Les Brèves

  • « Les managers doivent apprendre à faire des compliments »

    Philippe Rodet, médecin urgentiste et co-auteur de l’ouvrage Le management bienveillant, explique pourquoi ce concept s’est instillé dans la vie de plusieurs entreprises locales.

    Pourquoi prônez-vous un management bienveillant ?

    En dix ans, nous avons vu le taux de personnes stressées au travail passer de 40 à 60 %, tandis que le nombre de personnes motivées diminuait de 42 à 28 %. Il est urgent de chasser les émotions négatives et de renforcer les émotions positives. Donner du sens au travail, c’est, par exemple, rappeler à une hôtesse de caisse qu’elle constitue le dernier contact avec le client et un lien social fort pour de nombreuses personnes âgées. C’est important pour les jeunes générations qui veulent à tout prix donner du sens à leur travail.

    Quels sont ses bénéfices pour l’entreprise ?

    Le management bienveillant va permettre de diminuer le stress des salariés et d’augmenter leur motivation. Les managers doivent apprendre à bien faire des compliments, tout comme formuler leurs reproches à leurs collaborateurs. C’est à chacun de faire l’effort pour l’autre. Tout le monde est gagnant. Si le stress est contagieux, les comportements exemplaires le sont aussi à toutes les échelles de l’entreprise.

    Est-ce un travail de longue haleine pour les managers ?

    L’avenir est au management bienveillant. Il faut cependant du temps pour en observer les effets, cela peut prendre plusieurs années. À la clé : moins de stress et de problèmes de santé, plus de motivation, de créativité et de productivité. Les managers doivent fixer des objectifs au niveau des capacités de leurs collaborateurs. Ainsi, on peut amener petit à petit l’exigence plus loin et toucher l’excellence.

Le Loiret se met à la bienveillance

Bien-être au travail

Parmi toutes les notions tournant autour du bien-être au travail, celle du « management bienveillant » a le vent en poupe dans le Loiret. De quoi s’agit-il exactement et quelle est la finalité de tout cela ? Rentabilité, paix sociale ou souci de développer VRAIMENT l’équilibre personnel de leurs salariés : trois entreprises du département nous ont ouvert leurs portes.

guillaume torrent 

Ne nous méprenons pas. Quand on parle de bien-être au travail, on a parfois tendance à croire qu’il suffit d’installer un baby-foot dans une salle de repos, de recruter un « chargé du bonheur » ou encore d’organiser un barbecue aux beaux jours pour souder ses équipes. Si ces initiatives peuvent être bénéfiques, la nouvelle mode de la bienveillance s’inscrit, elle, dans une démarche plus profonde et ancrée dans la culture d’entreprise. « Pour être efficace, le concept de management bienveillant doit être porté par le sommet de l’entreprise, souligne Philippe Rodet, médecin urgentiste et co-auteur de l’ouvrage Le management bienveillant (voir encadré). Une prise de conscience s’opère doucement en France. Elle est primordiale, car l’augmentation du stress au travail est allée de pair, depuis dix ans, avec la baisse de la motivation. »

Derrière ce concept se cachent notamment des gestes simples comme dire « bonjour » et « merci » à ses collaborateurs, prendre des nouvelles des enfants, ne pas placer de réunions après 17h30 ou proposer des cours de yoga. Le management bienveillant peut s’illustrer de manière plus poussée, comme au sein des trois entreprises loirétaines qui ont accepté de nous ouvrir leurs portes. À la clé : des salariés plus engagés, créatifs, moins stressés et davantage productifs.

Un remède contre l’absentéisme ?

En 2017, plusieurs entreprises de la Région Centre-Val de Loire ont été récompensées lors de la première édition des « Trophées des 1001 vies », organisée par Harmonie Mutuelle, pour leurs actions en faveur du bien-être et de la qualité de vie au travail. C’est notamment le cas de l’entreprise Toutenkamion, basée à Ladon, leader européen pour la conception d’unités mobiles sur mesure pour porteurs, remorques ou semi-remorques, qui a obtenu le prix spécial du jury. Là-bas, on est résolument convaincu que la performance économique d’une entreprise est liée à sa « performance sociale ».

