Les Brèves

  • Un livre, deux livres…

    En cette rentrée littéraire, Jean-Pierre Sueur a une actualité chargée. Il a en effet sorti un bouquin (aux éditions Corsaire) sur Victor Hugo au… Sénat. Il signe aussi quelques articles dans le Dictionnaire Charles Péguy, publié aux éditions Albin Michel.

« Un large rassemblement pour Orléans »

Jean-Pierre Sueur Sénateur du Loiret

Dans son style feutré, l’ancien maire d’Orléans appelle à une large coalition pour battre la droite – dans laquelle il classe toujours Olivier Carré – aux élections municipales de 2020. Mais avant cela, le sénateur du Loiret, co-rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Benalla, pointe de « lourds dysfonctionnements » dans ce dossier brûlant...

benjamin vasset

Quel va être le calendrier de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Benalla ?

Nous avons déjà procédé à 30 auditions, et elles vont continuer. Nous allons préparer un rapport le plus complet possible, qui pourrait être livré en novembre, même s’il est compliqué de donner une date. Je tiens à rappeler que cette commission n’empiète pas sur le travail de la Justice. Mais la protection du chef de l’État est une politique publique, nous sommes donc légitimes pour investiguer sur ce dossier, dans lequel il y a eu de très lourds dysfonctionnements, et je suis modéré en disant cela. Depuis que nous avons commencé les auditions, trois versions au moins sont apparues. Plus nous auditionnons, plus le champ des contradictions s’épaissit.

Les critiques sur le rôle de cette commission d’enquête parlementaire ne sont pourtant pas surprenantes. Elles font partie du jeu politique…

Oui, mais nous ne jouons pas. Le pouvoir exécutif est très sourcilleux sur le fait qu’il n’y ait pas d’interférences entre les pouvoirs législatifs et judiciaires. Soyons donc aussi sourcilleux sur l’indépendance de l’exécutif par rapport au législatif, et de l’exécutif par rapport au judiciaire. La semaine dernière, le président de la République a rayé les trois noms proposés par la Garde des Sceaux pour la fonction de Procureur de la République de Paris. C’est conforme à la Constitution, mais cela crée de la suspicion. Réformons donc la Constitution pour que les magistrats du Parquet, comme ceux du Siège, soient nommés sur avis conforme du Conseil National de la Magistrature. Et que chacun balaye devant sa porte.

« benalla : plus nous auditionnons, plus le champ des contradictions s’épaissit »

Emmanuel Macron a été élu depuis plus d’un an. Êtes-vous toujours dans l’opposition ?

Au début, j’ai adopté une attitude pragmatique. Depuis un an, j’ai soutenu deux projets de loi : celui sur la moralisation de la vie politique et celui sur la programmation militaire. Mais aujourd’hui, le volet de droite l’a emporté sur le volet de gauche. Je souhaiterais que la politique du gouvernement soit réorientée en direction des conceptions sociales que je partage. Je suis par exemple en désaccord complet sur la politique menée en termes d’immigration et d’asile. On ne peut pas accepter que la Méditerranée devienne un cimetière à ciel ouvert. Ce n’est pas digne de l’Europe. J’ai d’ailleurs été très choqué par ce que Laurent Wauquiez a dit jeudi dernier, à la télévision, à Édouard Philippe : il a endossé le discours de l’extrême droite.

Être militant socialiste en octobre 2018, cela a-t-il encore du sens… et un avenir ?

Oui. Depuis 37 ans que je me présente à des élections, j’ai toujours été pour soutenu par le PS. J’aime être fidèle. Être socialiste, ça veut dire se battre pour une société faite de justice, d’initiatives, d’entreprise et de liberté. Mon socialisme est un socialisme qui fait confiance au marché, mais pas seulement. Car sinon, je serais libéral et ce n'est pas le cas. Le marché est nécessaire, mais il est myope et insuffisant. Il faut lui adjoindre un projet politique, des plans et des contrats de plans.

Parlons d’Orléans. Quel rôle comptez-vous jouer en vue des prochaines municipales ?

Je pense qu’Olivier Carré se représentera. Pour qu’il y ait une alternative, il faut un large rassemblement de personnes, avec des valeurs progressistes, pour un renouveau. Ça suppose de voir s’unir plusieurs courants. Mais je ne parlerai d’aucune étiquette à ce stade.

Mais vous, comptez-vous peser dans ce combat ?

J’exerce actuellement un mandat qui arrivera à échéance dans cinq ans. Je n’ai pas d’autres ambitions. Disons pour le moment que si un tel rassemblement positif se réalise, si je peux lui apporter mon soutien, je le ferai (sourire). Olivier Carré sera sûrement uni avec la droite orléanaise. Cela dit, je précise que je n’ai aucune animosité envers lui, ni envers Serge Grouard, avec qui les rapports avaient, cependant, été nettement plus difficiles.

« orléans : le mandat actuel est un mandat de transition »

Comment jugez-vous la politique de la majorité actuelle ?

Un projet me tient à cœur, celui de reconquérir les mails. Il n’est plus possible qu’une agglomération comme Orléans soit striée dans son cœur par une quasi-autoroute. J’ai aussi le sentiment qu’il s’agit d’un mandat de transition, que beaucoup de projets sont prévus pour après 2020. Que fait-on des Groues, dont je voulais déjà faire le poumon vert de ce secteur ? Et au niveau de la tête nord du Pont de l’Europe ? J’attends toujours. Et puis, faut-il vraiment déménager la fac de droit sur le site de l’ancien hôpital ? Concernant CO’Met, je suis également interrogatif. On a déjà un Zénith à cet endroit. Un autre outil avec une jauge de 10 000 places est-il vraiment utile ? Je pose la question.

Qu’est-ce qui trouve grâce à vos yeux, pour le moment ?

L’Argonaute. Sur le plan culturel, le Parlement des Écrivaines Francophones est une très belle initiative, que l’on devrait davantage médiatiser au plan national. Le parc aqualudique ? Je n’ai pas d’a priori. Cela peut être une bonne chose, comme le MOBE, à ceci près que j’aurais aimé qu’il soit davantage un musée « vivant du vivant », avec une serre, des aquariums, etc.

Revenons à vous. Dans cinq ans, vous ne serez plus sénateur. Que ferez-vous après ?

J’aime la vie parlementaire, c’est vrai, et la vie sur le terrain. Ici, on me connaît partout. Mais ne vous inquiétez pas pour moi. J’aime lire et écrire, deux choses essentielles pour le fils de journaliste que je suis. Dans cinq ans, après 42 ans de vie politique, il sera légitime de laisser la place. Certains me reprochent déjà d’avoir fait trop de mandats…

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