théâtre d’Orléans. Un grand moment assurément, et « le début d’un commencement », assure l’intéressé dans son atelier d’Oulan-Bator, où il bosse jour, nuit, et aussi, parfois, le reste du temps. « Ici, je suis bien, j’ai l’impression d’être sur mon bateau-lavoir », réfléchit-il, peinard, une roulée à la main. C’est-à-dire que depuis trois ans, le garçon a changé de vie, comme on dit maintenant, même si l’on parle bien de la même. Après quinze ans de graphisme à faire des affiches pour des institutionnels, notamment, il a tourné la page en 2016, alors qu’il rentrait un soir à la maison. « J’ai dit à ma femme : j’arrête. Le graphisme, ça me sortait par les yeux. » Mais comme il fallait bien nourrir la bête, quand même, Ionie s’est trouvé à Daumezon un boulot de veilleur de nuit. Et quand le soleil se levait, il se mettait à peindre. Ou d’abord, dans un premier temps, à réviser ses classiques pour s’imprégner de l’histoire de son art. « J’ai fait des copies, des réinterprétations, dit-il. J’ai bien « mangé » et j’ai bien digéré. Pour, au final, faire quelque chose d’intéressant, je crois. » Cette maturation lente fait qu’il en arrive donc à présenter son travail à la fin d’avril, et pendant (presque) tout le mois de mai. Mais pourquoi maintenant, au fait ? « Parce qu’il était prêt, explique Ludovic Bourreau, co-commissaire de l’exposition avec Gil Bastide. Il a mené une réflexion intéressante, il s’est plongé dans l’histoire. Pour lui, c’était le bon moment. »

    « Je veux être tous les peintres »

    Les initiés saluent aujourd’hui son « trait » et sa « poésie », lui ne veut surtout pas s’enfermer dans un style ou une redondance. « Je ne veux pas être un peintre, je veux être tous les peintres », synthétise-t-il sans morgue. Ainsi ne supporterait-il pas qu’on écrive de lui qu’il « est à la mode » : peut-être est-ce pour cela qu’il s’acoquine fort bien des années 1900, une époque dans laquelle il aurait « aimé naître ». Du reste, certaines des toiles qu’il proposera dans quelques jours représentent des personnages du début du siècle dernier, et parmi eux deux collectionneurs, Sergueï Chtchoukine ou Gertrude Stein, une « femme libre » comme il dit les admirer. D’ailleurs, voyez-y ou non un clin d’œil aux mois que nous venons de vivre, mais Onie se plaît aussi à peindre… des porcs, que l’on peut lire comme des métaphores du sexe prétendument fort. On lui demande aussi si, dans sa façon de voir des cochons partout, il n’y a pas un hommage déguisé au Père Noël est une ordure : il répond ne pas y avoir fait attention… Il est vrai que ses toiles sont bien plus élégiaques que celles de Pierre Mortez, et c’est heureux : sur les siennes cohabitent aussi des hommes, des femmes ; nus souvent, à poil toujours. Et des yeux noirs, comme fermés ou absents. « J’aime bien faire ça, s’amuse-t-il. Tu ne peux pas trop savoir ce que pensent mes personnages. »

    « j’ai fait le deuil de trouver des trucs révolutionnaires… »

    Comme cela ne sert à rien de décrire par la plume ce que le pinceau crée, on laissera aux curieux le plaisir d’aller apprécier sur le vif les toiles de cet artiste protéiforme, qui passa aussi par la case « graffiti » et tint également, il y a une quinzaine d’années, une galerie d’art urbain (la galerie Wall), à deux pas de la mairie, en compagnie de trois autres copains (dont Thoma Vuille, alias M. Chat). Au Théâtre d’Orléans, chacun pourra par contre se dire que derrière ces images envoûtantes se cache l’âme d’un ancien garçon « turbulent » ayant commencé le dessin dès l’âge de 5 ans ; un art qu’il peaufina ensuite dans des cours du soir aux Beaux-Arts. Même si dans sa tête, ça cogite toujours sec, on ne discerne pas vraiment, en causant avec lui, la turbulence ou le chaos, mais plutôt les paroles d’un mec posé, heureux de vivre de sa peinture et de faire ce qui lui plaît. Une bise de légèreté souffle dans son atelier, où il souligne, en toute humilité, « avoir fait le deuil de trouver des trucs révolutionnaires », mais se moquant aussi de certains codes du street art, aujourd’hui assénés et markétés. On s’en va, content d’avoir pu passer deux heures avec cet artiste étonnant, et en apercevant sur un mur un dessin fait par son fils. Son prénom n’est pas tout à fait neutre : il s’appelle Mathis, mais avec un H et sans double S.

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    • CV

      10/06/1977 : naissance à Orléans

      2016 : devient peintre « à plein temps »

      26/04/2019 : expose au Théâtre d’Orléans