Les Brèves

    Séverine Chavrier La musique de scène

    Dynamique et à la croisée des arts, celle qui dirige le Centre Dramatique National d’Orléans entend bien animer le vénérable Carré Saint-Vincent. Gratuité pour les étudiants de moins de 26 ans et installation d’un bar, tout est bon pour en finir avec l’idée que le théâtre est un loisir réservé à une élite. gaëla messerli


    Jouets qui traînent sur le bureau, combinaison pilote et doux babillage d’une petite puce de six mois… Séverine Chavrier a aujourd’hui trois métiers dixit l’intéressée : metteur en scène, directrice du CDN et mère ! « J’aime travailler à 200 %. Ce n’est pas simple, mon rapport au temps est très fragmenté, plus impatient ! » Fredonnant Pierre et le loup dans les couloirs, celle qui dirige le centre dramatique a la particularité d’avoir une formation de musicienne. En effet, Séverine Chavrier a développé son goût pour les arts avec la scène et une passion pour la musique vers l’âge de 12 ans. Mais c’est finalement dans la mise en scène que cette native de Lyon qui a grandi à Annemasse dans une famille de médecins se révèle. « Il y a une abstraction dans la musique, quelque chose de plus solitaire. La mise en scène s’est imposée pour faire mes projets. Dans le théâtre, il y a une certaine trivialité. Cela m’a aidée à vivre. » Néanmoins la musique est quand même toujours là dans le travail et la programmation de celle qui a eu une grand-mère pianiste et peut se targuer d’une médaille d’or et d’un diplôme du Conservatoire de Genève en piano… ainsi que d’un premier prix d’analyse musicale ! Bac en poche avec un an d’avance, Séverine Chavrier part pour Lyon pour ses études et à Genève « pour la musique, ensuite je suis allée à Paris. » Côté études, ce sera classe prépa et philosophie. « Comme dans la musique, en philo, il y a l’idée d’un risque. »

    Racine et Kantor

    Au panthéon des auteurs de théâtre qui l’ont forgée, il y a les intemporels Racine, Euripide ou encore Marivaux et côté mise en scène, par contre, peu de metteurs en scène français si ce n’est Pierre Meunier et Olivier Py dont Séverine Chavrier a d’ailleurs vu La Servante lorsqu’il dirigeait le CDN d’Orléans. Platel, Garcia… Séverine Chavrier regarde de l’autre côté des frontières. « Je suis allée à Cracovie pour voir les vidéos de Kantor. »

    « il faut être généreux pour le public. »

    Pour ce qui est de sa carrière, tout est affaire de rencontres mais aussi de croisements. Son projet pour le CDN d’Orléans est à cette image : « pluridisciplinaire et éclectique. » L’artiste est libre et n’hésite pas à instaurer des formations entre acteurs et danseurs du centre chorégraphique d’Orléans chaque année ou encore à travailler avec les élèves de l’ESAD sur les manières d’habiter le théâtre. De quoi permettre une réflexion sur le lieu en lui-même, en voulant notamment créer un espace de convivialité avec un bar. Un projet pour amener les gens vers le théâtre, en dehors même des spectacles. « Lorsque je suis arrivée, j’ai fait une grande fête. Je le fais pour les gens, pas pour une carrière ! Il faut être généreux pour le public. » Autre fer de lance de celle qui a remplacé Arthur Nauzyciel : la gratuité pour les étudiants de moins de 26 ans. « Ce n’est pas qu’une question d’argent, il faut aller chercher le public, parler des projets. » Dans ce même esprit, Séverine Chavrier a également mis en place des soirées en entrée libre avec Les Voyages Divers. « On est un service public ! » Au menu de ses nombreux projets, la directrice du CDN souhaite faire « plus de hors les murs et créer plus avec la structure du CDN. Nous avons eu deux belles saisons, les gens ont pu voir beaucoup de choses. » Dans un coin de sa tête et dans celle du directeur du Frac, il y a également l’envie de « faire quelque chose de fort, voyager ensemble en créant peut-être une nuit Georges Bataille en parallèle d’une saison algérienne. » Des projets qui sont pour l’heure seulement des envies mais que Séverine Chavrier espère bien concrétiser un jour.


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    • CV

      24 novembre 1974 : Naissance à Lyon

      2009 : Création de la compagnie Sérénade Interrompue

      1er janvier 2017 : Arrivée à la direction du Centre Dramatique National d’Orléans-Centre-Val de Loire.