Les Brèves

  • CV

    09/01/1997 : naissance à Orléans

    2014 : rentre en première année d’architecture

    10/2018 : sortie de son documentaire, Les Fourmis

Louise Michaud : Des fourmis dans les jambes

À 21 ans, cette étudiante en architecture a pris la route pendant plus de six mois pour questionner des enseignants français sur leurs méthodes de pédagogie alternatives. Elle en a tiré un film, Les Fourmis, diffusé depuis la semaine dernière sur Internet*.

benjamin vasset

Son aventure est bluffante. En novembre 2017, Louise Michaud est retournée à l’école. De Nice à Mulhouse, de Montpellier à Brive-la-Gaillarde, elle a avalé des kilomètres et filmé des dizaines d’entretiens obtenus avec des « instituteurs » travaillant avec des méthodes de pédagogies alternatives. « C’est un énorme mouvement de fond, estime la réalisatrice. Ils sont plus nombreux qu’on ne le croit. C’est une armée ! » D’où le titre de son film : Les Fourmis.

Louise Michaud n’est pourtant ni enseignante, ni même en stage à l’ESPE (nouveau nom de l’IUFM, ndlr). Bonne élève, elle n’a pas non plus été « traumatisée » par ses années au collège Alain Fournier ou au lycée Voltaire, qu’elle a fréquentés. Elle n’a aucun compte à régler avec le professorat ; n’a pas été brisée par le système. Alors, qu’est donc venue faire cette étudiante en architecture dans ce monde si complexe de la pédagogie ? « Quand je suis arrivée à Paris pour mes études, explique-t-elle, je me suis occupée d’un enfant atteint de trisomie 21. J’ai constaté que l’architecture des écoles n’était pas faite pour le handicap dont il souffrait. » Il s'ensuivit une documentation poussée sur ces questions et la découverte des pédagogies alternatives. Évidemment, avoir une maman professeur des écoles, elle-même spécialisée dans le handicap, lui a permis de nourrir des débats. Et puis il y a eu le déclic : il fallait aller voir, et faire quelque chose de tout ça. Alors comme une grande, sans savoir particulier sur la façon de faire un film ou de mener des interviews, elle a décidé de produire et de concevoir, en solo, son propre documentaire.

Dans un monospace aménagé…

Sa famille l’a aidée financièrement ; elle a elle-même bossé pour se constituer un petit pactole. Pas non plus "Rotschildien", le pactole : 6 000 € environ, frais de transport inclus, pour filmer, manger et se loger. Il a tout de même fallu faire des choix pour restreindre les coûts : covoiturage, évidemment, et système D. Louise Michaud a dormi dans sa voiture, fait bouillir ses pâtes sur un réchaud, et préféré se nourrir de ses échanges avec les enseignants. « Ce furent des mois de rencontres exceptionnelles, dit-elle. Certains m’ont même logée ! » Presqu’à la manière de l’émission J’irai dormir chez vous, version new school…

« ce qu’elle a fait, c’est incroyable… »

Louise Michaud a quand même dû préparer le terrain avant de partir caméra au poing. Et convaincre par exemple les services académiques d’accepter de filmer dans des classes, puisqu’il s’est aussi rendu dans le public. Elle en a tiré un film d’une superbe vitalité, plein de vie et d’optimisme. « La conclusion que je fais, c’est que ces enseignants sont super heureux dans leur métier et qu’ils sont aussi dans une recherche de bonheur, dit la jeune réalisatrice. Je n’ai pas ressenti de fatalisme. » Et encore moins de solitude. « Ils sont nombreux à échanger. Et ont envie que leurs idées et leurs méthodes soient diffusées ». Se dresse ainsi, derrière ce projet, l’envie de secouer (ensemble) le cocotier.

De la suite dans les idées

Tout de même, il reste étonnant de voir une si jeune femme prendre un tel sujet de société à bras-le-corps. Mais on n’est pas toujours pas sérieux quand on a 21 ans... « Louise a toujours eu un regard, une attention et un esprit synthétique, commente l’un de ses proches. Et l’envie d’apporter sa pierre à l’édifice. Derrière son minois, il y a du tempérament… » Un tempérament qui la conduit à diffuser gratuitement son film depuis la semaine dernière sur Internet, où elle a d’ailleurs ouvert une cagnotte pour financer une suite à son propos. Elle voudrait ainsi monter une web-série, s’attaquer aux problèmes d’inclusion scolaire, étendre ses recherches aux lycées et aux collèges, entendre d’autres spécialistes. Sans pour autant arrêter l’architecture… À terme, elle aimerait ainsi écrire une thèse qui puisse mélanger ses deux domaines d’étude et de passion. En attendant, Louise Michaud devrait prochainement diffuser son film à Orléans, en partenariat avec le collectif des Colibris. Et le 15 novembre, elle sera l'invitée d’une conférence à Saint-Cyr-en-Val sur l’éducation. Petit à petit, cette fourmi-là fait son nid. ?

*À visionner sur http://projetlesfourmis.weebly.com

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