Les Brèves

    Éléonore Dougnac : Soyez prévenus

    Dessinatrice judiciaire depuis 14 ans à Orléans, elle plaque sur ses aquarelles les ambiances des tribunaux correctionnels ou des cours d’assises. De quoi déprimer durablement ? Pas du tout : cette fille-là est solaire ! benjamin vasset


    Du début à la fin de la conversation, un sourire éclairera son visage : en cette journée de novembre où ça nuage gentiment dans le ciel d’Orléans, cela fait toujours du bien si ça rayonne un brin. Éléonore Dougnac a pourtant 14 ans de procès derrière elle, si l’on peut dire, et ça ne la rembrunit pas plus que ça. Pourtant, elle en a vu passer, des affaires sordides et des accusés pas toujours à l’aise. On citera vite fait Jacqueline Sauvage, sur laquelle elle ne souhaite pas trop s’étendre. Autre prévenue de renom qu’elle a scrutée à la barre d’un tribunal : Véronique Courjault, celle-là même qui congela ses enfants. « C’était un procès dingue, se souvient-elle. Dans le train qui nous menait à Tours, c’était blindé de journalistes et de dessinateurs judiciaires, au moins cinq ! » Sans défendre celle qui fut pratiquement décrite, à l’époque, comme l’Antéchrist faite femme, elle retient : « au départ, bien sûr, c’était assez difficile. Et puis, au fur et à mesure du procès, tu te laisses imprégnée par l’humanité de cette femme. » En élargissant le débat, elle voit dans cette activité une façon d’un peu mieux sonder l’âme humaine et ses turpitudes : « ça m’apprend beaucoup, sociologiquement parlant, sur la folie des Hommes. Cela met en exergue nos blessures intérieures. Car en fin de compte, à la base, ces gens qui sont jugés sont tous de grands blessés, aux enfances pas toujours agréables… »

    À vrai dire, Éléonore Dougnac n’imaginait pas tout à fait, plus jeune, couvrir des procès au long cours lorsque l’âge mur serait venu. « Gamine, je dessinais vite fait », explique-t-elle sobrement. Ses études, à l’école d’art et de design de Blois, lui mirent le pied à l’étrier. « C’est l’un de mes profs qui, un jour, me refila le plan », explique-t-elle. Depuis, les lecteurs assidus – et Dieu sait qu’ils sont nombreux – des pages « Faits Divers » de La République du Centre, auront remarqué son trait de crayon, ou d’aquarelle. Elle a un peu pigé pour France 3, aussi ; il faut dire que les spécialistes de ce genre de croquis ne courent pas toujours les rues. « Je peux en faire huit dans une journée », exprime-t-elle quand on lui demande le rythme auquel elle dessine au cours d’une audience. De toute façon, elle explique rester rarement jusqu’au bout et donc passer, parfois, à côté du « croustillant de l’histoire. » C’est qu’Éléonore Dougnac croque à mi-temps, bossant aussi à la Carsat Centre-Val de Loire comme illustratrice-graphiste. Un poste qu’elle devrait quitter prochainement pour se lancer dans une formation d’art-thérapie, afin de « mettre le dessin au service des gens qui en ont besoin ».

    Esprits, êtes-vous là ?

    Son futur proche passera aussi par le fait de dessiner ceux qui en font la demande, pour « les valoriser et leur montrer qu’ils sont beaux ». Récemment, elle a d’ailleurs lancé sur Facebook un appel pour venir croquer des gens dans leur environnement quotidien. « Le dessin rallie les gens davantage qu’une photo », juge-t-elle, elle qui s’est d’ailleurs souvent servie de son art pour lier connaissance lors des nombreux voyages qu’elle a fait à l’autre bout du monde. Le monde et surtout l’Asie, un continent qui la surprend et l’attire, « peut-être en raison de (ses) vies antérieures », dit-elle sans plaisanter. Extrêmement « branchée sur les questions d'énergie intérieure », Éléonore Dougnac pratique d’ailleurs le reiki et assure en mesurer tous les bienfaits dans son corps et pour son esprit.

    « le tribunal, c'est un théâtre »

    Évoquant avec elle cette parcelle de son jardin personnel, on se met à parler de la Foi au sens large et des choses de la vie, tout simplement. La discussion quitte alors les bancs des Palais de Justice pour s’envoler à des hauteurs plus éthérées. « Je m’ennuie un peu ici, je suis moins enthousiaste alors qu’en voyage, tout est toujours nouveau », finit-elle par « spleener » un poil. L’appel du large est proche, tout comme la découverte de nouveaux horizons. Prochainement, elle projette ainsi de montrer à son fils Achille, 8 ans, les splendeurs du Pérou. Elle y « trimballera » ses pinceaux, comme elle dit. « Sans eux, j’ai l’impression que je ne sers à rien », avoue-t-elle, reconnaissant alors que la confiance en elle ne l’a jamais trop étouffée. En fine observatrice, elle préfère faire silence et éclairer de son geste la beauté ou bien les parts d’ombre de ses frères d’existence. 

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    • CV

      28/05/1981 : naissance à Orléans

      2004 :  devient dessinatrice judiciaire

      2009 :  couvre le procès de Véronique Courjault