Les Brèves

    Dans le secret des loges…

    Saison culturelle

    Pierre Desproges, Serge Reggiani, William Sheller… Au cours des dernières décennies, de nombreuses « stars » sont venues se produire dans les salles de l’agglomération. Caprices, coups de cœur et fous rires… Petit florilège d’anecdotes lors de leurs passages à Orléans. b.v et g.m 

    Un contrat d’artiste, c’est souvent un cachet en euros sonnants et trébuchants (voir p.14), mais aussi de petits à-côtés, en nature ou en confort. Ainsi, à la Passerelle de Fleury-les-Aubrais, on reçoit depuis quelques temps de plus en plus de demandes de produits bio pour se restaurer... Mais en règle générale, les agents cherchent plutôt à s’assurer d’un accueil confortable pour leurs poulains. Celui-ci se doit d’être à la hauteur de leurs attentes, et parfois, les demandes laissent tout de même perplexes. En remontant dans le temps, Pierre Perrault, l’ancien organisateur du Festival de Travers, se souvient ainsi du chanteur français Jean-Louis Murat, « un écolo qui posait à l’époque en chemise de bûcheron, raconte-t-il. Pour un concert solo guitare, on m’a demandé que soit présent, dans sa loge, un pot entier de poudre pour sportif et des gélules contenant de la gelée pour marathonien ! »

    « des pilules de jean-louis murat… »

    Autre moment d’anthologie : le passage de William Sheller au Théâtre d’Orléans, toujours dans le cadre du Festival de Travers. « Le piano ne lui allait pas, explique aujourd’hui Pierre Perrault. Pour ne pas se fâcher, on a donc fait venir en urgence un piano de Châteauroux, deux heures avant le concert ! » Un surcoût de 2 000 € pour le programmateur… Du reste, la préparation de ce spectacle ne fut (vraiment) pas de tout repos. Dans le contrat de William Sheller, une bouteille de champagne de « très bonne qualité » avait ainsi été demandée. « J’avais acheté une bonne bouteille à 60 € aux Becs à vin, explique Pierre Perrault. Mais en passant près de la loge, la personne qui gérait sa tournée me dit qu’elle ne lui conviendrait pas et qu’il faudrait un champagne de marque… » L’organisateur acheta alors un champagne d’une marque connue, mais moins coûteux. L’artiste le but finalement avec… du sirop d’orange. Les amateurs apprécieront...

    On aurait tort, pourtant, de faire passer certains artistes pour des divas sans conscience. Exemple : stars du rire à leur époque, Pierre Desproges et Alex Métayer devaient passer, au milieu des années 80, par la salle des fêtes de Saint-Jean-de-la-Ruelle. Problème : malgré toute la publicité faite dans les médias locaux, les réservations plafonnaient. Pourquoi, comment ? Nul ne le sait. « On était très inquiets car, à l’époque, une date qui ne marchait pas pouvait nous mettre en danger sur le plan financier, raconte Michel Labrette, ancien programmateur à Saint-Jean-de-la-Ruelle. J’ai donc appelé les agents artistiques de ces artistes pour leur faire part du problème. Et à ma grande surprise, ils ont accepté de baisser leurs cachets. On m’a expliqué que Pierre Desproges, notamment, avait dit qu’il n’était pas là pour mettre en péril des structures culturelles. »

    Michel Labrette n’a pas toujours été confronté à des comportements aussi chevaliers que ceux-là. Il se plaît ainsi à raconter comment le grand Serge Reggiani l’a « planté » par deux fois, à deux ans d’intervalle, à quelques heures de son concert, suivant le même scénario. « Il était 16 h 30 et ses musiciens répétaient sur la scène, détaille Michel Labrette. Et là, je reçois un coup de téléphone de l’agent de Reggiani, qui me dit qu’il vient d’être admis à l’hôpital psychiatrique. À cette époque, son fils venait de se suicider, il n’allait pas très bien. On a dû tout rembourser, le soir-même. Quelques années plus tard, son agent m’a rappelé pour me demander si nous souhaitions accueillir Reggiani en concert pour sa nouvelle tournée. Disons que nous avons poliment décliné… »

    Arrivée en catastophe…

    Son successeur à Saint-Jean-de-la-Ruelle, Frédéric Sallé, a lui aussi côtoyé quelques talents émergents et affirmés de la scène française, chanson et humour confondus. Certaines de ses anecdotes prêtent d'ailleurs à rire. Il se rappelle ainsi d'un voyage effréné, au sens propre, en compagnie de la chanteuse Élodie Frégé, dans un véhicule municipal. « Il faut d’abord expliquer que je suis un très mauvais conducteur…, confie Fred Sallé. Le jour de la représentation d’Élodie Frégé, j’ai embouti toute l’aile droite du camion de la Ville en heurtant un rétroviseur… Le plus cocasse, c’est que la scène s’est passée devant la gendarmerie de Saint-Jean-de-la-Ruelle... » Le passage d’ Élodie Frégé à la salle des fêtes Bernard-Million avait d’ailleurs été particulièrement animé puisque, au cours de sa tournée, un fan pour le moins enthousiaste la suivait de date en date. « À l’époque, Élodie avait une chanson qui s’intitulait We Love, rappelle Fred Sallé. Ce fan croyait que cette chanson était pour lui… Et lors de chaque date, il s’avançait près de la scène. On avait donc posté un agent de sécurité à proximité pour éviter tout débordement… »

    « … au beau geste de pierre desproges »

    Un autre moment amusant narré par l’ancien programmateur stéoruellan a trait au désormais nouvel Orléanais Alex Lutz. Le soir de son spectacle prévu à Saint-Jean-de-la-Ruelle, celui-ci était arrivé en catastrophe, 15 minutes avant le début de sa représentation ! « Il était alors en plein tournage pour Canal+, et il était venu en mototaxi de Paris, se souvient Fred Sallé. On ne le voyait pas arriver, et je me rappelle que nous étions tous complètement stressés… Mais il a ensuite fait cinq minutes de repérage avant d’entrer en scène, et tout s’est ensuite hyper bien passé. Le public ne s’est aperçu de rien. »

    Ainsi, la majorité des acteurs du milieu culturel orléanais garde de bons souvenirs de ces têtes d'affiche à la réputation parfois trompeuse. Fred Sallé pense apr exemple avec bonheur à une partie de basket endiablée disputée avec le chanteur Rover et son équipe au Parc Pasteur, ou encore de discussions avec la comédienne Blanche Cardin, qui l’aidèrent, dit-il, à mûrir un « projet personnel » en cours (il travaille sur un one-man-show, ndlr). Michel Labrette, qui accueillit des vedettes comme Juliette Gréco, Léo Ferré ou Raymond Devos à Saint-Jean-de-la-Ruelle, appuie : « tous ces gens-là ont été d’une grande humilité, pas du tout extravagants et capricieux. » Les fantasmes du public sur les caprices de stars ? Ils existent, bien sûr. « Mais ceux qui peuvent leur faire perdre le sens des réalités, conclut Frédéric Sallé, c’est en général leur équipe... » 

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    • Un cirque sur scène !

      Parmi les nombreux souvenirs de Michel Labrette figure celui du… cirque Medrano sur la scène de la salle de spectacle Bernard Million. « C’était leur première tournée en salle, raconte l’ancien programmateur stéroruellan. Et on avait vu arriver de gros animaux dans la salle des fêtes. C’était quand même un moment improbable… »