Les Brèves

  • Un pôle unique en France

    CybeleTech n’est effectivement pas arrivée par hasard à Orléans. Outre la diversité des végétaux (lire ci-contre), avant même l’installation de l’entreprise sur notre territoire, Jean-Joseph Lambert avait été convaincu également de l’avenir qu’offrait ce territoire à son entreprise. À cette époque, Xavier Beulin se prépare à lancer l’Open Agrifood. Un événement majeur et unique rassemblant toute la filière de l’agriculteur au consommateur qui continue à faire sa place au cœur des grandes manifestations nationales.

    Et c’est autour d’une table où l'on pouvait trouver Serge Grouard, alors député-maire d’Orléans, Xavier Beulin et Jean-Joseph Lambert (pour ne citer que les principaux protagonistes) que le projet du Campus AgreenTech Valley est esquissé.

    Pour la société parisienne, c’est un argument de poids qui pérennisera sans nul doute sa présence à Orléans et, pour la Métropole un superbe marqueur d’innovation au cœur d’un problème de société majeur.

    Ce pôle d’excellence international qui regroupera CybeleTech, bien sûr, les unités scientifiques déjà implantées à proximité mais également AgroParisTech, l’institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement, sans compter les entreprises et centres de recherche privés qui voudront profiter de cette émulation bouillonnante, devrait prendre une forme concrète dès septembre 2020. Une belle aventure se prépare... pour l’avenir même de l’humanité tout entière.

Avec CybeleTech, Orléans s’offre une place à l’international

Agriculture et nouvelles technologies

Initialement installée à Montrouge, en région parisienne, CybeleTech est venue assurer son développement à Orléans, au sein du Lab’O et ce pour une raison pleine de pragmatisme : « dans un rayon de 30 km, le nombre de végétaux en culture est unique en France et probablement en Europe » explique son dirigeant. C’est donc à Orléans que technologie et agriculture s’apprêtent à trouver les solutions à toutes les inquiétudes des consommateurs tout en optimisant le rendement (et donc le revenu) des agriculteurs, maraîchers, horticulteurs, vignerons, etc...

Philippe Hadef

L'avenir de l’agriculture du nouveau millénaire qui consisterait à retrouver le goût, la qualité nutritionnelle, le rendement, tout en limitant les intrants et le coût de production est probablement en train de naître à Orléans. Cette avancée considérable, on la doit à l’arrivée au Lab’O – dès son inauguration – de la société CybeleTech et à un environnement exceptionnel.

Si l’actuel dirigeant de l’entreprise, Jean-Joseph Lambert était un ami proche du regretté Xavier Beulin (ancien président de la FNSEA notamment) et lui-même originaire d’Orléans, ce n’est pas à ces liens territoriaux que l’on doit l’implantation de cette start-up mais plutôt à une particularité de notre territoire. « C’est en effet le seul lieu en France et peut-être en Europe où se trouve rassemblé le plus grand nombre de variétés végétales en production. Avec, de surcroît des espèces que l’on peut rencontrer autant dans le nord de la France que dans le sud » précise Jean-Joseph Lambert. Une situation qui a tout aussi logiquement créé un écosystème d’entreprises spécialisées, de centres de recherche publics et privés qui sont autant de partenaires potentiels pour cette entreprise en fort développement.

Nouvelles technologies et agriculture, pourquoi ?

Pour une raison simple et qui semble aujourd’hui rassembler tous les acteurs : l’agriculture sera, dans les vingt prochaines années, une des filières les plus innovantes. Une réalité qui s’est imposée à tous récemment comme en témoigne Jean-Joseph Lambert : « en 2011, nos prospects avaient plutôt tendance à vouloir appeler le SAMU que de passer commande ». C’est souvent la réaction habituelle quand un chercheur ou une entreprise anticipe des besoins qui sont émergents mais encore en décalage avec la réalité du terrain au quotidien. « Aujourd’hui, c’est une évidence pour tout le monde » ajoute-t-il, lui qui est à la tête d’une société qui réalise déjà 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires (avec une prévision de 1,8 million d’euros pour 2019) et emploie quinze personnes – avec des recrutements toujours en cours –. Et même s’il est positionné sur un marché qui, aujourd’hui, est plus concurrentiel que jamais, CybeleTech a pu vérifier, au cœur de la Californie, lors d’un salon qui pourrait être l’équivalent de notre salon de l’agriculture parisien mais destiné aux seuls semenciers, que l’entreprise orléanaise a conservé sa longueur d’avance.

Les mathématiques ont fait la différence

Cette avance, CybeleTech la doit aux mathématiques ou plus précisément à deux « matheux » sortie de « Normale Sup’ ». Alors que Jean-Joseph Lambert est directeur de la prospective et des nouvelles technologies chez Novartis Agro, il fait la connaissance de deux mathématiciens, Paul-Henry Cournede et Christian Sagnez qui développent une nouvelle approche mathématique pour calculer la croissance des plantes en agrégeant tous les paramètres qui peuvent faciliter ou perturber celle-ci. Un algorithme a ainsi émergé de ces deux têtes pensantes auquel Jean-Joseph Lambert a ajouté sa connaissance du milieu agricole. Un rapprochement de deux mondes très différents mais qui ont trouvé une totale complémentarité. « On peut maintenant accompagner l’agriculteur au quotidien notamment dans trois grands domaines que sont : la sélection variétale, l’optimisation de la production ainsi que la première phase de transformation ».

On en vient notamment à se demander si l’agriculteur lui-même n’est pas en capacité de comprendre son sol, d’avoir une expertise de ses parcelles... Et de fait, quel besoin a-t-il de toute cette technologie. Et Jean-Joseph Lambert de partager une métaphore qui donne tout son sens à sa démarche : « Un médecin, quelle que soit son expérience, sera plus à même de faire des diagnostics en amont s’il bénéficie des technologies actuelles. Pour l’agriculteur c’est exactement la même chose ». Les nouvelles technologies viennent ainsi compléter les valeurs humaines et l’expertise empirique de l’agriculteur.

Changement climatique en toile de fond

Reste que cet algorithme et les technologies qui permettent d’expertiser les sols ne sont pas les seules applications développées. Récemment, c’est chez un producteur de tomates sous serre que CybeleTech est venue apporter son expertise. Cette fois il s’agissait, comme pour tous les autres produits, d’être performant sur le goût, sur la qualité mais aussi sur les dépenses énergétiques d’une telle installation. « Cela permet au producteur de créer de la valeur ajoutée » confirme Jean-Joseph Lambert.

Enfin, si cette technologie déployée avait pu avoir des effets très bénéfiques par le passé, avec le réchauffement climatique, c’est aujourd’hui un challenge véritable à dimension planétaire de s’adapter tout en conservant ce qui fait l’essence du produit, sa qualité nutritionnelle, son goût et, pour l’agriculteur, un rendement suffisant pour vivre dignement de son travail. « Adapter les espèces au changement climatique est un challenge incroyable et passionnant » confirme Jean-Joseph Lambert.

Mais une autre étape attend ce chef d’entreprise qui a construit son expérience au fil des décennies : préparer l’avenir de l’entreprise. Car quand on lui parle d’avenir, il explique non sans humour mais avec sérieux qu’il se voit à la retraite d’ici dix ans au plus. Mais d’ici là, il souhaite continuer le développement, assurer la pérennité de la structure et continuer à transmettre de l’envie avant de passer la main.

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