« Nous avons mis en place des actions en faveur de la conciliation entre vie professionnelle et vie privée, comme des contrats de travail avec des horaires adaptées ou la possibilité de réaliser du télétravail », note Frédéric Glaume, responsable qualité/RH. Par ailleurs, chaque nouvel entrant reçoit un manuel d’accueil, tout étant présenté via l’Intranet. Les collaborateurs sont, de plus, fortement impliqués dans le projet d’entreprise par le développement du travail collaboratif et du management participatif. Sept axes de travail ont ainsi été dégagés, suite à la diffusion d’un questionnaire de satisfaction sur les conditions de travail en 2015 : « nous avons pu ouvrir le dialogue entre nos collaborateurs, travailler sur la formation des managers et la manière de valoriser nos talents sur des projet précis. Notre taux d’absentéisme a baissé de 2 % depuis 2015 et l’ancienneté moyenne de nos salariés est de 15 ans. »

Crèches, mixité et toutous

Le « bien-être au travail » est également mis en avant par le groupe familial Mars, dont le siège social Mars Petcare & Food France et l’une des unités de production d’aliments pour animaux de compagnie sont basées à Saint-Denis-de-l’Hôtel. Sa crèche, partagée depuis 2012 avec la commune et une autre entreprise locale, l’illustre d’ailleurs. L’entreprise a reçu à ce titre le « Trophée 1001 vies » 2017 dans la catégorie « Aide aux aidants / parentalité / service ». « L’ouverture de la crèche a permis la création de onze emplois pérennes, explique Stéphanie Brooks, directrice des ressources humaines. C’est un engagement concret qui facilite la vie de nos collaborateurs et permet de rééquilibrer la vie professionnelle et personnelle. »

Par ailleurs, chez Mars, tous les salariés travaillent en open space, où le tutoiement est de mise. Le groupe a également initié une démarche pour favoriser la mixité des équipes. Au sein du comité de direction, on compte par exemple plus de femmes que d’hommes. Un accent a, de plus, été mis sur le plan de développement personnel et la formation de chaque collaborateur. Enfin, dernier détail : les chiens sont accueillis depuis plus de 30 ans dans les bureaux. Avec tout cela, on retrouve le groupe à la 3e place du classement Great Place to Work® 2018 des entreprises où il fait bon travailler.

Pour travailler plus… travailler mieux

Le management bienveillant, c’est une formule qu’a également mis en place l’entreprise FM Logistic, dont l’un des sites est basé à Saint-Cyr-en-Val. Pour sa démarche innovante et ludique de prévention sur les addictions en milieu professionnel et leurs impacts, elle a elle aussi reçu un « Trophée 1001 vies », mais dans la catégorie « Bien-être/santé ». « Sur les thématiques du tabac, de l’alcool, de la drogue et des addictions aux médicaments, nous avions notamment mis en place des animations comme une rencontre avec un expert, un quiz ou des saynètes jouées par des comédiens suivies d’un échange », note Samya Bellhari-Trahin, psychologue du travail et ergonome.

Dans une logique d’amélioration des conditions de travail et de prévention sur les accidents, une action sur l’ergonomie a aussi été menée sur certains postes, comme la manière de porter des colis lourds : « Quand ils ont été longuement absents pour un arrêt maladie, nos collaborateurs sont reçus par le directeur de la plateforme. L’objectif est de leur montrer que nous reconnaissons leurs pathologies et leur redonner confiance ». Les chiffres sur le nombre d’accidents du travail sur le site entre 2016 et 2018 sont ainsi passés de 65 à 37 %. Pour travailler plus, il faut travailler mieux : voici l’un des apprentissages du management bienveillant. À l’avenir, il devrait marquer une fracture entre les entreprises qui auront pris ce virage et les autres qui pourraient rencontrer des difficultés pour attirer et conserver des talents.

Les Brèves

  • En chiffres

    9 ans : le temps de notre vie que nous passons au travail

    40 % : la proportion des salariés qui sont arrêtés au moins une fois par an

    69 % : la proportion de salariés qui déclarent être « contents » de leur entreprise

    3 millions : le nombre de personnes touchées par le burn out chaque année

    (Source : Observatoire Entreprise et Santé Viavoice-Harmonie Mutuelle, 2017)

  • Une conférence à Orléans

    Elle s’intitulera Exigence et bienveillance : le nouveau défi du manager et sera proposée par Harmonie Mutuelle. Elle sera animée par Philippe Laurent, coach d’entreprise, formateur en management et auteur. Elle se déroulera le 9 octobre à 19h, au Lab’O. Inscription gratuite et obligatoire :

    region.centre-ile-de-france@harmonie-mutuelle.fr