Les Brèves

    Maud Le Pladec Alors elle danse

    Aux commandes du Centre Chorégraphique national d’Orléans, elle clame haut et fort vouloir « faire aimer la danse contemporaine. » Cette danseuse et chorégraphe de 42 ans, qui a succédé à Nadj en 2017, ouvre la saison en installant une étonnante « bulle » à l’Université d’Orléans et place du Martroi... gaëla messerli

    Ongles carmin et lunettes, Maud Le Pladec est tout l’opposé de l’artiste dans sa tour d’ivoire. Même si elle sait dénicher les courants les plus pointus en matière d’histoire de la danse ou de la musique, sa conversation sait échouer, aussi, sur Madonna ou Beyoncé. Pas besoin d’un long discours pour comprendre que cette native de Saint-Brieuc est totalement habitée par la danse. « Mes parents avaient inscrit mon frère au moto-cross et moi à la danse. J’ai tout de suite accroché », raconte-t-elle. Cette passion ne quitta plus la petite Bretonne.

    « j’étais destinée à devenir réceptionniste d’hôtel ! »

    « Enfant, la danse m’a aidée, poursuit-elle. C’est une bulle, le monde extérieur n’existe plus. Je me revois sortir de l’école en courant pour aller passer ce moment rien que pour moi… » Dans son Panthéon enfantin, il y eut aussi la vision de « Carolyn Carlson à la télé », ainsi que le projet artistique mené avec le chorégraphe Patrick Le Doaré au lycée. « J’ai alors su que je voulais faire de la scène », dit-elle. Fille d’un livreur de fioul et d’une mère vendeuse, elle n’osait pas tout de suite se rêver chorégraphe. Au départ, son idée était plutôt de devenir professeure de danse. Mais avant cela, il lui fallait passer son bac. Pour elle, ce fut dans une section ES (économique et social). Par la suite elle intégra un Master 2, entre 28 et 32 ans. Maintenant, Maud Le Pladec sait que cet amour pour la danse ne s’éteindra jamais. L’avancée en âge ? Ça ne lui fait pas peur. « Avec la danse, on explore ses propres limites, on apprend à les repousser », sourit-elle. Arrêter de danser ? Jamais ! Quitte à utiliser un déambulateur…

    « Rendre aux autres »

    Pour cette adepte du yoga, le corps n’est rien sans l’esprit. Un exercice d’équilibre pour la directrice du centre chorégraphique orléanais dans son quotidien actuel. « J’ai besoin d’écrire. J’ai les deux volets de la direction artistique, c’est parfois très schizophrénique, mais j’aime aussi administrer et faire des budgets… », assure-t-elle. Autant dire que la direction d’un CCNO était faite comme un gant pour elle. Maud Le Pladec n’hésite d’ailleurs pas à louer l’existence des institutions publiques culturelles, qui l’ont forgée bien au-delà de la danse, en l’aidant à échapper à une certaine forme de déterminisme social. « Je ne suis pas une danseuse du théâtre privé, dit-elle ainsi. À la base, j’étais destinée à devenir réceptionniste d’hôtel ! Du coup, j’ai envie de rendre aux autres ce qui m’a été donné », affirme celle qui s’est faite en autodidacte. Même si elle a pu compter sur une famille aimante qui l’a soutenue, bien qu’éclatée aujourd’hui aux quatre coins de l’Europe (son frère est diplomate à l’OTAN et sa mère habite Marbella, ndlr). Son papa, décédé en 2001, l’a pour sa part inspirée pour sa création d’un spectacle, Moto-Cross.

    Grand virage

    La formation Ex.e.r.ce, dont elle a été l’élève au Centre chorégraphique national de Montpellier, fut un déclic dans son choix de devenir chorégraphe et dans son orientation artistique. Un grand virage et un élan, pour elle qui venait du classique jazz. De fil en aiguilles, de spectacles en spectacles, elle postula donc à Orléans, où elle vit désormais entre deux tournées, et lorsqu’elle ne ramène pas un projet d’architecture de bulle de New York. Une vie nomade qui a repoussé jusqu’à présent ses projets de maternité. Mais très bientôt, Maud Le Pladec aura… 45 enfants, le 15 novembre, à la Scène Nationale d’Orléans. Ceux de la performance inspirée d’une pièce de Boris Charmatz, et qui viennent tous de la métropole orléanaise. 

    Les Brèves

    • CV

      1976 : naissance à Saint-Brieuc

      1999 : formation Ex.e.r.ce au CCN de Montpellier

      2017 : prend la direction du CCN d’Orléans